Mario Landerman

Jeudii 23 mai 2013

par Mario Landerman

Télévision

Luis de Cespedes

Décès de Luis de Cespedes : Le comte bien-aimé n'est plus

 

La colonie artistique québécoise n'a réellement pas le temps de souffler, émotionnellement, avec tous ces deuils.  Après Huguette Oligny et Georges Moustaki, c'est au tour de Luis de Cespedes de nous quitter.  Atteint d'une forme de la maladie de Parkinson, il s'est éteint mercredi, à l'âge de 64 ans.


Les années 80 furent définitivement les années de gloire de cet homme né en France.  Grâce à sa mère, la chanteuse Louise Darios, il fut confronté très jeune à une vie des plus cosmopolites.  Grand voyageur par la force des choses, du Pérou au Chili, en passant par l’Argentine et le Vénézuéla, il vécut pratiquement son enfance une valise à la main. Ses études se déroulèrent aux collèges Marie-de-France et Stanislas.


Il est détenteur d’une maitrise en histoire.   Son service militaire lui donna le grade de sous-lieutenant dans la Marine Royale du Canada.  Parmi les divers emplois qu’il a cumulés au cours de sa carrière, citons l’enseignement des langues (anglais et espagnol), cinéaste, de même que divers emplois à la radio FM de Radio Canada.  Sans oublier évidemment ses services de traducteur au Théâtre du Rideau Vert.


Sa mère, Louise Darios, fut cofondatrice du Théâtre du Rideau Vert, avec la marraine de Luis, Mercedes Palomino.   Yvette Brind'amour, associée de Mercedes dans cette belle aventure se fera un plaisir de partager le premier grand succès de Luis à la télévision.  Elle incarnera sa mère dans Marisol, téléroman de TVA (1980-1983).


Ce téléroman de Télé-Métropole, dont les premiers épisodes furent écrits par Micheline Bélanger, relatait l'histoire d'une jeune femme qui affronte la vie après le décès de son mari.  L'actrice principale, Christine Lamer, n'avait jusqu'alors jamais fait de télé à visage découvert. 


La série fut confrontée à des débuts difficiles.  Malgré le charisme de l'ensemble des comédiens, il manquait manifestement un ingrédient pour assurer le succès.  Un changement d'auteur, Gérald Tassé, permit de trouver la recette gagnante avec Luis de Cespedes, qui incarna le comte Juan Portillo de Gonzalez.  Ce qui suivit fut un téléroman qui allait faire sa marque dans le paysage télévisuel québécois, malgré les nombreuses lacunes de Télé-Métropole dans la livraison de tels produits, à l’époque.  Le coeur des québécoises battait alors au même rythme que Marisol pour le beau Juan!  La popularité des romans à l'eau de rose (Harlequin) de cette époque n'était définitivement pas étrangère à cet état de choses...


Le mariage des deux tourtereaux fut une première télévisuelle : Télé-Métropole n'avait pas lésiné sur la finale de la série, attentive aux moindres détails, ce qui attira des cotes d'écoute similaires à des émissions comme Tout le monde en parle ou Star Académie de nos jours.


En 1985, Réal Giguère décida de doter Télé-Métropole d'un téléroman similaire à des offres américaines ou mondiales comme Dynasty ou Return to Eden.  Sexe, argent, pouvoir allaient constituer la toile de fond de L'Or du Temps, qui sévira sur nos petits écrans jusqu'en 1993. 


Dans un rôle à la mesure de son talent, Christine Lamer allait incarner la vilaine de la pièce, Jackie Levy.  Cruelle et sans scrupules, on était loin de Marisol.  Mais qui allait lui donner la réplique?  Débarque alors dans la seconde saison Luis de Cespedes, rebaptisé pour l'histoire Richard Pincourt.  Il cache bien son jeu vis-à-vis de la femme (et de la fortune) qu'il convoite, Sophie de Bray (Angèle Coutu).  Le machiavélisme du personnage connaîtra son point culminant avec la cinquième saison.  Mais même exprimant la cupidité et un esprit tordu, les femmes en redemandent.  Il contribuera tout autant que les autres acteurs à faire de L'Or du temps un succès télévisuel québécois.


Par la suite, on le verra dans une autre production de TVA, Ent'Cadieux, où il incarnera le personnage de Raoul d'Acosta.  Il jouera également son propre rôle dans un épisode de Tout sur moi, à Radio Canada.


Luis de Cespedes se tourne alors vers le doublage, et c'est le début d'une autre carrière, après celles de comédien et chanteur.  Il a entre autres prêté sa voix de velours à Antonio Banderas, Al Pacino, John Malkovich, Robin Williams et Bruce Willis. En cela, il suivit les traces de plusieurs de ses collègues de travail, notamment Christine Lamer, Pascal Rollin et Brigitte Morel.


C'est une partie des années 80 qui s'en va avec ce comédien plutôt effacé du petit écran ces dernières années, mais toujours actif dans d'autres domaines.  Il laisse une légion de québécoises dans le deuil, en plus de ses collègues de travail, lesquels sont devenus de bons amis au fil des années.  Mais quelle que soit la façon dont on parle de ce décès, un point demeure : 64 ans, c'est bien jeune pour mourir.

 

 
Scène de Luis de Cespedes et Christine Lamer dans le téléroman Marisol

 

 

Photo : Courtoisie Radio-Canada

Vidéo : Courtoisie des archives personnelles de Normand Daoust