Mario Landerman

Mercredi 13 mars 2013

par Mario Landerman

Livres

J'ai connu la mort

J’ai connu la mort : une relation meurtrière

 

Réjean Roy, auteur multidisciplinaire, signe un des textes les plus évocateurs sur le SIDA qu’il m’ait été donné de lire depuis plusieurs années.  Cette suite poétique poignante peint les aléas d’une relation qui tourne vite  à l’horreur, lorsque la maladie mortelle se met en tiers dans le lit de deux amants.


Réjean Roy avait auparavant publié ce qui allait constituer la fondation de J’ai connu la mort, un récit en prose intitulé La Faucheuse!, lequel figure dans le dernier collectif de l’Arc-en-ciel littéraire, Espaliers aux mots d’or.  Il m’est très facile, après avoir lu les deux,  de déclarer l’œuvre poétique supérieure à l’œuvre en prose.  L’urgence de la situation est particulièrement effective dans la suite de poèmes, alors qu’elle l’est moins dans le récit.


Dans un crescendo horrible, le poète manie avec brio la plume pour décrire la trahison de l’amant, puis le cadeau fatal qu’il laisse à l’être aimé.  S’ensuit une longue plainte d’animal blessé.  Et, à franchement parler, qui ne le serait pas, de se faire inoculer cette maladie, même avec la plus douce des seringues?  La poltronnerie, la veulerie de l’amant fautif y sont extrêmement bien rendues.  Et les images de mort foissonnent.


S’ensuit la descente aux enfers personnelle de l’amant innocent, un chemin du Golgotha menant à une crucifixion pratiquement assurée.  Et, pour demeurer dans le parallèle biblique, une résurrection s’effectue, une réconciliation de l’être blessé avec la vie, mais avec toutefois un relent de prudence.  Lorsqu’on a fait face à la mort, et qu’on en réchappe, on tient doublement à la vie.


Le recueil est agrémenté de réflexions pertinentes d’auteurs connus.  Mais dans le cas de J’ai connu la mort, la puissance évocatrice de l’auteur est telle que ces réflexions ne font qu’encadrer  les poèmes.


Avec J’ai connu la mort, Réjean Roy démontre brillamment la puissance des mots dans un contexte poétique.  Une œuvre qui, mine de rien, s’impose tellement à notre esprit qu’on ne peut qu’y revenir, comme envoûté par un sortilège.

 

J’ai connu la mort, Réjean Roy, Les Éditions de l’étoile de mer, 60 p.


ISBN 978-2-922061-45-1


Pour en savoir plus : http://rejeanroy.homestead.com/files/index1.htm
http://editionsetoiledemer.voila.net/