Mario Landerman

Lundi 30 juin 2014

par Mario Landerman

Théâtre

La monnaie de la pièce


La monnaie de la pièce, créée en 2010 par Didier Caron et Roland Marchisio, et adaptée pour le public d’ici par le trio Brière, Drainville et Guérin répond avec beaucoup de rires à une question.  Comment annoncer à sa femme mentalement instable et à une belle-mère actionnaire majoritaire que l’entreprise familiale est en faillite?  Mais en mentant, voyons!  C’est pourtant si simple!


Cette pièce contemporaine veut continuer la belle tradition des Feydeau, et y parvient très bien.  Avec un metteur en scène du calibre de Benoît Brière, et une brochette de comédiens qui regroupe parmi d’autres Luc Guérin, Martin Drainville et Pierrette Robitaille, on est en confiance.  La pièce ne peut foirer.


L’homme d’affaires plutôt inepte Robert Lamontagne (Martin Drainville) est dans une situation financière périlleuse.  Sa boutique de jouets, Joujoubois, est au bord de la faillite.  Les huissiers aboient à sa porte, mais pas question d’en parler à sa femme dépressive, ni à sa belle-mère acariâtre.  Ou il obtient un prêt dans la journée, ou il vend sa maison en secret.  Mais comment faire pour dissimuler qu’un huissier vient saisir les meubles, qu’un agent immobilier vient inspecter la maison, et que tout se passe en même temps?


De cette prémisse simple, un festival de rires s’ensuit.  Martin Drainville, qui a pourtant le rôle le plus ingrat à défendre, avec un personnage de prime abord antipathique, réussit à nous mettre dans sa poche, et nous faire rire de bon cœur à ses mensonges.  Tellement que Patrice Coquereau, qui incarne le très digne (en apparence) huissier Labrèche, a bien failli rire hors texte lors d’une des scènes.  Et n’oublions pas celui qui supporte Martin Drainville dans ses élucubrations, Luc Guérin.  Dans le rôle de Jean-Pierre Déry, il apporte beaucoup d’enthousiasme aux machinations de Robert, mais avec une tendance à en faire trop, ce qui provoque des catastrophes, pour notre plus grande joie!  Patrice Coquereau est des plus amusants avec son air digne contrastant avec son côté machiavélique.  Bruno Marcil, en agent immobilier véreux, arrive à tirer son épingle du jeu, face à ces vétérans du rire.  Et, à en juger par les commentaires de certaines dames au théâtre ce soir-là : « Il est beau, l’agent d’immeubles, hein, Mathilde ?  (nom fictif) »


Une mention spéciale doit aller à Didier Lucien, qui réussit à sa façon à voler les scènes où il apparaît.  Il est adorable dans ce personnage de livreur complètement éberlué par ce qui se passe dans cette maison de fous.  Mais c’est son langage corporel et ses mimiques qui le rendent hilarant.


Les femmes ne le cèdent en rien aux hommes.  Je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises : il suffit que Pierrette Robitaille mette seulement un pied en scène pour que la salle éclate de rire.  Et la magie Robitaille opère encore ici.  Il n’y a qu’elle pour faire le pitre avec un personnage de femme âgée.  Un mot sur son costume : comme vous le constaterez, si vous comparez la pièce avec le programme de cette dernière, Pierrette Robitaille devait avoir une autre allure initialement.  À mon humble opinion, je trouve que le costume de la pièce s’avère plus efficace que celui du programme.


Marie-Hélène Thibault, en épouse dépressive, tient bien son rôle, mais sans trop d’exagérations, ce que je craignais de ce genre de personnage.  Un jeu nuancé, mais qui n’oublie surtout pas de nous faire rire.  Et on se demande comment il se fait que la jeune et jolie banquière, comiquement incarnée par Julie Ringuette, se laisse embarquer sans crier gare dans ce bal de mensonges, étant même imperméable en apparence à certaines insinuations faites à son endroit.  Vous comprendrez le pourquoi au final de la pièce.    


La comédie, comme je le disais plus haut, est une digne héritière du théâtre de Feydeau.  Ça nécessite une mise en scène réglée au quart de tour.  Et qui de mieux que Benoît Brière pour diriger tout ce beau monde?  Après le succès de La Puce à l’oreille de l’an dernier, Feydeau (et ses variantes) n’ont plus de secrets pour Brière.  Comme il faut s’attendre, avec le TVT, décors et costumes sont d’une facture soignée, un autre de ces petits détails qui font la renommée du Théâtre du Vieux-Terrebonne dirigé de main de maître par Suzanne Aubin.
Si vous voulez voir jusqu’où le mensonge peut aller pour vous divertir, de l’excellent théâtre de boulevard, on vous encourage à visiter le TVT pour une représentation de la pièce.  On y propose un spectacle hilarant, et vous en sortirez de bonne humeur, garanti!

 

 
Entrevues avec Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin

 

 

La Monnaie de la pièce
De Didier Caron et Roland Marchisio
adaptée par Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin


Avec : Martin Drainville, Patrice Coquereau, Marie-Hélène Thibault, Luc Guérin, Didier Lucien, Pierrette Robitaille, Bruno Marcil et Julie Ringuette


Au Théâtre du Vieux-Terrebonne jusqu’au 16 août


Pour en savoir plus : http://www.theatreduvieuxterrebonne.com/fr/programmation_monnaie-piece_theatre-en-ete-2014.php?ik_programmation=1203


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