Mario Landerman

Vendredi 10 avril 2015

par Mario Landerman

Théâtre

Judy Garland 1

Judy Garland, la fin d’une étoile : Vraiment?


Hier soir, grande première de Judy Garland, la fin d’une étoile, cette pièce de Peter Quilter, traduite pour le public québécois par Michel Dumont et mise en scène par Michel Poirier.  Je ne crois pas qu’il soit exagéré de parler ici de triomphe, pour tous les artistes concernés, en particulier Linda Sorgini.


Lors d’un media call d’extraits de la pièce, Linda Sorgini m’avait confié en entrevue la somme de travail que lui avait demandé la préparation de ce rôle.  En effet, n’est pas Judy Garland qui veut.  Il est possible de se déguiser et de faire du lipsync, mais jamais le résultat n’approchera celui de Linda Sorgini sans l’émotion dont elle a infusé Judy Garland.  Ce fut pour la comédienne une étude de tous les aspects de la vie de cette chanteuse et actrice.  Sa démarche, sa façon de s’habiller, sa gestuelle, Linda Sorgini les a reproduits.  Ce faisant, elle entraîne le public dans ce rêve ; elle est Judy Garland, et le restera pendant près de deux heures.


Ce livre ouvert qu’est Judy Garland s’ouvre à une page du dernier chapitre de sa vie.  Nous sommes en 1968, en décembre, à peine quelques mois avant son mariage avec son dernier mari, Mickey Deans et sa mort, le 22 juin 1969.  C’est une chanteuse fière, qui veut offrir à son public un dernier tour de chant.  Son fiancé Mickey et son pianiste Anthony demeurent parmi ses fidèles, qui cherchent à protéger la star coûte que coûte de sa dépendance aux barbituriques et de l’influence pernicieuse d’Hollywood.  Dorothy du Magicien d’Oz est très loin derrière cette femme de 46 ans fragile, en proie à ses démons.


La majorité des scènes se passent dans une suite du Ritz de Londres, où la star s’installe avec armes et (surtout) bagages, ainsi que sur la scène du Talk of the Town.  On la suit sur de véritables montagnes russes où la lucidité alterne avec les faux pas, courtoisie de sa dépendance.  Ces faux pas sont d’ailleurs l’occasion pour la comédienne de nous faire rire, tout en constatant la déchéance omniprésente de Judy Garland dans ces moments-là.  Car la pièce n’est pas seulement dramatique.  Plusieurs moments de comédie ajoutent un élément souvent bienvenu de légèreté, sans quoi ce drame serait étouffant.

 

Judy Garland 2


Éric Robidoux et Roger La Rue incarnent respectivement le fiancé de Judy Garland, Mickey Deans, et son pianiste Anthony.  Mickey essaie tant bien que mal de se battre contre les démons de la star, mais nous du public savons qu’il s’agit là d’une cause perdue.  Ce ne sera pas faute d’avoir essayé.  Il s’agit d’un rôle en apparence effacé pour Éric Robidoux, ce touche-à-tout dans bien des domaines artistiques, mais sa prestance et sa jeunesse savent attirer le spectateur et Judy.  On en arrive à comprendre les liens qui les unissent, et pourquoi ils se marieront en 1969.  Parions que ce ne sera pas sa dernière présence chez Duceppe!


Le personnage d’Anthony est plus complexe, du fait de sa présence constante auprès de Judy.  Pianiste, certes, mais aussi maquilleur, confident, il offre un roc sur lequel Judy peut s’accrocher lorsque tout va mal.  Roger La Rue était tout indiqué pour incarner ce roc, qui doit également essuyer autant les colères que les larmes de Judy Garland.

 

Judy Garland 3


Judy Garland ne serait pas l’étoile qu’elle est sans cette collection de chansons qui lui a donné un public fidèle par-delà la mort.  Et, là-dessus, la comédienne Linda Sorgini fait beaucoup plus que livrer la marchandise.  Toujours lors de cette rencontre de presse mentionnée précédemment, elle avait chanté deux chansons, dont vous verrez des extraits dans l’entrevue vidéo.  Mais même cette occasion ne m’avait aucunement préparé pour la façon dont Linda a donné une portée émotionnelle à ces mêmes chansons lors de la pièce.  Somewhere over the Rainbow était poignant, chanté vers la fin de la pièce, si on prend en compte le détail que Judy Garland n’en avait plus pour longtemps.


Je vous l’accorde, Linda Sorgini n’est pas la réincarnation de Judy Garland.  Et la pièce, autant dans sa version originale End of the Rainbow, que dans la traduction présentée ici, n’a aucunement la prétention de déclarer Judy Garland réincarnée.  Mais Linda Sorgini a su, pendant quelques heures, faire revivre cette étoile immortelle pour le plus grand bonheur du public.  Chapeau!  Je m’incline bien bas devant tout le travail accompli!

 

 

 

 

Judy Garland, la fin d'une étoile
texte de Peter Quilter 
mise en scène de Michel Poirier 
traduction de Michel Dumont
du 8 avril au 16 mai 2015

Distribution des rôles
Linda Sorgini : Judy Garland
Roger La Rue : Anthony
Éric Robidoux : Mickey


Collaborateurs
Décor : Olivier Landreville
Costumes : Pierre-Guy Lapointe
Éclairages : Lucie Bazzo
Musique : Christian Thomas
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Geneviève Lagacé


Pièces musicales
"I Can't Give You Anything but Love, Baby"
"Just in Time"
"For Me and My Gal"
"You Made Me Love You (I Didn't Want to Do It)"
"The Trolley Song"
"The Man that Got Away"
"When You're Smiling"
"Come Rain or Come Shine"
"Over the Rainbow"
"Get Happy"
"By Myself"

Photos : Mario Landerman, François Brunelle

Vidéo : Mario Landerman