Mario Landerman

Lundi 30 novembre 2015

par Mario Landerman

Théâtre

Je ne veux pas marcher seul

Je ne veux pas marcher seul : La peur de l’autre…


Jeudi le 19 novembre dernier avait lieu la première médiatique de Je ne veux pas marcher seul, la nouvelle création de la compagnie théâtrale Joe, Jack et John. 


J’ignore si la distribution de cette nouvelle pièce avait prévu qu’elle serait autant d’actualité au moment de sa présentation.  Les attentats du vendredi 13 novembre à Paris ont donné par inadvertance une couche supplémentaire de vernis sombre et désespéré à cette création.


Inspiré par des actions racistes qui ont fait la manchette dans les récentes années, tant aux États-Unis (cas de Trayvon Martin, Jordan Davis, Michael Brown et de nombreux autres) qu’au Canada (sort tragique réservé à de nombreuses femmes autochtones ou à Alain Magloire, Freddy Villanueva, etc.), Je ne veux pas marcher seul dépeint en une dizaine de tableaux le vaste spectre de la peur : du racisme flagrant à l’angoisse cachée, en passant par le simple cauchemar ou l’usage de la peur comme outil de contrôle des masses.

Plusieurs de ces tableaux mélangent danse, chant et interaction de manière à explorer le thème de la violence par plusieurs avenues.  Catherine Bourgeois, metteure en scène et conceptrice de Je ne veux pas marcher seul, a su utiliser au maximum ses talents, pour nous faire oublier que nous étions entre les quatre murs d’une ancienne manufacture.  Et ça marche!  Mais c’est là la magie du théâtre : nous faire oublier dans quel lieu nous sommes, et nous river sur l’action en scène.

Laquelle action ne saurait être complète sans l’apport de la distribution, comprenant Edon Descollines, Francis Ducharme, Dorian Nuskin-Oder et Étienne Thibeault.

Edon Descollines (les films Gabrielle, Tu dors Nicole), un jeune artiste multidisciplinaire d’origine haïtienne, offre à lui seul une prestation magnétique.  On ne peut détourner le regard de son personnage hanté par ses propres démons.  Violence et discrimination rôdent, au même titre que cet ours symbolique qui le poursuit.  Edon fait-il de cet inoffensif ours en peluche une bête assoiffée de sang?  Peut-il vaincre cette peur?  Toutes des questions auxquelles nous verrons les réponses dévoilées au fur et à mesure du déroulement de la pièce.

Francis Ducharme, qu’on a pu voir dans C.R.A.Z.Y., entre autres nombreuses productions, tant théâtrales qu’en danseou au cinéma, offre les performances les plus déjantées de la pièce.  Son entrée est à ne pas manquer d’ailleurs.  Étienne Thibeault offre une bonne performance, dans un rôle silencieux pour sa toute première collaboration avec la troupe.  Quant à Dorian Nuskin-Oder, sa performance tient plus de la danse que du théâtre, mais son langage corporel communique très bien la violence et la peur qu’habite ses personnages par moments.

Je ne veux pas marcher seul

La pièce trouve justement sa force dans l’évocation des différents visages de la peur, avec peu de moyens scéniques.  Au point où la finale, où des ballons qui éclatent simulent des coups de feu fait peine à voir, tant le simple fait de souffler un ballon provoque un suspense presque insoutenable les premières fois.  Malheureusement, ce même procédé finit par nuire à force d’être utilisé à répétition, et le suspense s’effrite. 

On ne peut que féliciter le travail de costumière de Julie Emery.  Le costume de l’ours est des plus intéressants avec des éléments qui placent fermement cette « bête de cauchemar » dans notre époque.  Le masque, idée excellente pour permettre à Étienne Thibeault de ne pas être trop inconfortable, rappelle beaucoup par sa sculpture des personnages polygonaux de jeux vidéos.

Je ne veux pas marcher seul n’est cependant pas pour tout le monde.  Si vous avez une aversion pour la violence, ou les coups de feu assourdissants, vous voilà prévenus.  Mais pour ceux qui veulent voir une descente aux enfers marquée par la violence et la xénophobie, la pièce est présentée jusqu’au 5 décembre. Ceux qui en feront l'effort, malgré le sujet lourd, verront une dénonciation tonitruante de la violence. Et si ça peut seulement amener à la discussion, tant mieux. 



 

Je ne veux pas marcher seul

du 17 novembre au 5 décembre 2015

au 435, rue Beaubien Ouest, Montréal

Conception et mise en scène : Catherine Bourgeois
Assistance à l'écriture : Kevin Williamson
Costumes : Julie Emery

Avec Edon Descollines, Francis Ducharme, Étienne Thibeault et Dorian Nuskin-Oder

Pour en savoir plus : https://billets.auxecuries.com/dates.aspx?codeEvent=JENSaison+2015-2016

Page Facebook de l'évènement : https://www.facebook.com/events/951360981577140/

Photos de Adrienne Surprenant

Vidéo de Mario Landerman