Mario Landerman

Lundi 4 avril 2011

par Mario Landerman

Livres

Innocence

Innocence perdue et retrouvée

 

Innocence, de Denis-Martin Chabot, constitue le troisième tome des Chroniques du Village, après Manigances et Pénitence, mais précédant Accointances, connaissances et mouvances.  Comme pour chacun des romans précédents, un élément conducteur, une toile de fond se dessine dès les premières pages.  Dans ce cas-ci, il s’agit de la montée en flèche du terrorisme et de la guerre en Afghanistan.  Le tout directement issu des décombres des tours jumelles du World Trade Center, le 11 septembre 2001, de sinistre mémoire.


Encore une fois, la profession de journaliste de l’auteur lui permet de faire évoluer des personnages et des situations imaginaires d’une façon très convaincante, puisque beaucoup d’entre eux sont inspirés de faits véridiques .  Et encore une fois, on peut presque se servir du roman comme d’un guide touristique du Village.  En effet, la plupart des lieux dépeints sont véridiques et existants.


Mais au milieu de tout cela, on retrouve le même noyau de personnages qui ont figuré dans les deux premiers romans.


Bertrand Leblanc, l’acteur, à qui tout sourit, sera un de ceux qui perdra le plus dans l’hécatombe de New York.  Mais fidèle à sa nature innée, il saura remonter des profondeurs du désespoir où il est plongé.


Roger Marchand, celui qu’on appelle encore le « gars de la campagne », ne le cédera en rien à son ami Bertrand sur le chapitre du malheur.  Non seulement Imonfri, son amant malien s’enfonce de plus en plus dans la démence, mais il doit également composer avec un de ses fils, Jacques, qui acquerra une notoriété des plus infâmantes.


Alexandre, quant à lui, s’éprend d’un beau militaire…marié, et avec un enfant en chemin.  La mort du soldat au combat précipitera la rencontre entre Alexandre et Isabelle, la veuve.  Il en naîtra un nouveau bail avec la vie pour ces écorchés de la folie d’une guerre insensée.


Ginette Clavet et Lucie Rivard, le couple de lesbiennes, feront office d’anges de rédemption pour Bertrand, lorsqu’elles lui présenteront une requête qui va remettre l’acteur sur les rails.


Et tout au long du livre, les victimes d’Imonfri, de plus en plus nombreuses, découvrent le cadeau empoisonné que ce dernier leur a laissé…


Denis-Martin Chabot continue avec un égal bonheur cette série, qui est à mon sens une saga bien de son temps, traitant de problèmes et de situations familiers à bien des gais et lesbiennes, sans tomber dans la facilité de certains auteurs gais pour qui pornographie et roman forment un tout indissoluble.  Les passages à caractère sexuels de Innocence servent les événements de ce dernier, et non l’inverse, rendant la lecture plaisante, mais non agaçante.


De plus, la non-linéarité du récit, bien que peut-être déconcertante pour certains lecteurs, ajoute en fait à l’intérêt suscité par les vies de tous ces personnages


Il est toutefois dommage que cette saga s’arrête avec le prochain tome de la série, Accointances, connaissances et mouvances.  Je verrais bien au moins un volume de plus, qui pourrait traiter entre autres non seulement davantage de la maturité, mais aussi de la vieillesse des gais et lesbiennes.  Une réalité trop souvent oubliée dans une culture privilégiant jeunesse et beauté. 


Et des problèmes se dessinent déjà à l’horizon, avec une population générale vieillissante, et des foyers d’accueils sourds aux revendications légitimes des couples gais.  Riche matière d’exploitation pour un journaliste chevronné.


Un excellent roman, dans une série qui ne l’est pas moins!

 

 

Innocence, de Denis-Martin Chabot, Éditions Textes Gais, 2007. 200p.


Pour en savoir plus : http://www.denismartinchabot.com/www.denismartinchabot.com/Accueil.html