Mario Landerman

Jeudi 5 décembre 2013

par Mario Landerman

Arts

Nathalie Petrowski

Portraits retouchés 2000-2013 : Lettre à Nathalie Petrowski


Chère Nathalie,


Pardonnez-moi cette familiarité, que je souhaite de bon aloi.  À mes yeux, vous avez fait partie du paysage culturel depuis tellement d’années que le Québec vous prend pour acquise maintenant.


Mon goût pour votre style de chroniques culturelles commence pour moi avec les années 80, alors que vous sévissiez dans les pages du quotidien Le Devoir.  Libre de penser, vous l’avez été.  Et vos chroniques ont très souvent reflété cet esprit qui refusait de se faire passer n’importe quoi au nom de la culture.  Vous êtes souvent montée seule aux barricades contre des monstres sacrés tels que le « P’tit » Simard, ou encore notre Dodo nationale.  Parfois avec malice, parfois avec, il faut bien le dire, un brin de méchanceté, vous avez souvent mis le doigt sur ce qui clochait chez les uns et les autres.


Je me souviens (comment aurait-on pu l’oublier) de votre bataille épique avec l’actrice Annie Girardot.  Bataille qui a largement débordé du cadre de la simple chronique culturelle, grâce notamment aux bons soins de madame Girardot elle-même.  Je me souviens également, car le Québec d’hier ressemblait beaucoup à celui d’aujourd’hui, de certaines réactions négatives, opposant la notoriété d’Annie Girardot à celle que vous souhaitiez supposément acquérir en menant une charge en règle contre cette dernière. Comme si vous en aviez besoin...


Pourtant, ceux qui prenaient le temps d’éplucher vos chroniques et capables de se faire une opinion par eux-mêmes ont constaté combien beaucoup de vos critiques tombaient juste.


Inutile de dire que lors de la sortie de Notes de la salle de rédaction, je fus parmi les premiers à me les procurer.  En fait, ma copie est maintenant quelque peu jaunie sur les bords, mais j’ai pris tout autant de plaisir à relire l’ouvrage avant de me plonger dans ce qui veut être son successeur : Portraits retouchés 2000-2013.


Bien des années se sont écoulées.  Les Annie Girardot partent, Nathalie Petrowski reste, cette fois-ci à La Presse.  Allons, des félicitations sont de rigueur.  Durer dans ce métier ne revient qu’à ceux qui ont le cœur bien accroché.


Pourtant, j’avais moins de plaisir à vous lire au cours des dernières années.  Une question qui revenait parfois, à la lecture de plusieurs de vos chroniques, c’était « Est-ce que la verve de Nathalie s’est émoussée? ».  La lecture parfois en devenait pénible, car on sentait moins poindre la critique que la publicité déguisée.  Oh, la critique était toujours là, mais elle semblait nettement moins incisive, comme si les crocs des années 80 s’étaient élimés à l’érosion d’un certain « embourgeoisement ».  Je l’avoue, ma déception a eu pour résultat de vous faire faux bond au fil des années.


Donc, je l’avoue, je m’attendais à voir mes craintes confirmées dans les chroniques sélectionnées. 


J’avoue aussi humblement m’être trompé.


La lecture fut encore une fois des plus plaisantes, mais pas pour les mêmes raisons.  Les sujets étaient aussi bien choisis que dans le prédécesseur.  Votre style, qui prend le temps de s’attarder aux détails, est toujours là.  La fougue de la jeunesse, cependant, a fait place à une certaine sagesse de n’offrir que la crème de ce que vous avez écrit à La Presse, laissant tomber les infopubs déguisées que je craignais voir apparaître.  Un exemple de ces publicités?  L’ouverture de la salle VIP au Cinéma du Dix30 n’est pas ce que j’aurais souhaité voir dans ce livre.  Écueil évité.


Sans en avoir l’air, vous faites un pont entre hier et aujourd’hui dans ce que vous avez choisi de publier, deux exemples notables étant Robert Charlebois et Gilles Vigneault.  Vos commentaires sont toujours appréciés, et vous n’en êtes point avare cette fois-ci également.  J’ai pu rire de bon cœur à voir sous votre plume s’animer quelques égos démesurés.  La sortie de René Angélil prend des allures de morceau d’anthologie!


En guise de conclusion de cette longue lettre, permettez-moi de souhaiter qu’il y ait un troisième volume.  Mais ne nous faites pas attendre 30 ans!  Quant à moi, je serai dorénavant plus assidu à vos chroniques dans les pages de La Presse.


Mario Landerman

Au sujet du livre


Portraits retouchés 2000-2013 regroupe environ une soixantaine de chroniques ou entrevues portant la griffe de Nathalie Petrowski.  Elles sont divisées en 12 sections judicieusement choisies, Incontournables, Grandes gueules, Inclassables, Regrettés, Champ gauche, Secrets bien gardés, L’avenir leur appartient, Icônes d’ici et d’ailleurs, Amuseurs, Indestructibles, Héros inconfortables et enfin, Jamais plus, la section la plus croustillante du lot.

 

 

Portraits retouchés 2000-2013 de Nathalie Petrowski
Les Éditions La Presse
312 pages.

Pour en savoir plus : http://editions.lapresse.ca/nos-livres/categorie/biographies-recits-et-recueils/livre/portraits-retouches/

ISBN (papier) : 978-2-89705-202-7
ISBN (PDF) : 978-2-89705-204-1
ISBN (EPUB) : 978-2-89705-203-4