Royal du Perron

Lundi 16 juin 2014

par Royal du Perron

Théâtre

L'auberge des morts subites

L'Auberge des morts subites : Belle soirée Félix à l’Assomption


C’est ce que j’ai vécu l’autre soir à l’Assomption à la première de la pièce L’auberge des morts subites de Félix Leclerc (décédé en 1988) et qui cette année serait centenaire.  Dès l’arrivée, le comédien Stéphan Côté qui s’accompagne à la guitare crée l’ambiance en interprétant de multiples refrains du célèbre chansonnier.  Puis le public se dirige dans la salle de spectacle où la metteure en scène Michèle Deslauriers nous parle de la pièce, de son auteur et de la façon dont elle a actualisé cette création québécoise datant d’un demi-siècle.


La pièce met en scène un homme d’affaires de Toronto, une comédienne prétentieuse, un agriculteur gourmand et un auteur français qui après leur mort, se retrouvent entre ciel et terre, dans une sorte de purgatoire accroché à des nuages.  Ce lieu particulier est tenu par un personnel céleste composé d’êtres assez étranges.  On le devine, ceux qui voudront monter au paradis devront répondre à quelques questions et Célestin (Pierre Gendron), le maître des lieux, se transforme presque en Commissaire Charbonneau pour sortir la vérité de ces êtres morts subitement sans avoir pu soulager leur conscience. On y verra un homme croche cachant de l’argent sale dans ses chaussettes et d’autres situations semblables valant à chaque fois les applaudissements de la salle.  Évidemment, le texte de Félix Leclerc date d’une autre époque, il utilise une façon de dire et de démontrer qui rejoint celle de ses contemporains, Marcel Dubé et Gratien Gélinas.  Bien sûr cette pièce a été écrite avant Les Belles-Sœurs, qui ont fait basculer certaines créations québécoises dans un langage plus, disons, vernaculaire.  La scénographie de Normand Blais (un habitué chez Duceppe) est diablement efficace.  Les personnages évoluent entre deux nuages, entre la porte du ciel et le trou de l’enfer.  Et Michel Montreuil doit être salué pour sa musique originale et ses effets sonores démoniaques.


Deslauriers a tenu à dépoussiérer le tout en y ajoutant des touches modernes au gré des fantaisies comme des iphones et  autres cellulaires, ce qui apporte un côté plus moderne à l’ensemble de la pièce.  Un bémol, alors, si on actualise costumes et accessoires, pourquoi avoir gardé la soutane d’Amédée (André Lacoste) ? Ah oui, pour le rappel du Frère André dont il est fait mention dans la pièce car le personnage interprété par le talentueux André Lacoste est portier, comme l’était l’humble et mythique religieux de l’Oratoire. N’empêche, ce personnage m’a rappelé le Frère Nolasque créé par Gilles Latulippe dans Bousille et les justes de Gratien Gélinas. Sur scène, tout baigne dans l’huile, les huit comédiens rendent leur personnage respectif à merveille et chacun contribue à donner le meilleur de lui-même. Toutefois, mention spéciale à Robert Brouillette, pour sa verve implacable et sa grande dextérité dans le rôle de Satan.  Un spectacle bien rodé, réglé au quart de tour.

 

L'auberge des morts subites


Un dernier mot sur le texte :  les auteurs de l’époque ont tous eu des comptes à rendre avec le clergé.  L’auberge des morts subites est truffée de messages qu’on adresse aux curés et aux membres du clergé.  À cette époque, le peuple étouffait sous le joug des robes noires et c’était un besoin pour les artistes de les dénoncer, voire de les ridiculiser un brin.   Les spectateurs étaient largement complices de la satire des auteurs.  Ce soir-là, les 60 ans et plus étaient nombreux dans la salle.  Et quand ils voyaient venir une bonne blague de Félix, ils commençaient à rire avant même qu’elle ne soit dite.  À l’intermission, on entend des chansons de Leclerc partout dans le théâtre, jusqu’aux salles d’eau, et après la pièce, en dégustant vins et petites bouchées, le neveu de Félix, Gaétan Leclerc, un homme à la voix riche et sensuelle, s’accompagnant à la guitare, nous a chanté les airs connus du grand poète national.   Une belle soirée Félix à l’Assomption, qui sera reprise bientôt à Beloeil.  

 

 

L'Auberge des morts subites

Texte de Félix Leclerc, mise en scène de Michèle Deslauriers

Distribution : Chantal Baril, Gary Boudreault, Robert Brouillette, Stéphan Côté, Pierre Gendron, André Lacoste, Jean Maheux et Anie Pascale.


Au Théâtre Hector-Charland à l’Assomption, jusqu’au 28 juin : (450) 589-9198

Au Centre culturel de Beloeil du 3 juillet au 2 août : (450) 464.4772

Pour en savoir plus : http://www.hector-charland.com/fr

http://www.diffusionscoulisse.ca/web/ete2014.asp?quelSect=7

Photos :