Mario Landerman

Mardi 26 mai 2015

par Mario Landerman

Livres

Mon long parcours

Mon long parcours Jusqu’à la scène : Histoire vraie, histoire coup de poing

 

Il arrive souvent, au bureau de ZoneCulture, de prendre possession de biographies dans le but d’en faire la critique.  Mais rarement ces dernières ont un tel effet coup de poing que Mon long parcours…


Cette biographie nous fait faire la connaissance de Jonathan, son enfance et adolescence troublées, un jeune âge adulte témoignant d’une descente dans l’enfer de l’alcool et de la drogue.  Puis, la reprise en main, pour devenir le quadragénaire humoriste d’aujourd’hui.


En filigrane, on y trouve ce qui sera la constante de la vie de Jonathan : la recherche de l’amour, sous toutes ses formes.


Portée sociale


Mine de rien, ce petit livre offre pas mal plus qu’un simple récit de vie.  Jonathan parle dans son livre de situations qui présentent une énorme portée sociale.


D’abord les parents, dépeints comme étant égoïstes et manipulateurs.  Le premier événement traumatisant de la vie du jeune Jonathan sera le divorce de ses parents.  Acrimonieux, chaque partie se servant volontiers des enfants comme monnaie d’échange…la perdante refusant bien sûr de s’impliquer dans la vie de ses enfants lorsqu’ils ont besoin de leur mère.


Une problématique malheureusement toujours d’actualité.  Les parents lors d’un divorce se rappelant de l’existence de leurs enfants que pour le profit qu’ils peuvent en tirer.  Et les organismes de protection de l’enfance (lire DPJ) ne font rien ou presque dans ces cas-là!  Pourtant, une partie des adolescents qui leur sont confiés viennent de couples divorcés qui s’entredéchirent encore, quelques années après.  On attaque par enfant interposé, là où ça fait le plus mal.  Mais on ne pense qu’à la pension alimentaire, à vouloir se venger de son conjoint, à marquer des points.  Les enfants?  On n’en a rien à faire, sinon s’en servir lorsque l’occasion fait le larron,


La mère de Jonathan poussera l’appât du gain encore plus loin, vendant littéralement son enfant au propre père biologique de ce dernier.  L’humoriste a le pardon facile, même si c’est tout à son honneur, car il n’inquiètera jamais sa mère par un procès ou une dénonciation.


Le beau-père de Jonathan, quant à lui, a fini par s’assagir, après avoir déménagé quelques fois, toujours pour les yeux doux d’une femme…qui souvent s’endurcissaient pas longtemps après le déménagement.  Même s’il a eu à cœur de s’occuper de ses enfants, ses comportements instables en matière amoureuse le mettent sur un pied d’égalité avec son ex-épouse.


L’humoriste raconte sa lente descente aux enfers, où il a frôlé le fond à quelques reprises.  Il y a quelque chose de poignant de lire cette auto-destruction, en particulier lorsqu’on connaît l’homme d’aujourd’hui.  Sa reprise en main en est d’autant plus digne de respect qu’il a rechuté avant de se relever définitivement.


Un aspect de ce jeune homme qui m’a souvent fasciné, est le fait qu’il est un autodidacte.  Que ce soit en humour, en ébénisterie, en coiffure, son parcours n’a jamais été celui attendu par la société.  Il illustre magnifiquement dans son livre qu’on peut tout apprendre, si on a la volonté et l’énergie pour le faire.  Ce sont souvent les meilleurs pères, car ils poussent leur progéniture à se dépasser.


Le livre


Le ton est donné dès la lettre, émouvante, de la première page.  Évidemment, le principal métier sous lequel tout le monde connaît Jonathan Collin, c’est celui d’humoriste.  Il s’y est mis avec passion, sans passer par les circuits habituels de l’humour.  Et ça a marché.  De débuts modestes, il en est venu à faire des salles toujours de plus en plus grandes.  Une constante est demeurée ; Jonathan Collin a toujours d’une façon ou d’une autre fait siens des causes sociales et organismes dans ses spectacles.  Encore une fois, il ne fait rien comme les autres, mais c’est ce qui fait l’homme, son originalité.


Malgré l’adversité, malgré les ennuis financiers, malgré la maladie qui terrasse sa conjointe, il ne se laisse nullement abattre, et cherche toujours des moyens de vaincre le mauvais sort.  C’est un survivant, et sans doute sa plus grande réussite.


Les survivants vont sans aucun doute se reconnaître dans cette biographie.  Chuter pour se relever est leur lot.  Mais Jonathan Collin, en racontant sa vie si fertile en événements, prouve que même si on ne dispose pas d’atouts dans la vie, on peut s’entêter à les acquérir.  Et, une fois acquis, the sky is the limit!

 

 

Mon long parcours
Jusqu’à la scène


Jonathan Collin


Éditions WizCo. Publications
2015, 202 p.

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/lhumoriste.collin?fref=ts