Mario Landerman

Jeudi 10 juillet 2014

par Mario Landerman

Théâtre

Appelez-moi Stéphane

Appelez-moi Stéphane : manipuler avec soin!

 

C’était soir de première mardi dernier au Pavillion de l’Île de St-Bernard de Châteauguay, pour la nouvelle production du Théâtre Fracas. Appelez-moi Stéphane réunit une brochette d’excellents comédiens sur scène, pour une reprise d’une pièce de Claude Meunier et Louis Saïa.


Deux hommes et trois femmes s’inscrivent à des cours de théâtre du soir.  Leur professeur propose de monter une pièce dans laquelle chacun pourra interpréter en partie son histoire.

 

Groupe

 


Ce faisant, le professeur, pour qui est baptisée la pièce, va un peu trop loin avec son talent inné pour trouver le talon d’Achille de tous les aspirants-acteurs.  En effet, l’exploration des émois de l’âme de Jacqueline, Gilberte, Louison, Réjean et Jean-Guy va donner lieu à un dérapage des émotions que Stéphane sera incapable de contrôler. 


Terrorisé devant le monstre qu’il a lui-même créé, Stéphane s’enfuiera, laissant ses élèves devant le désarroi de leurs blessures ravivées par ce manipulateur impénitent.


La pièce en elle-même est des plus intéressantes, de par le processus impliqué, la manipulation.  Un comédien vous le dira : jouer un rôle, c’est également savoir manipuler ses propres émotions afin de pouvoir jouer avec conviction un rôle donné.  Il faut ajouter à cela la capacité de projeter ces émotions sur le public captif en salle.

 

Groupe

 


Or, dans Appelez-moi Stéphane, il faut ajouter une dimension supplémentaire, soit celle de ce que j’appellerais le « théâtre-gigogne », du nom des tables bien connues.  Le public dans la salle voit une pièce de théâtre, dans laquelle on prépare, au moyen d’un cours, une autre pièce.  On a ainsi la manipulation au niveau de la pièce principale, fournie par Stéphane, et la manipulation dans l’autre pièce, des acteurs vers un public.  Cet effet d’emboîtement est particulièrement effectif dans la seconde partie. 


Et les acteurs qui composent cette distribution, pour reprendre l’expression de la directrice artistique France Pilotte, « c’est du bonbon ».  Ce qu’on pourrait croire n’être qu’une expression utilisée à des fins publicitaires n’est rien de moins que le reflet de la vérité.  Et on a le choix des bonbons!


D’abord, celui qui fait sienne la première partie de la pièce, avec les pitreries de son personnage, c’est Jeff Boudreault.  Acteur très en demande dans tous les domaines, il montre ici son penchant pour la comédie, qu’il semble affectionner particulièrement.  Le public a embarqué de bon cœur dans la locomotive de Jean-Guy, le macho bedonnant avec qui une blague attend pas l’autre.  Mais cette attitude, comme pour la plupart des personnages, n’est qu’un leurre.


La seconde partie appartient d’emblée à France Pilotte.  À dire vrai, je la trouvais plutôt calme dans la première partie, elle qui a pour habitude de provoquer une tornade de rires dans la plupart de ses rôles.  À l’instar du temps orageux qui sévissait à l’extérieur à ce moment-là, elle a livré un orage de rires.  J’avoue que je ne regarderai jamais plus un plumeau de la même façon!


Michel Laperrière a la part du lion avec le rôle de Stéphane.  Ce personnage mériterait une pièce à lui seul.  Il y a encore plus d’exploration à faire avec ce professeur de théâtre, adepte de la manipulation à des fins pas toujours souhaitables.  Ce n’est pas sans me faire penser à Alfred Hitchcock, qui avait l’habitude de mettre par exemple des actrices sur le qui-vive, en les jouant l’une contre l’autre, avec son sardonisme coutumier.  À l’évidence, manipuler des comédiens afin qu’ils soient motivés à offrir un bon spectacle est un objectif désirable, en autant qu’il se fasse sans dérapages.  Bien qu’on explore plusieurs facettes des élèves de Stéphane, ce dernier se dévoile peu, sauf vers la fin de la pièce. 


Stéphane Breton fait le timide du groupe, Réjean.  Son personnage, des plus effacés, lui permet de mieux nous surprendre toutes les fois qu’il s’affirme.  Je suis sûr que bien des dames dans la salle avaient envie de le prendre dans leurs bras, tellement il est adorable dans sa timidité.


Véronique Claveau a su montrer pourquoi elle est une comédienne en grande demande.  Celle qui a récemment fait parler d’elle avec la controverse générée par le passage du Rideau Vert à Radio-Canada, pour la prochaine édition du Bye Bye, a offert une performance drôle, mais tout de même plus nuancée que ce que je me serais attendu, de par la nature de son personnage, Louison. 

 

Lavallée-Laperrière

 


Diane Lavallée sera celle qui aura le plus à souffrir des manipulations de Stéphane.  Je ne dirai pas comment ici, car il faut bien réserver des surprises, mais ce rôle offre aux spectateurs l’occasion de voir Diane aller de la comédie au drame avec un égal bonheur.  On a hâte de la voir à la prochaine rentrée théâtrale (elle sera au Théâtre de Quat’ Sous, dans la pièce Tout ce qui n’est pas sec, avec Guy Jodoin).


La mise en scène est encore cette année assurée par Bernard Fortin.  Pourquoi changer une formule gagnante?  Le comédien a la main assurée pour la mise en scène, et cela transparaît à chaque scène de Appelez-moi Stéphane


D’ailleurs, je tiens à exprimer toute mon admiration au professionalisme des comédiens et à l’équipe technique, qui ont eu à combattre un ennemi encore plus manipulateur que Stéphane, Dame Nature.  Effectivement, un orage en seconde partie de la pièce a occasionné une panne de courant de plus d’une demie-heure.  Malgré ce contretemps, tout le monde a su performer brillamment. 


Appelez-moi Stéphane vous permettra de bien vous divertir, mais sous le vernis de la comédie, il y a plus d’une réflexion à faire sur les émotions humaines, et la facilité de les manipuler.  Pour cela, il importe d’aller voir cette pièce, qui n’a pas pris une seule ride depuis sa création, en 1980.

 

 

Appelez-moi Stéphane
de Claude Meunier et Louis Saïa


Mise en scène de Bernard Fortin
Avec : France Pilotte, Jeff Boudreault, Michel Laperrière, Véronique Claveau, Stéphane Breton et Diane Lavallée.


Au Pavillion de l’Île
St-Bernard de Châteauguay


Prix et forfaits


Représentations les vendredis, samedis et le jeudi 21 août à 20 h 30
Du 27 juin au 23 août 2014


Pièce seule
Régulier :      40$ taxes incluses
Groupe (20 personnes et plus)    35$
Pour chaque tranche de 20 billets vendus, les groupes recevront gratuitement un billet théâtre supplémentaire


Souper-théâtre à 18 h 30
Régulier :      72$ taxes et service inclus
Groupe (20 personnes et plus)    67$ taxes et service inclus
Pour chaque tranche de 20 billets vendus, les groupes recevront gratuitement un billet souper-théâtre
Le repas est servi dans la salle à manger du Manoir d’Youville (à quelques pas du Pavillon de l’île)


Réservations
En ligne sur internet                       www.theatre-ete.com
Par la billetterie Ovation                 www.ovation.qc.ca
Il est possible de faire des réservations tant à la billetterie du Centre culturel Vanier qu’au Pavillon de l’île
En personne à la billetterie du Centre culturel Vanier (15, boul. Maple à Châteauguay)


Les heures d’ouverture :                           

Lundi et mardi de midi à 20 h                                                        
Mercredi et jeudi de midi à 18 h                                                                       
Vendredi et samedi de midi à 17 h
Fermé le dimanche


En personne à la billetterie du Pavillon de l’île, (480, boul. d’Youville, Île Saint-Bernard, Châteauguay
Les heures d’ouvertures :                        
Du lundi au vendredi de midi à 17 h
Les jours de représentations :                 de midi à 20 h 30
Pour informations ou réservations :        450 699-0999

Photos : Caroline Laberge
Vidéos : Mario Landerman