Royal du Perron

Lundi 29 octobre 2012

par Royal du Perron

Livres

Maggie

Maggie ou l’immondicité d’un curé



C’est une fresque monumentale que nous livre Daniel Lessard en nous présentant cette Maggie beauceronne, belle âme rebelle, pouliche indomptable, à la crinière de feu, plus têtue que trois mules.


Lessard en profite pour dresser un tableau de sa Beauce natale à l’époque de la Grande Guerre, donc, il y a un siècle, une vie de terre et de misère aux confins de Saint-Benjamin et Cumberland Mills que les Canadiens français appellent Carbalonne.  En toile de fond dans ce pays de colonisateurs, un conflit majeur entre les anglos protestants et les francos catholiques, cruellement et honteusement alimenté par le curé Antonio Quirion qui relève de Mgr Bégin du diocèse de Québec.


Les protestants sont des gens peu recommandables, il ne faut pas les fréquenter, ils vont nous voler des âmes, dit en substance le prêtre du haut de la chaire, au grand dam du maire de Saint-Benjamin, Bénoni Bolduc dont la sœur cadette, Aldina, institutrice et veuve cinquantenaire s’est éprise d’un vaillant et habile vieux garçon, mais – ô misère! – il est protestant.   La pauvre Aldina y laissera sa peau dans des circonstances troublantes.  Mais ceci n’est qu’une entrée en matière, question de mettre le lecteur en appétit car la fresque ne fait que commencer.


Le focus est alors dirigé sur Maggie, dont l’histoire de la famille et les origines sont étalées au grand jour.  Une belle jeune femme de tête qui aura maille à partir avec l’impitoyable curé.


Le tout est tiré d’une histoire vraie, racontée à l’auteur par son grand ‘père, Roméo Lessard, alors maire et juge de paix de Saint-Benjamin.  Le patriarche avait eu lui aussi maille à partir avec son vieux curé têtu. Ceux qui n’ont pas connu le Québec rural jusqu’à la Révolution tranquille  pourrait penser que l’auteur exagère, qu’il était impossible que les curés de l’époque soient aussi injustes.  Eh bien, non, j’ai connu le Québec rural des années 1940 et 50 et c’était passablement la même chose; les curés, faisant frémir les paroissiens et ils avaient la main haute sur tout.


Donc, Antonio Quirion, véritable despote, sans classe, sans retenue et aux propos désobligeants déplait souverainement à Maggie Miller devenue à son tour maîtresse d’école du rang à Philémon, avec une vingtaine d’élèves turbulents de la première à la sixième année.  La population est aux abois face à ce curé aux ambitions démesurées, car il voudrait bien devenir évêque et pourquoi pas cardinal! Et pour être promu, il cherche à chasser les protestants.


Véritable pièce d’anthologie, le généreux roman de Daniel Lessard se laisse dévorer en quelques jours. Il mériterait qu’on en tire une télésérie, à tout le moins un long métrage d’autant plus qu’on y relate une page d’histoire où les protestants ont été victimes de curés despotes, une page trop peu racontée jusqu’à maintenant.


Une mort tragique inexpliquée, l’incendie suspect d’une grange, un suicide dans le hangar d’une érablière sont autant de drames qui diviseront catholiques et protestants sous la houlette impitoyable d’un démon sorti de l’enfer, Antonio Quirion. Quel œuvre grandiose et pittoresque.


Des cinéastes de la trempe de Jean Beaudin ou Francis Leclerc pourraient transposer ce magnifique roman en une œuvre cinématographie remarquable.  



 


Maggie, Daniel Lessard, Éditions Pierre-Tisseyre, 2011, 396 p.


Pour en savoir plus : http://www.tisseyre.ca/livre.php?bookId=31670