Royal du Perron

Vendredi 25 septembre 2015

par Royal du Perron

Théâtre

As Is

As Is (Tel quel) : une meute de loups


Comme le mentionne dans le programme le directeur artistique Michel Dumont, on voit dans cette pièce «préjugés de classe, rapports de domination, inégalités sociales et courage intellectuel.» Quant à l’auteur, Simon Boudreault, il s’est inspiré de sa première job d’été, trieur de cossins à l’Armée du Salut. Un travail qui l’a vite initié aux jeux de pouvoirs et au trafic d’influence. Tout cela pour survivre à l’Armée du Rachat qu’on appelle service d’aide aux défavorisés.  Le décor de Richard Lacroix, une montagne de cossins parmi les plus disparates, a permis de dissimuler de solides marches d’escaliers dans cet amoncellement d’objets hirsutes. L’habileté des comédiens à franchir cet Everest en deux temps trois mouvements est impressionnante. On y monte souvent qui, pour y faire un monologue, qui pour y chanter une chanson ou plutôt un refrain qui rappelle parfois, Belles-Sœurs, par le propos, le rythme et le tempo.

 

As Is


Chacun des sept personnages est bien servi mais Denis Bernard, Jean-François Pronovost et Marie Michaud dans les rôles respectifs de Tony, Saturnin et Suzanne, sortent nettement du lot  J’ai aussi aimé le jeu de Félix Beaulieu-Duchesneau incarnant le fameux Richard, un désœuvré alcoolique en réhabilitation qui donne parfois des frissons surtout lorsqu’il est juché jambe et bras ballants tout en haut de la vaste scène.  L’un des personnages s’appelle Pénis, sorte d’organe bien précis  qui est là pour travailler et non pas pour penser. Il est d’ailleurs bien interprété par Marc St-Martin, ce comédien de théâtre toujours fort apprécié. Geneviève Alarie (Diane) et Catherine Ruel (Johanne) complètent la distribution en jouant de belle façon leur personnage. Quant aux musiciens, Michel F. Côté, Claude Fradette et Philippe Lauzier, ils sont efficaces et amusants surtout quand ils semblent sortir de nulle part dans ce décor inusité.

 

As Is


L’auteur Simon Boudreault, qui signe également la mise en scène, a choisi de faire intervenir ses personnages dans le public à certains moments ce qui favorise la proximité avec celui-ci. Mais la pièce est dure car c’est la loi du plus fort qui prime.  Du théâtre qui dérange, questionne, interpelle! Tous ces camarades de travail qui s’exploitent et s’entre-déchirent… ça suscite fatalement des réflexions. Et si on en sort en se grattant la tête, c’est qu’on a oublié qu’au fond, dans chaque milieu de travail se dessine une meute de loups.

 

 

As Is (Tel Quel) de Simon Boudreault, chez Duceppe jusqu’au 17 octobre 2015.

Pour en savoir plus : www.duceppe.com

Photos : Caroline Laberge