Mario Landerman

Vendredi 8 mars 2013

par Mario Landerman

SociétéÉditorial

8 mars 2013

La journée de la femme : injustice, hypocrisie et crainte

Nous sommes le 8 mars, journée internationale de la femme.  Parmi le déluge de fleurs que ces dames ne manqueront pas de recevoir, au bureau, sur Facebook, ou ailleurs, permettez-moi d’être une des rares voix discordantes masculines, et de distribuer quelques pots. 

Certaines femmes et groupes féministes méritent de se faire rappeler à l’ordre, en ce jour où, selon moi, la solidarité entre femmes se doit d’être plus réelle que jamais.

Agnès Maltais, la solide âpreté sociale

Madame Agnès Maltais, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, loin de la compassion qu’on associe habituellement à son sexe, propose de réduire les prestations d’aide sociale dans le but d’inciter certaines catégories de gens aptes à retourner sur le marché de l’emploi.  Tout cela est bel et bon, si on ne prend pas la peine de se pencher sur les catégories de gens visées, notamment les gens de 55 ans et plus et les familles avec enfant de moins de cinq ans.

À la recherche du «cheap labor» ?

Je ne comprends pas du tout la logique derrière le fait de cibler des groupes de bénéficiaires vraiment vulnérables, lorsqu’on sait que le marché de l’emploi refuse les gens trop âgés.  Les employeurs se réfugient derrière l’excuse des accidents en milieu de travail pour justifier leur décision.  La vraie raison, comme toujours, en est une de sous.  Un travailleur d’expérience coûte plus cher en salaires qu’un néophyte que l’on forme, et à qui on peut passer non seulement un beau sapin, question salaires, mais la décoration du dit sapin également.  Agnès Maltais aura du pain sur la planche pour convaincre, non pas des travailleurs réticents à travailler, mais des employeurs qui ne visent que le profit.

Comme le disait l’autre jour un chroniqueur de radio connu, les citoyens visés sont très souvent démunis à d’autres points de vue que simplement financier. Comment les intégrer au marché du travail de façon digne ?  

La solution classique, de fournir de grasses subventions aux employeurs pour les inciter à accueillir ces gens dans leurs entreprises, va coûter bien plus cher que les économies de bout de chandelles réalisées. 

Quant aux familles avec enfant en bas âge, le côté inique de la mesure vise particulièrement ces bambins, pour qui le concept d’argent ne signifie pas grand’chose.  Encore une fois, une partie de mon raisonnement sur l’emploi s’applique ici.  On peut s’attendre à voir de nombreux emplois à très court terme, et de nombreuses malversations de la part d’employeurs peu scrupuleux, avec l’aimable bénédiction du gouvernement en place.

À sa décharge, Agnès Maltais n’a rien inventé.  Elle a simplement puisé dans les cartons de l’ex gouvernement libéral, et en a ressorti un projet de coupures de Sam Hamad.  Les mesures étaient plus drastiques dans sa version libérale, mais n’est-ce-pas Monique Richard, critique péquiste, qui avait alors vertement dénoncé ce projet en chambre?  Ironie, quand tu nous tiens…

Une nouveauté, c’est la troisième catégorie, qui n’existait pas dans le projet Hamad, les toxicomanes, lesquels bénéficieront de prestations spéciales que pour 90 jours.  Lorsqu’on connaît le mécanisme de réinsertion sociale des toxicomanes, c’est nettement insuffisant.  Je suppose qu’il fallait un troisième bouc émissaire, afin de ne pas utiliser la patate chaude des compressions aux mères monoparentales du projet Hamad.

Madame Maltais, je vous prie, un peu de compassion et d’intelligence.  De la compassion, envers vos concitoyens les plus démunis, et l’intelligence de pondre vos propres projets de loi, plutôt que de puiser dans les laissés-pour-compte d’un gouvernement libéral honni.  La voie de la facilité n’est jamais la meilleure.

Frigide Barjot, non mais, de quoi se mêle-t-elle?

Ah, celle-là, quelle plaie!  L’égérie du mouvement contre le mariage entre personnes de même sexe se fait aller l’organe vocal avec une régularité qui irrite nos organes auditifs.  Mais ce n’est pas là l’irritant majeur.

Virginie Tellene, de son nom véritable, est une humoriste et chroniqueuse mondaine française.  Les récents débats sur le mariage entre hommes ou entre femmes l’a fait connaître d’un public international.  À un point tel qu’elle est devenue le porte-étendard d’une France réactionnaire et bêtement catholique en contraste marquant avec la fameuse « joie de vivre » française.  Si l’hypocrisie avait une statue, elle aurait les traits de Frigide.

Car en effet, cette pseudo-féministe française, malgré ses penchants rétrogrades, se sert de sa célébrité médiatique pour barrer la route à une foule d’avantages dont peuvent bénéficier ses consœurs lesbiennes.  Mariage, adoption, droit d'être bien dans son orientation sexuelle. Bravo madame, pour votre compassion à deux vitesses, votre dévouement sans faille à une religion aussi hypocrite que vous-même, et l’inconscience de vos actes dans un monde où la liberté, l’égalité, et la fraternité ne veulent plus dire grand’chose.  Elle est belle, la France!

Le Conseil québécois du statut de la femme et l’intégrisme religieux

Je parle bien entendu ici de la position ambigüe que tient cet organisme sur la religion musulmane intégriste, dans tout ce qu’elle a de dégradant pour la femme. 

D’un côté, on prend tapageusement position sur les injustices faites aux femmes québécoises.  Je ne nie pas qu’il y ait encore du travail à faire de ce côté, notamment au niveau des pensions alimentaires justes et équitables, ainsi que la violence conjugale.  Je reconnais également que le massacre de la Polytechnique, en 1989, est une horreur sans nom qu’il convient de ne jamais voir reproduire à nouveau.

De l’autre?  Un silence assourdissant sur la question musulmane intégriste.  Que voilà une religion qui préconise le traitement de la femme comme du bétail, le droit de vie ou de mort sur le cheptel féminin, l’emprisonnement de l’esprit féminin dans un carcan digne des plus sombres heures de l’église catholique.  Et le Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne en tête, contrairement à ses habitudes lorsqu’il s’agit d’ameuter la population sur des injustices internes (lire québécoises), se montre des plus timide lorsque vient le temps de se prononcer sur des horreurs comme l’affaire Shafia, de sinistre mémoire.

Pendant ce procès retentissant, malgré l’horreur et la préméditation impliqués, on aurait entendu une mouche féministe voler.  Bizarre aussi, que Françoise David de Québec Solidaire n’ait trouvé aucune tribune disponible pour faire valoir son opinion durant ces longs mois…

Lorsque tout fut terminé, on a marché sur des œufs et on a condamné pratiquement du bout des lèvres une telle horreur.  Pourquoi?  Est-ce parce que certaines cibles sont plus faciles à abattre que d’autres?  Que l’injustice dont sont victimes vos consœurs ne vous concerne pas?  Que vous craignez, oui, craignez, une religion qui n’hésite pas à recourir au meurtre pour faire taire les voix opposantes?

Le féminisme, dans ce qu’il a de beau et noble, est un combat de tous les instants pour assurer un monde meilleur à TOUTES les femmes de la planète.  Je mets les féministes de ce monde en garde contre les véritables dangers qui guettent votre mouvement.  L’individualisme et les batailles internes forment l’arbre qui vous cache la forêt d’un danger imminent.  Il sera trop tard lorsque les intégristes musulmans contrôleront la planète.

Il est minuit moins une, Mesdames !