Mario Landerman

Jeudi 1er décembre 2011

par Mario Landerman

Arts

Onésime

Onésime : Les meilleures pages : le retour d’un pionnier de la BD québécoise!


L’an dernier, les Éditions Les 400 Coups publiaient le Séraphin Illustré, qui reprenait toutes les planches de cet anti-héros du terroir, issu de l’imagination de Claude-Henri Grignon, et dessinées par Albert Chartier.  Pour beaucoup d’entre nous, notamment les citadins, c’était la première exposition à l’œuvre de ce prolifique illustrateur et bédéiste.  À en juger par le succès en librairie, vous avez été nombreux à apprécier ce livre unique en son genre.


Cette année, Michel Viau et ses partenaires récidivent et nous livre un tout nouveau recueil, reprenant les meilleures pages de l’œuvre à laquelle le nom d’Albert Chartier sera à jamais associé : Onésime.


Paru dans Le Bulletin des agriculteurs, de 1943 à 2002 (2003, si on compte les apparitions occasionnelles d’Onésime et Zénoïde dans Les Gens Delaville, série de Patrick Breton), Onésime devait rapidement devenir le chouchou de nos campagnes, et faire les délices de milliers d’enfants (et d’adultes) en région.


Onésime et Zénoïde


La bande dessinée tourne autour des tribulations du couple formé par Onésime et Zénoïde.  Mariés pour le meilleur et pour le pire, nos deux tourtereaux mènent une vie en apparence sans soucis dans la région de Lanaudière.  Onésime, grand et efflanqué, affligé d’un bégaiement à ses débuts, fait un contraste amusant avec Zénoïde, courtaude et rondelette, qui n’a pas la langue dans sa poche.  Avec eux, les choses les plus anodines comme aller chercher des œufs ou se rendre à la messe de minuit deviennent une aventure, sans parler du simple fait pour Onésime de conduire une auto dans les courbes!


Onésime 2


Certains gags reviennent souvent, popularité et passage des générations obligent.  Le magasinage, les relations supposées d’Onésime avec le beau sexe, Zénoïde qui change d’avis fréquemment, la chasse, l’éternel féminin, sont autant de terrains fertiles en gags pour Albert Chartier.  Pourtant, si on gratte le vernis humoristique qui recouvre cette bande dessinée, que ne découvre-t-on pas sur notre société québécoise?


Les « habitants »


Beaucoup de citadins, dans un passé pas si lointain, avaient le tour de parler des gens habitant en région.  La lippe dédaigneuse, on crachait délicatement son venin sur les « habitants », qui ne pourraient jamais aspirer à la sophistication des gens de la ville.


Pendant ce temps, notre couple de Lanaudière n’hésitait pas à faire des voyages aux « États », à regarder la télévision, faire des excursions de magasinage à Montréal, tout en dînant dans des restaurants huppés avant un saut à la Place des Arts.  Onésime avait même recours à un chiropraticien, et Zénoïde n’hésitait nullement à porter un bikini lorsque ce fut la mode, malgré ses rondeurs, un véritable gag visuel en soi!  Ils sont où, les « habitants »?


Les deux solitudes


Un terme relativement nouveau, que celui des deux solitudes, où le reste du Canada et le Québec mènent des existences séparées, malgré leur appartenance à un même pays.  Dans Onésime, la question de la langue y figurait bien avant la loi 101.  Dès juin 1961, après une absence de quelques mois, Onésime revient des États-Unis, parlant un québécois mâtiné d’anglais.  De quoi nous rappeler la façon dont on parle le français à Paris, de nos jours!  De façon amusante, l’inverse est aussi vrai : dans quelques planches, une des jolies nièces d’Onésime, arrivant des « États », parle un anglais mâtiné de français.  Et tout ce beau monde se comprend, tout en faisant des calembours savoureux sur certains mots anglais.  Ça me donne envie d’aller faire un tour au Mets sa chaussette!


Onésime et Zénoïde sont de tous les grands événements qui ont marqué le Québec.  L’Expo 67, la fête nationale, et même lors de la présence du général De Gaulle, tout donne lieu à des gags, dont souvent Onésime fait les frais.  Et certaines figures publiques ne se font pas faute d’y faire une apparition, aussi brève soit-elle.


Le livre


Dans la même veine que le Séraphin illustré de l’an dernier, la présentation du livre est superbe, et atteste du soin méticuleux que Michel Viau porte à cette collection.  Réunir les planches fut un travail de titan, qui n’aurait pu être accompli sans de précieux collaborateurs, dont Rosaire Fontaine, collectionneur chevronné, qui signe d’ailleurs la préface du livre.  Michel Viau y va ensuite d’un historique d’Onésime, sorte de dossier assez fouillé dans lequel il raconte la création de ce qu’il appelle un « Québécois typique ».


Puis suivent les planches, par ordre chronologique, avec une restriction de taille : pour les besoins du livre, on a laissé tomber les gags répétitifs.  Cependant, mes sources m’informent qu’il est fort possible qu’un deuxième volume voit le jour, justifié par tout le matériel admissible non publié dans le premier.  Je souhaite que ça se concrétise!


Dans l’ensemble, les gags sont fort drôles, et je remercie Les 400 Coups de ne pas avoir cédé à la tentation d’aseptiser certains gags que d’aucuns jugeraient sexistes selon les normes actuelles.  Même qu’il est rafraîchissant, chronologiquement parlant, de voir une jeune nièce appelée Frou Frou mener les hommes en bateau, de façon gentille et intelligente, bien sûr!


Le dessin est lui aussi bien adapté au style de cette bande dessinée,  Albert Chartier étant habile dans tous les genres de dessin.  Si Séraphin nous avait habitués à des personnages réalistes, Onésime, Zénoïde, leur famille et leurs amis ont une allure plus comique, avec des membres qui semblent faits de caoutchouc!


Ma recommandation


Vous n’avez absolument aucune excuse pour passer à côté d’une telle bande dessinée.  Il y a dans Onésime de quoi plaire à tout le monde, car le monde de ce rentier de Lanaudière, c’est le nôtre!  Et cet univers peut se lire à plusieurs niveaux, ce qui garantit plusieurs relectures.  Parfait pour passer le temps entre Noël et le Jour de l’an!


En vente dans les bonnes librairies.


 

Onésime Les Meilleures pages

Albert Chartier et Michel Viau
Éditions
Les 400 coups, 2011
266 p.
34,95$

Pour en savoir plus : http://lambiek.net/artists/c/chartier_albert.htm

http://www.bedetheque.com/auteur-18360-BD-Chartier-Albert.html

Photos : Web