Royal du Perron

Lundi 25 février 2013

par Royal du Perron

Livres

La Revenante

La Revenante : le fracassant retour de Maggie

ZoneCulture avait parlé de Maggie, première œuvre littéraire de l’ex-journaliste Daniel Lessard, mise en ligne il y a quelques mois.


Il en a coulé des torrents d’eau dans La Chaudière durant ces vingt ans avant que ne revienne la fougueuse et infatigable Maggie pour hanter les «honnêtes habitants» du rang-à-Philémon à Saint-Benjamin de Beauce.  Après le suicide de son mari Domina, elle avait fui vers la Vieille Capitale, moins dénigrante et combien plus anonyme; les divertissements, les magasins, les beaux tissus… Maggie se régalait. 


Habile de ses mains, l’ouvrière travaillait dans une usine et vivait en couple avec Walter, son amoureux, un honnête travailleur dont le principal défaut était d’être né protestant...  Mais vingt ans plus tard, voilà que Maggie surgit dans la Beauce profonde : l’alerte générale est aussitôt donnée, les citoyens du village se dressent contre elle. Maggie, une créature libre de ses pensées et de ses actions, une femme facile qui se «dérange» avec les hommes, avec les protestants de surcroît, une femme qui ne veut pas suivre les lois de notre Mère la Sainte Église Catholique. Quel scandale !


Mais Maggie n’en a que faire.  En nièce responsable, elle a quitté son travail pour venir soutenir son unique parente, la vieille Mathilde qui vit ses derniers jours. Mais les habitants du coin en font une toute autre lecture : il faut qu’elle soit punie et qu’elle retourne à Québec. Premier avertissement, on jette avec fracas un chat mort sur la porte d’entrée de la mansarde où se terrent les deux femmes. C’est le début d’une série de drames que vivra l’Irlandaise à la crinière de feu, allant de larcins plus ou moins graves à la tentative de meurtre.


Une fois Mathilde trépassée, elle retournera à la ville où la vie coule plus doucement. Pourquoi resterait-elle dans cette terre aride et inhospitalière ne lui causant  que graves soucis ? Les gens la détestent parce qu’elle est étrangère à leurs us et coutumes.  Quand ils la rencontrent, au hasard d’une course au village, ils la lapident du regard quand ils ne lui crient pas un lot de bêtises. Elle partira sitôt libérée de la charge familiale mais c’est sans compter sur Athanase Lachance, le veuf d’à côté avec ses deux filles, généreux cultivateur, arrivé cinq ans plus tôt et qui ignore tout du passé de cette belle créature aux yeux vert lumineux qui fait chavirer son cœur.


La plume de Daniel Lessard décrit bien les gens et les situations. Seul bémol, on s’y retrouve parfois un peu difficilement dans le lot de personnages aux noms bizarres.  En ce sens, j’avais trouvé Maggie plus accessible, moins «les pieds dans la terre glaise». Mais je n’ai certainement pas boudé mon plaisir à parcourir cette fresque monumentale. Un roman historique formidable, qui rappelle un milieu rural encore très vivant dans la mémoire des plus âgés. Un miroir peu reluisant d’une société généreuse mais aussi très mesquine pour les non conformistes. C’est un grand plaisir que de parcourir ces pages : une intrigue bien ficelée, une dualité constante, une histoire d’amour incomparable.



 

La Revenante, (Maggie tome II), Daniel Lessard, Éditions Pierre Tisseyre, 2012, 421 p.