Mario Landerman

Mercredi 29 juin 2016

par Mario Landerman

Livres

Melting Blue Delicious

Melting Blue Delicious : La maturité d’auteur de Daniel French


“You’re my love flavored, Melting Blue Delicious…”


Après L’Eau des nuages, et Entre le rose et le noir, où le public découvrait un tout nouvel auteur, Daniel French, que restait-il à accomplir?  Compléter la saga de François et sa famille, et, par conséquent, faire une trilogie.  Ce faisant, l’auteur nous offre son roman le plus achevé à ce jour, où l’émotion est à égalité avec un patient travail de recherche, lequel nous fera revisiter Montréal dans les années 60.


La présentation de l’intrigue est simple, mais efficace.  Sous le couvert d’une longue lettre adressée à son fils François, Louise se raconte.  Et elle en a long à dire, pour notre plus grand bonheur!


Elle raconte d’abord son adolescence, où sa beauté et ses cheveux roux ne faisaient pas l’unanimité, ses premiers pas dans l’univers de la peinture, ses premières amours, le premier travail, l’arrivée à Montréal pour visiter l’Expo 67.  Visite qui culminera dans la rencontre avec Albert, le père de François, Mary et Ann.


Si Louise écrit cette lettre à François, c’est pour mieux lui faire connaître son père.  Et ceux qui auront lu les deux premiers romans y verront un Albert radicalement différent du personnage antipathique dont son fils garde un mauvais souvenir.


La galerie de personnages gravitant autour de Louise est haute en couleurs.  Outre son professeur de peinture, qui bien malgré elle suscite le rire dès le début du récit, il y a sa meilleure amie Monique, complice de toujours, Gérald, frère de cette dernière, amoureux de la belle rousse.  On y verra également les parents de tout ce beau monde, lesquels n’avaient pas encore compris qu’un vent de changement soufflait, allant transformer le Québec de fond en comble.


Et que dire d’Albert?  On y découvre un jeune homme sans commune mesure avec l’être aigri que les déboires se chargeront de former plus tard.  Il y a également Pierre, ami d’Albert, un noir dont s’éprendra Monique, envers et contre sa famille.  Julien, le gérant du groupe, être bourru mais non dénué d’humour.


On visitera en compagnie de cette bande des endroits et des époques marquants, tels l’Expo 67 et Woodstock, sans oublier un Montréal aujourd’hui révolu, et dont plusieurs se souviendront avec nostalgie.


Le roman aborde de nombreuses questions sociales de plein fouet, et ne se limite pas qu’à l’homosexualité.  Parmi celles-ci, la plus frappante, et rarement invoquée ici au Québec, demeure l’union d’une femme blanche avec un noir.  On découvre ainsi, malgré nos dénégations, que le Québec des années 60 était tout aussi raciste que les États-Unis de la même époque.


L’ouvrage nous offre également un bel aperçu de ce qu’était la vie des femmes de l’époque.  Plus libérées que leurs mères, mais tout de même à la merci de leurs maris ou conjoints.  Les brassières commençaient à s’embraser, mais n’étaient pas encore complètement brûlées.  Bien que Monique et Louise travaillent sans vraiment en avoir besoin, et tiennent parfois tête à leurs hommes, il n’en demeure pas moins que leur liberté était encore moindre que ce qu’elle allait devenir par la suite.


Comme le récit part des années 60 jusqu’au temps présent, l’auteur dépeint la vie homosexuelle débridée des années 70, en mettant en vedette Owen, le frère d’Albert.  Celui-ci mène une vie de couple sous le manteau avec son amant.  Ils finiront tous deux par tomber, victimes de l’épidémie du SIDA, qui connaîtra son apogée dans les années 80.  Mais il ne partira pas sans laisser un cadeau inestimable à Louise…


La réaction de Louise, très proche du couple, sera de se consacrer à réconforter les victimes de cette maladie qu’elle côtoiera à l’hôpital.  Elle créera même un groupe de discussion pour les porteurs du SIDA.  Et c’est là qu’on assiste à la partie la plus touchante de ce roman, avec une leçon à la clef : tant qu’il y aura des âmes compatissantes, l’être humain verra toujours la lumière au bout du tunnel, aussi sombre que soit ce dernier.


Fidèle à lui-même, Daniel French fait appel à un talent local pour illustrer la couverture de son roman.  Après Jean Chainey et Patricia Klimov pour les deux premiers romans, c’est au tour de Stéphane Leblanc de suppléer une couverture de circonstance pour Melting Blue Delicious.

Avec L’Eau des nuages, et Entre le rose et le noir, Daniel French a mis en scène une galerie de personnages truculents, avec un style qui rappelle par plusieurs aspects Michel Tremblay.  Avec Melting Blue Delicious, L’auteur a maintenant un style qu’il peut fièrement appeler le sien.  Un récit prenant, émouvant, qui vous fera voyager dans le temps avec une justesse dans les détails.

 

 

Stéphane Leblanc procède au vernissage de sa prochaine exposition, le dimanche 10 juillet 2016. Exposition du 6 au 17 juillet à la Galerie Dosha, 922 rue Laurier, Beloeil. (450) 813-4737

Heures d'ouverture : Mercredi: 11h à 17h, Jeudi et vendredi: 11h à 20h, Samedi et dimanche: 10h à 17h, Lundi - Mardi: Fermé

Pour en savoir plus : http://www.dosha.ca/

Pour en savoir plus sur Daniel French : https://www.facebook.com/french.daniel?fref=ts

Melting Blue Delicious
Daniel French

Patrick Paquin éditeur
Publié : 17 juin 2016
Pages : 304
Dimensions (centimètres) : 15,24 (largeur) x 22,86 (hauteur)
ISBN : 9781365170225