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Mario Landerman
Jeudi, 25 août 2011
par Mario Landerman

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Des ténèbres à la lumière

Des ténèbres à la lumière… : récit poignant, mais…


Tout récemment, le chanteur country et acteur Danny Boy, de son véritable nom Sylvain Boily, nous offrait sa biographie.


Lire le récit du long chemin de croix traversé par l’artiste peut s’avérer poignant à de nombreuses reprises.  Mais un bémol, de taille, vient assombrir la lecture de ce passage à la lumière de Sylvain.


Le livre


Tout d’abord, parlons du contenu de l’ouvrage.  Il s’agit de l’histoire de Sylvain Boily, un petit garçon non désiré par ses parents.  Ceux-ci ne mettront pas longtemps à se débarrasser de leur progéniture, sous de futiles prétextes, en le confiant aux « tendres » soins des foyers d’accueil.  De centres en familles d’accueil, Sylvain vivra les épisodes les plus tristes de sa vie, agrémentés trop rarement d’un rayon de soleil, sous la forme d’une famille d’accueil aimante.


Sous la plume de Patricia Comoz-Lansard Pellissier, le récit prend parfois des allures de mélodrame.  Il n’en est rien cependant.  À l’époque où Sylvain fut confié aux services d’accueil, on parlait déjà sous le manteau des abus que perpétrait le système au nom de la loi sur la protection de la jeunesse, apparue au Québec en 1951.


Il n’était pas rare d’entendre parler d’abus sexuels perpétrés sur des mineurs, d’enfants forcés à travailler pour les gens qui les hébergeaient, ou simplement de maltraitance, où on accueillait un enfant pour le sadique plaisir de le faire souffrir, physiquement et mentalement.  Tout cela avec la complicité des autorités, qui fermaient les yeux sur ces délits.  Dans ma propre jeunesse, j’ai été témoin indirect d’un cas de maltraitance et d’un cas d’accueil de jeunes garçons dans le but d’en abuser sexuellement.  Le tout avec la complicité des autorités.


Pour le mélodrame, on repassera.


La faute en incombait surtout au système bureaucratique de ce qu’on appelle maintenant la DPJ, laquelle ne vérifiait pas assez les antécédents des familles à qui les enfants étaient confiés.


Que Sylvain Boily ait pu survivre à travers son enfance et son adolescence pour devenir un adulte équilibré est la meilleure preuve de la force de caractère d’un être humain.  Malgré qu’il soit encore hanté par le spectre de son passé à l’occasion, Danny Boy, la star,  va bravement de l’avant.


Sylvain, devenu adulte, va commencer la lente ascension vers les sommets qui le verront d’abord devenir un chanteur country reconnu internationalement.  Puis, le comédien naîtra, permettant à l’homme de se réaliser pleinement. Sa mère biologique reviendra dans sa vie, mais pour mieux prouver qu'elle n'a jamais vraiment aimé cet enfant.


Le livre est agrémenté de photos, dont la plupart retracent la carrière de Danny Boy, avec quelques-unes qui accompagnent judicieusement le récit. 


Une histoire poignante et vraie du passage de l’obscurité aux feux des projecteurs.  Mais…


L’auteure


Mon bémol tient en un phénomène : la biographe.  


Périlleux essai que d’écrire l’histoire d’un jeune Québécois après avoir écrit un titillant roman historique, La Libertine... Ce faisant, elle est tombée dans plusieurs embûches, lesquelles se reflètent dans le récit car, étant française, l’auteure ne connaissait manifestement pas le terreau socio-politique et le tissu social dans lequel a évolué son sujet dans l’enfance et la jeunesse. Disons-le franchement, en confiant la rédaction de son livre à  une Micheline Lachance, romancière et biographe (Le Frère André, Le Roman de Julie Papineau), Danny Boy aurait obtenu un tout autre ouvrage.


La plupart de ces problèmes auraient pu être évités avec un peu de recherche.  En effet, plusieurs erreurs factuelles sur l’environnement dans lequel évolue Sylvain distraient du récit, du moins pour un lecteur québécois.  Car un lecteur français n’y verra probablement que du feu.


Citons-en deux exemples, parmi d'autres :


Le premier concerne un passage du livre lorsque Sylvain est accueilli par une famille d’accueil constituée par une religieuse et son mari.  On y fait mention qu’au Québec, les religieuses ont la faculté de se marier, ce qui est faux.  Une religieuse qui défroque peut faire comme elle l’entend, y compris se marier, mais pas celle qui est soumise à ses vœux.


Le second relate le trajet de Sylvain à travers Montréal, pour finalement se retrouver devant son centre d’accueil, le Mont Saint-Antoine : « Je traverse le Parc Sir Milfred-Laurier, puis le grand boulevard Rose mont, dont je ne vois pas la fin… »


On pourrait arguer avec plus ou moins de succès que l’erreur dans Rosemont est une erreur d’imprimerie.  Bien.  Mais il est difficile d’appliquer cette logique à l’autre erreur de ce bout de texte…


Une recherche plus approfondie aurait pu éviter ce genre de gaffes.


En conclusion


Malgré ce bémol, il n’en demeure pas moins que l’histoire du jeune Sylvain est celle de bien des jeunes québécois, qui furent parfois abandonnés par leurs parents, parfois brutalement arrachés au foyer familial par divers moyens, dont la dénonciation mensongère provoquée par des gens, bien intentionnés ou non. On en a déjà vu faire appel à la DPJ pour retirer des enfants de leurs familles, sous divers prétextes pas toujours valables.


Des ténèbres à la lumière…
est en cela dans la lignée d’autres réprouvés de l’histoire récente du Québec, comme les orphelins de Duplessis.  Circonstances différentes, certes, mais même combat pour avoir sa place au soleil.


Et, ces vies, malmenées par le destin, et un système sans âme, on n’en parlera jamais assez!


Des ténèbres à la lumière…, par Patricia Comoz-Lansard Pellissier, Éditions Bénévent, 2011, 270 p.

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