Royal du Perron

Lundi 6 avril 2015

par Royal du Perron

Cinéma

La Passion d'Augustine

La passion d’Augustine :  un drame pas si lointain

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Synopsis de la production : «Mère Augustine, une religieuse passionnée et résiliente, dirige avec succès son couvent, spécialisé en musique, aux abords du Richelieu. Un jour, sa sœur lui demande de prendre sa nièce Alice sous son aile pendant un certain temps. La jeune femme, un peu rebelle, est une pianiste hors pair et rappelle à Augustine un passé qu'elle s'efforçait d'oublier. Un jour, les Sœurs apprennent que le gouvernement du Québec instaure un système d'éducation publique. Elles comprennent dès lors que l'avenir de leur école est menacé, et avec elle celle de toute une génération d'institutions aux vocations religieuses.»


Pour les besoins de la réalisation, on a cherché et trouvé à St-Ours, un couvent de religieuses encore intact, du moins en apparence. L’authenticité de la période racontée (années 50 et début 60) est scrupuleusement respectée et cela éveille bien des souvenirs.  S’y ajoutent de superbes paysages d’un hiver calme et placide grâce au talent d’artiste-peintre du directeur photo Daniel Jobin.


Que voilà un film intéressant et nécessaire. La réalisatrice Léa Pool (Emporte-moi, Maman est chez le coiffeur) a engagé un monteur de talent en la personne de Michel Arcand). Finies les séquences interminables. L'essentiel a été dit, on passe à un autre plan.


La distribution est remarquable. Pool a choisi les actrices les plus en demande. Les Bonnier, Lachapelle, Tifo, Robitaille s’en donnent à cœur joie sous la cornette. Mais aussi Diane Lavallée et Valérie Blais, bien crédibles dans leur personnage de pieuse sœur consacrée à Dieu pour l’éternité.  Une découverte en la personne de la jeune Alice, jouée par Lysandre Ménard qui double ici le talent de pianiste et d’interprète en jouant la fille de Marguerite, Maude Guérin venue faire ici un caméo. Je ne peux passer sous silence la délicieuse scène de steppettes de Pierrette Robitaille en Sœur Onésime qui montre à ses filles en chaussons comment cirer un plancher. 


Pool a judicieusement choisi François Dompierre pour composer (arranger dans certains cas) et interpréter toute cette belle musique… qui devient dans le film un personnage en soi.  Naturellement, des pièces d’anthologie empruntées au répertoire classique y sont à l’honneur.


Je n’ai pas vu le film en visionnement de presse mais un après-midi de semaine, en salle.  Beaucoup de têtes grises et blanches composaient l’auditoire.  Il y avait des moments drôles et j’étais le seul à rire franchement.  Je constatai que la salle était remplie de religieuses et ex-religieuses qui revivaient un drame : celui où l’État les a chassées de leur précieux couvent. Il y a des moments forts comme celui où l’on voit les sœurs déguisées en laïques descendre tristement les marches de leur chère demeure, valise à la main… sur une merveille musicale de Dompierre. L’émotion est palpable. Certaines spectatrices sont restées assises en silence après le générique de fermeture. Je quittai la salle discrètement dans une sorte de recueillement. Sachons gré à la cinéaste et sa scénariste, Marie Vien, de nous avoir restitué cette tranche d’histoire.



 

 

Bande annonce et photo : Courtoisie des Films Christal