Royal du Perron

Jeudi 6 novembre 2014

par Royal du Perron

Théâtre

Août

Août – un repas à la campagne : quand l’appétit s’en va


La pièce de Jean-Marc Dalpé (lauréat de trois Prix du Gouverneur Général),  créée à La Licorne en 2006, met l’accent sur quatre générations de femmes. Qui ne se regardent pas, qui ne se comprennent pas, qui ne veulent pas se comprendre. À l’exception d’un seul, les trois personnages masculins sont plutôt périphériques, m’a-t-il semblé.


Le lever du rideau nous amène dans une maison de ferme par chaude journée d’été ou les personnages féminins, pas toujours bien définis, échangent des propos sur le quotidien. Mais qui sont-ils les unes par rapport aux autres.  Dalpé a voulu gardé le flou. Des sœurs, des belles-sœurs, des filles ? Cela reste bien vague au début.  On vit un quotidien aléatoire, dépendamment du caractère des gens qui le composent.  Le personnage de Josée, interprété par Kim Despatis étale les mouvements d’humeur d’un pitbull.  La voix nasillarde et tonitruante, voire criarde de la jeune comédienne tape sur les nerfs. Erreur de casting ? Présomption de la metteure en scène ?  L’actrice est belle et agile mais cela n’excuse pas tout.  Hormis ce bémol anti-climax, tous les autres acteurs campent magnifiquement bien leur personnage.  Michel Dumont en père de famille plus souvent qu’autrement absent dans sa tête, incapable de prendre des décisions jette sur cette famille une aura de fatalité.

Août


Pour interpréter le rôle de Paulette, Nicole Leblanc remplace à pied levé Monique Mercure qui s’est désisté, on n’a pas su pourquoi. L’actrice a trouvé ici un ton et une allure qu’on ne lui connaissait pas encore, malgré son longue et fructueuse carrière. Il faut dire qu’elle joue le rôle de l’aïeule, qu’on pourrait croire un peu sénile tant son allure est surprenante mais dont la lucidité réjouit le cœur du spectateur.  En jouant sur les gutturales, Leblanc a trouvé là le ton qui sied bien au personnage et qui la distingue de tous ses rôles précédents. Chantal Baril sait rendre la fébrilité d’une future mariée d’âge mûr. Frédéric Blanchette, le fidèle aide-fermier cocu et fauché, revendique ses droits en garrochant tripes et coeur à une belle-famille inattentive.  D’ailleurs, cet écorché au vif, violera sa propre épouse infidèle sous les yeux de la belle-mère (Pierrette Robitaille) totalement indiférente, inventant même une jasette corsée entre époux pour justifier l’infamie.  J’en passe, et des meilleures.  De sorte que, au moment de festoyer, plus personne n’a faim.


Cette vie superficielle et vide de sens rappelle des textes de Claude Meunier (Les voisins) et Serge Boucher (24 pauses, portraits).  Août, un repas à la campagne est une pièce qui traduit la difficulté de vivre et le nombrilisme épidermique. Et à l’ère des technologies, (les jeunes rivés à leur iPad, le choix de vie n’est pas vraiment judicieux. Et les vieux égocentriques, dépassés par elles, se sont perdus en cours de route.  Et pourtant, il ne faudrait peut-être qu’une parole, un sourire, un regard… Faut-il y voir ici le mal-être du troisième millénaire ?

 

 

Distribution : Chantal Baril, Frédéric Blanchette, Kim Despatis, Michel Dumont, Nicole Leblanc, Gilles Renaud, Pierrette Robitaille, Isabelle Roy


Août, un repas à la campagne, mise en scène par Martine Beaulne, est présentée à la Compagnie Jean-Duceppe, jusqu’au 6 décembre. Durée approximative : 1 h 15 sans entracte


Réservations : (514) 842-2112


Pour en savoir plus : www.duceppe.com

Photos : Courtoisie Compagnie Jean-Duceppe