Mario Landerman

Vendredi 28 décembre 2012

par Mario Landerman

Télévision

Gerry Anderson

Mort de Gerry Anderson : Le 21e siècle ne sera plus jamais le même…

Le 26 décembre 2012 mourait dans un centre de soins infirmiers près d’Oxfordshire, en Grande-Bretagne, une des figures marquantes de la télévision des années soixante, Gerry Anderson.  De nombreux journaux, tant britanniques que québécois, ont rapporté la triste nouvelle.  Et une parcelle d’enfance des adultes de ma génération s’en va avec ce décès.


Vous ne connaissez pas Gerry Anderson?  Si je vous mentionne Les Sentinelles de l’air, ça vous dit quelque chose?  Voici un petit clip vidéo pour vous rafraîchir la mémoire.

 

 


Le père de plusieurs émissions-cultes des années soixante, comme Supercar, Escadrille sous-marine et Capitaine Scarlet laisse dans le deuil une foule de personnages mémorables, malgré qu’ils étaient pour la plupart des marionnettes.


Les débuts


Né en 1929, Gerry Anderson débuta sa carrière dans le domaine de la photographie, puis travailla avec le British Colonial Film Unit, après la seconde guerre mondiale.  Il passa ensuite chez Gainsborough Pictures.


Vers le milieu des années cinquante, Anderson allait faire une rencontre qui allait orienter sa carrière dans une direction insoupçonnée : Arthur Provis, cameraman aux studios Polytechnic.  Lorsque ce studio, au sein duquel les deux travaillaient ferma, les deux associés formèrent AP Films (Anderson-Provis Films), avec Reg Hill et John Read.  Pour maintenir la nouvelle compagnie stable financièrement, chacun travaillait à des contrats de leur côté.


C’est justement un de ces contrats qui allait éventuellement faire de Gerry Anderson un nom équivalent à Irwin Allen aux États-Unis.  The Adventures of Twizzle (1957-1958), une série de films pour enfants au sujet d’une poupée qui peut étendre ses membres à volonté, marqua autant la future carrière d’Anderson que celle de la créatrice du concept, la romancière Roberta Leigh.  Cette série fut suivie d’une autre, Torchy the Battery Boy, une autre histoire de jouets.


Les techniques utilisées, d’abord rudimentaires, s’affinèrent au fur et à mesure des productions.  Décidant de faire cavalier seul, Anderson présenta alors en 1960 Four Feather Falls, un western avec quelques éléments de fantaisie.  À une époque où le genre régnait en roi et maître à la télévision, ce fut un succès.


Malgré le succès qui se pointait le bout du nez, Gerry Anderson voyait ces marionnettes comme un pis-aller, un échelon qui le mènerait à son rêve, celui de producteur de films cinématographiques. 


Supercar et le Supermarionation

 

Supercar
Gerry et Sylvia Anderson (centre), avec Supercar


En 1961, la première série qui alla enchanter les enfants américains et canadiens prit l’affiche.  Supercar, comme son nom l’indique, est une super voiture qui peut voler, aller sous l’eau, ou tout simplement sur la route.  Avec une distribution assez caricaturale, menée par le pilote Mike Mercury, cette série commença alors la collection de succès télévisuels de Gerry Anderson, lequel fut rejoint par sa nouvelle épouse d’alors, Sylvia.

 

 


1962 vit l’avènement d’une autre série de science-fiction, Fusée XL5.  Une fusée interplanétaire, pilotée par Steve Zodiac, avec un équipage qui le secondait efficacement, fit plusieurs fois le tour de la galaxie, rencontrant des mondes étranges, et des créatures qui ne l’étaient pas moins.


Fait notable de cette série, ainsi que de l’ensemble de la production de ces années-là, la musique signée Barry Gray.  Sans elle, ces émissions auraient été un peu moins mémorables.  I Wish I Was a Spaceman, chanté par Don Spencer, fut un succès au hit parade d’alors.  Il en fut de même pour la ballade Aqua Marina, de Gary Miller, qui clôturait à chaque semaine l’émission Escadrille sous-marine (1964).  Fait à noter, ces chansons, ainsi que les génériques, furent traduits en français dans les versions québécoises de ces émissions.

 

Thinderbirds Are Go


1965 vit alors l’apogée de cette série d’émissions innovatives, avec Les Sentinelles de l’air.  Dans un monde qui découvrait de nouveaux héros au cinéma, comme James Bond, on découvrait un des meilleurs concepts de ces séries télévisées, un agent secret féminin du nom de Lady Penelope Creighton-Ward.  Elle parcourait le monde avec style, avec une panoplie de gadgets que même 007 aurait envié.  Mais les vedettes de cette série, ce sont sans contredit les véhicules de la Sécurité internationale, qui avaient pour mission d’effectuer des sauvetages lorsque les moyens classiques s’avéraient insuffisants.  Dans un monde futuriste encore plus marqué, les engins fantastiques, tant par leur désign que par leur capacités, figuraient en bonne place.  Le succès fut tel que deux longs métrage originaux furent produits, Thunderbirds Are Go (1966) et Thunderbirds 6 (1968).  Le succès de ces deux films fut moins considérable que pour la série télé.

 

 


Des changements majeurs, tant au niveau des marionnettes que des véhicules, furent dévoilés avec la série suivante, Capitaine Scarlet (1967).  Une série intriguante, et même par moments sinistre, elle utilise avec beaucoup d’effet les nouveaux personnages, lesquels ressemblent à des mannequins d’étalage animés, à des lieues des personnages plus caricaturaux des séries précédentes.  C’est d’ailleurs la critique qui revient le plus souvent concernant les trois dernières productions, incluant Joe 90 (1968) et Service Secret (1969); les nouveaux personnages semblent manquer d’âme, comparés aux versions antérieures.  C’est l’une des explications du succès mitigé de ces trois séries.


Le temps était cependant venu pour Gerry Anderson de faire son entrée dans le monde des acteurs de chair et d’os…


Alerte dans l’espace et Cosmos 1999

 

 


En 1969, le duo de Gerry et Sylvia Anderson concoctèrent un film appelé Danger, planète inconnue (Journey to the Far Side of the Sun).  Mettant en vedette Roy Thinnes, cette production raconte l’aventure d’un astronaute qui arrive sur une planète qui est une image miroir de la nôtre.  Le film connut un succès mitigé.  Mais plusieurs des éléments, décors, acteurs, véhicules, furent réutilisés pour la série Alerte dans l’espace (1970).  La série, qui rappelle par certains aspects Capitaine Scarlet, fut mémorable pour bien des adolescents de l’époque, avec les soucoupes volantes très particulières de cette série, de même que les costumes révélateurs des charmantes opératrices de la base lunaire.  Une seconde série devait être produite, mais on la mua en ce qui allait devenir la série du couple Anderson la plus connue de tous, Cosmos 1999.

 

 


Le 13 septembre 1999, qui a regardé dans le ciel pour voir si la lune était bien là?  Dans cette production, à la date citée, une explosion nucléaire à la surface de la lune fait que cette dernière quitte l’orbite terrestre pour errer dans l’espace.  À son « bord », les habitants d’une base lunaire appelée Alpha, commandée par John Koenig, et assisté par une bonne distribution de personnages, du moins pour la première saison, plus orientée vers la science et l’exploration, avec quelques éléments de fantaisie ça et là.  En revanche, la saison suivante vit les éléments fantastiques supplanter tous les autres, notamment avec l’ajout d’une femme venant de la planète Psychon, Maya.  Cette dernière pouvait se transformer en toute créature qu’elle avait au moins vue une fois.


Les avis demeurent partagés quant à la saison que les aficionados préfèrent.  Je confesse avoir un faible pour la seconde saison, en raison de son aspect très série B (je suis un amateur de films de ce style).  Mais ça ne m’empêche pas d’apprécier la première saison pour le côté plus cérébral.


D’autres réalisations de Gerry Anderson


Je ne saurais passer sous silence une série qui fut très populaire au début des années 70, Les Protecteurs.  Une série de détectives, comme il y en eût tant à cette époque, cette dernière mettait en vedette Peter Vaughn, Tony Anholt et Nyree Dawn Porter.  À découvrir, pour les amateurs de Amicalement Vôtre ou de Jason King.


Il y a aussi Terrahawks (1983), un retour d’Anderson à la formule marionnette qui a fait sa renommée.  Malheureusement, c’était par trop un retour en arrière, avec des personnages très caricaturaux pour les humains.  À ma connaissance, cette série, ainsi que les autres mentionnées dans cette section,  ne furent jamais diffusées en français au Québec.


Dick Spanner, P.I. (1987), se veut un pastiche des détectives des belles années du cinéma.  Une autre série avec des acteurs humains, Space Precinct (1994) mélangeait acteurs et marionnettes afin de représenter un univers diversifié venant de toutes les galaxies.  Lavender Castle (1999) se veut une série d’animation basée sur un univers fantastique et poétique à la fois.

 

 


La plus récente production de Gerry Anderson est une refonte de Capitaine Scarlet, appelée New Captain Scarlet (2005), réalisée en animation par ordinateur.  Refonte des personnages, des décors et des véhicules, la série vaut le coup d’œil, malgré ses faiblesses au niveau de l’animation.


Gerry Anderson fut l’ami des enfants des années soixante (et de leurs parents).  Par une série d’émissions imaginatives, et qui faisaient rêver à un futur fantastique, il sut captiver toute une génération qui, encore aujourd’hui, ne peut entendre la musique thème d’une de ces émissions sans esquisser un sourire de connivence.  Et ces émissions, malgré leur aspect parfois démodé, n’en finissent pas de récolter des fans de tous les âges.


Merci à Télé-Métropole et Radio-Canada de nous avoir fait découvrir ces petits bijoux de par-delà l’océan Atlantique.  Grâce à eux, nous avons eu une enfance que les générations d’aujourd’hui ne peuvent que nous envier.


Et surtout, merci à Gerry Anderson.  Il a su inspirer de très nombreux talents au fil des années.  Le 21e siècle a perdu là son visionnaire le plus optimiste.

 

 

Pour en savoir plus : http://www.fanderson.org.uk/

Photos et vidéos : Web et Youtube