Mario Landerman

Lundi 24 janvier 2011

par Mario Landerman

Livres

Mangames

Mangames : le début anglophone des Chroniques du Village


Denis-Martin Chabot.  Ce nom évoque autant de choses chez les gais que les hétérosexuels.  Pour les uns, il est un exemple de la qualité du journalisme de Radio-Canada, partagée avec plusieurs de ses confrères et consœurs de la même société.  Pour les autres, il est aussi connu en tant que prolifique écrivain gai, auteur des très connues Chroniques du Village


Quatre tomes parus à ce jour, où on suit les tribulations de plusieurs gais et lesbiennes dans leur cheminement professionnel et amoureux.  Manigances, Pénitence, Innocence, et le dernier-né, Accointances, connaissances et mouvances, forment un ensemble des plus intéressants et diversifiés, à l’image du Village.


ZoneCulture a apprécié ce dernier ouvrage, dont vous trouverez la critique ici.


L’auteur s’attaque maintenant au marché anglophone, avec la traduction du premier tome de la série, rebaptisée, english-oblige, Mangames.  Publié originalement en français à compte d’auteur en 2003, Manigances a remporté en 2005 le prix littéraire Gros Sel de la Belgique, une première pour Denis-Martin Chabot.


Dans cette nouvelle, on trouvera quelques-uns des personnages qui peupleront les romans français subséquents.  Une histoire d’amour tourmentée entre deux hommes, Marc St-Jean et Pierre Couture, qui s’affronteront autant sur le plan émotif que professionnel, constitue l’intrigue principale.  En toile de fond, un jeune village gai établi là où on le retrouve aujourd’hui, après l’exode du centre-ville, et particulièrement le disco-bar Mangames, lieu de toutes les passions et de tous les excès.  D’autres personnages viennent se greffer à ce noyau, comme Roger Marchand, venu d’un endroit rural pour vivre sa vie sans contraintes, ni préjugés.  Jean Ainsley, fils gai d’un magnat de l’industrie, qui verra sa vie terminer tragiquement.  Et un mystérieux prédateur sexuel, qui se fait appeler Julien, aux pratiques débridées et dangereuses.  Ce dernier affectera la vie de plusieurs des autres personnages.


Et, assombrissant le ciel du village de nuages de plus en plus sombres, le SIDA ce fléau qui décime la population homosexuelle. On en fait rarement mention par son nom.  Mais la puissance d’évocation de Denis-Martin Chabot rend cette maladie omniprésente.  J’en veux comme preuve ce passage des plus évocateurs :


However, the imminent orgasm saps all his clearness of mind, Pierre forgets to put on a condom.  He hates them.  They interrupt the moment, he says, and often make him lose his erection.  He never wears them when he penetrates, and today is no exception.  And when he gets penetrated, he chooses his partners carefully, only those who look healthy.  So he is convinced that he has nothing to fear.”


“Saint-Marc, please protect me!


Donc, aucun propos alarmiste sur le SIDA, sauf pour qui sait lire entre les lignes.  On devine aisément que le jeu favori de Pierre est la roulette russe!


On y retrouve aussi l’intolérance policière, alors que les descentes dans les bars du village étaient monnaie courante, ainsi que le mépris véhiculé par les forces de l’ordre envers la communauté.  Un dédain tel que la police allait jusqu’à bâcler des enquêtes au criminel, lorsqu’il s’agissait d’affaires exclusivement gaies. La profession de journaliste de l'auteur lui permettant d'insérer ça et là des situations au bord de la véracité, on se retrouve devant un mélange de lieux et faits réels, ou presque, ce qui augmente l'intérêt du lecteur.


L’ouvrage est découpé en tranches de vie, chacune portant une date et un lieu se rapportant à l’un des personnages principaux.  Des vies en parallèle, de l’enfance à l’âge adulte, avec des parents et amis parfois compréhensifs, mais le plus souvent non.  Le tout forme un ensemble laissant voir les prémices des futurs romans de la série.


Légère ombre au tableau, la traduction d’Éric L. Ross laisse parfois à désirer.  Mais comme ces erreurs de traduction sont très peu nombreuses, une édition subséquente corrigera sans aucun doute cela.

 

Denis-Martin Chabot
Denis-Martin Chabot et son dernier-né, lors du lancement au Drugstore à Montréal

 

Pour tous les gais qui veulent de la littérature à leur image, tout en demeurant intelligente, les romans de Denis-Martin Chabot sont à découvrir, ou à relire.  Et, nul doute qu’avec l’étendue qu’offre le marché anglophone, un public plus large se délectera des péripéties de Marc, Pierre, Roger et les autres…

 

 

Mangames, Denis-Martin Chabot, Éditions Starbooks, 2010, 214 p. 

 

Pour en savoir plus : http://www.denismartinchabot.com/www.denismartinchabot.com/Accueil.html

http://www.starbookspress.com/search.php?ID=2888&SEARCH=SINGLE

 

Photo : Mario Landerman