Mario Landerman

Mercredi 24 avril 2013

par Mario Landerman

Théâtre

Le Diable Rouge

Le diable rouge : l’aube du Roi-Soleil

 

Chez Duceppe, jusqu’au 18 mai, venez assister à l’aube du Roi-Soleil.  Mais qui dit aube dit également le crépuscule, l’un n’allant pas sans l’autre.  Et c’est de celui du mentor politique du jeune Louis, le cardinal de Mazarin, dont il est question ici.

 

Le Diable rouge
Louis XIV et Mazarin : La tendresse du cardinal envers son protégé n'était pas feinte


La pièce raconte les derniers mois du règne politique de Mazarin (Michel Dumont), avant que sa mort prépare le terrain pour le Grand Siècle.  Le cardinal pourrait se vanter d’avoir accompli beaucoup, en tant que principal ministre de Louis XIV (François-Xavier Dufour).  Mais il lui reste à parachever son dessein ultime, soit la paix avec l’Espagne.  Trente ans de guerres ont saigné le royaume de France de ses liquidités.

 

Le Diable rouge
Anne d'Autriche et Mazarin? Ils ont emporté le secret de leur relation dans leurs tombes


Anne d’Autriche (Monique Miller), la mère du roi, prend très à cœur un mariage de raison avec l’infante espagnole, fermant la porte à un mariage d’amour avec Marie Mancini (Magalie Lépine-Blondeau), l’une des nièces du cardinal.


En coulisses, Colbert (Jean-François Casabonne), un des protégés de Mazarin, prépare son accession au pouvoir en tant que contrôleur des finances sous le règne du roi.


Tout ce beau monde tente de manipuler le roi, chacun dans leur propre intérêt.  Cependant, Louis le quatorzième a bien appris de son parrain et mentor politique.  Les manipulateurs auront bien des difficultés à rouler le souverain.


À partir d’une période historique véridique, Antoine Rault a écrit une pièce qui respecte l’histoire dans ses grandes lignes, mais en modernisant les dialogues.  D’ailleurs, une partie d’une conversation entre Colbert et Mazarin fera parler d’elle sur l’Internet, tant elle pourrait passer pour véridique.  La voici :


« Des Français qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…c'est un réservoir inépuisable. »


Ne trouvez-vous pas que cette déclaration s’applique merveilleusement au climat économique actuel?


La pièce


La distribution ne pouvait mieux être choisie pour cette pièce.  Michel Dumont, dans la pourpre cardinalice, est des plus convaincants.  Il possède tout le machiavélisme politique qui l’a amené à sa position, des plus enviables à la Cour de France.  Le tout mâtiné d’un soupçon de familiarité qui transmet bien les origines modestes de l’illustre personnage.

 

Le Diable rouge
Monique Miller et Michel Dumont brouillent davantage les cartes sur la relation historique


Monique Miller, en Anne d’Autriche, ne le cède en rien à celui qu’on soupçonne historiquement d’être son époux ou son amant secret.  Une grande complicité lie la régente à Mazarin.  Tout respire la souveraine dans sa démarche et ses actes.  Tout le contraire de Louis, qui sous les traits de François-Xavier Dufour, semble ne pas prendre au sérieux son métier de roi, ne pensant qu’à s’amuser avec sa flamme, Marie Mancini.  Mais le jeune acteur dépeint bien cette période insouciante de Louis XIV, après les iniquités de la Fronde.


Jean-François Casabonne en Colbert reflète parfaitement le côté retors du personnage.  Ce serait savoureux de le voir affronter Nicolas Fouquet dans une autre pièce du même auteur, s’il veut bien se donner la peine de la créer.  Comme pour Le Diable rouge, j’irais la voir deux fois plutôt qu’une!

 

Le Diable rouge
Marie Mancini aurait pu devenir reine de France! Louis n'avait d'yeux que pour elle...


Magalie Lépine-Blondeau en Marie Mancini semble effacée quelque peu devant tous ces grands personnages, ce qui, à mon avis, ne devrait pas être.  En effet, n’a-t-elle pas failli modifier le cours des événements en France?


Le dernier membre de la distribution, mais non le moindre, Marcel Girard, joue le premier valet de Mazarin, Bernouin.  Une présence plus discrète, il recueille tout de même les confidences de son éminence de maître, et l’assiste dans ses desseins.  Très bien joué par cet habitué des rôles d’époque.


Le metteur en scène, Serge Denoncourt, utilise sa magie habituelle pour faire revivre cette époque des plus palpitantes de l’histoire de France.  Il a commencé brillamment la quarantième saison de Duceppe, avec Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, et clôture avec Le Diable rouge.


Le décor, une création de Guillaume Lord, m’a frappé par son ingéniosité, tout comme les costumes de François Barbeau, lesquels reproduisent assez fidèlement l’époque.


Il m’est arrivé à peu de reprises de tellement aimer une pièce, que j’achète un billet supplémentaire afin de la revoir.  Ce fut le cas de celle-ci.  Oui, c’est si bon que ça!  Les amateurs d’histoire (quoique légèrement modifiée) seront ravis, et les amateurs de théâtre basé sur le facteur humain également.  Une très belle façon de présenter un épisode de la royauté française, et de la rendre étrangement contemporaine.  Alors mettez vos plus beaux atours, et allez faire votre révérence à la cour du futur Roi-Soleil.  Je garantis que vous aimerez l’expérience!

 

 

Le Diable rouge, d’Antoine Rault
mise en scène de Serge Denoncourt
avec Michel Dumont, Monique Miller, Jean-François Casabonne, François-Xavier Dufour, Marcel Girard, Magalie Lépine-Blondeau
Décor : Guillaume Lord
Costumes : François Barbeau
Éclairages : Martin Labrecque
Accessoires : Normand Blais
Conception sonore : Nicolas Basque
Assistance à la mise en scène : Suzanne Crocker 


Dates
Du 10 avril au 18 mai 2013
Durée approximative
1h 35 sans entracte


Pour en savoir plus : http://duceppe.com/piece/le-diable-rouge

Photos : François Brunelle (514.937.9746)