Royal du Perron

Lundi 5 janvier 2015

par Royal du Perron

Théâtre

Chroniques de St-Léonard

Les chroniques de St-Léonard : tranches de vie bien colorée


L’an dernier, le Centaur Theatre avait présenté en première mondiale cette pièce de Steve Galluccio en anglais et l’accueil y avait été très favorable.  L’auteur à succès (Mambo Italiano, Ciao Bella, Funkytown…) a alors traduit lui-même sa pièce en français. Un an plus tard, chez Duceppe, je me sentais comme un intrus regardant subrepticement par le trou de la serrure.  Ce qui était dit en ces lieux ne me regardait pas vraiment mais j’éprouvais un malin plaisir à voir cette famille gesticuler et se chamailler pour des raisons apparemment futiles de mon point de vue mais sûrement importantes pour eux.  J’ignorais, par exemple, qu’il y avait une rivalité entre les italiens de Ville de Lasalle et ceux de Saint-Léonard.  Dans celle-ci, les classes sociales sont mélangées; on y trouve des notaires, avocats, médecins mais aussi des maçons, plâtriers, briqueteurs… Je me doutais un peu que la digne Saint-Léonard avec ses grands boulevards, ses rues larges et ses grosses maisons de briques blanches, avait été construite sous l’aile protectrice de la mafia. Mais voilà, ça été dit. Cette ville était nécessaire pour décongestionner une Petite Italie qui n’en finissait plus de déborder sur les quartiers avoisinants dont les mieux nantis se retrouvaient à Ville Mont-Royal. Pour ces immigrants d’après-guerre venus de terres rocheuses comme Ischia ou autres lieux arides de la botte italienne, l’Amérique et ses grands espaces, c’est le Klondike.  Enfin, la moindre parcelle de terre sert à cultiver les tomates et à Saint-Léonard, les vastes terrains sont bénis des dieux.  Bien sûr, on aime les bons vins (pas les vins maison, cependant); la bonne chère et aussi la bonne chair. 

Les Chroniques de St-Léonard

Les hommes ont la testostérone au plafond et les femmes peuvent être libidineuses.  C’est ainsi qu’en commandant des côtelettes, Elisa (Pauline Martin) a commis une infidélité porcine.  Ne lui demandez pas comment et pourquoi le lendemain elle s’est retrouvée dans le lit du boucher, elle n’en sait rien.  Évidemment, son écart de conduite bouleversera Robert qui voyait encore sa mère comme une femme bien rangée, presqu’une  Madone.  Quant à l’époux (Claude Prégent), il a lui-même allègrement sauté la clôture, il ne s’en cache même pas. Par ailleurs, l’aïeule Dora (Béatrice Picard), que rien ne peut scandaliser, a gardé dans ses bagages le délicieux accent italien, ça donne de savoureuses tirades que la comédienne rend à merveille. Pour donner une idée du personnage, juste avant de trépasser, cette mémé regardera avec intérêt, un clip porno réalisé par son petit-fils. Pendant ce temps, Gina (Sylvie Potvin) se désole d’être la seule femme fidèle alors qu’elle est mariée à «ça !», geste théâtral désignant nul autre qu’un Harry Standjovki impuissant, à l’air piteux. Éclats de rires garantis dans la salle.  

Les Chroniques de St-Léonard


La mise en scène de Monique Duceppe aurait pu être plus énergique;  à l’exception du jeune couple (Émilie Bibeau et Pierre-François Legendre) qui se déplace pour se rendre à la cuisine et qui s’embrasse à profusion, les convives restent attablés. Qu’importe, on s’amuse beaucoup car les répliques sont savoureuses à ce repas de pâtes (quoi d’autres?) qui n’en finissent plus de trop cuire dans le flot des conversations.  Vous y verrez des habitudes bien ancrées, des secrets inavouables, des chamailles, des réconciliations. Mais au travers les disputes, se trouvent de l’affection, de la tendresse et, bien caché, un océan d’amour. Une bonne pièce chaleureusement reçue par un public qui en redemande.  

Les Chroniques de St-Léonard
Dormiva con il macellaio! Mamma mia!


 

Les chroniques de Saint-Léonard chez Duceppe jusqu’au 7 février
Ensuite en tournée jusqu’au 9 mai.


Texte de Steve Galluccio  
Mise en scène de Monique Duceppe  


Traduction de Steve Galluccio
en collaboration avec Monique Duceppe

Avec Émilie Bibeau, Pierre-François Legendre, Pauline Martin, Béatrice Picard, Sylvie Potvin, Claude Prégent, Harry Standjofski


Pour en savoir plus : http://duceppe.com/piece/les-chroniques-saint-leonard