Royal du Perron

Lundi 22 février 2016

par Royal du Perron

Théâtre

Race un vrai miroir


En ce mois des Noirs, l’auteur américain David Mamet né au Vermont, s’attarde ici à construire et déconstruire les rapports complexes et ambigus que vivent les Blancs avec les Noirs (et vice-versa) en mettant en scène deux blancs et deux noirs. L’action se déroule à New York dans un bureau d’avocats. Les associés Jack Lawson (Benoît Gouin) et Henry Brown (Frédéric Pierre) accueillent le milliardaire Charles Strickland (Henri Chassé) accusé d’avoir agressé sexuellement dans un motel une jeune femme noire portant une robe à paillettes rouges. Stratégiquement, David Mamet met en confrontation et en contradiction deux Blancs et deux Noirs. Les deux associés, presqu’en duel essaieront d’y voir clair mais un quatrième personnage, Susan (Myriam De Verger) y ajoutera sporadiquement son grain de sel. Le spectateur se trouve parfois en complète contradiction avec sa façon de penser et ses valeurs propres.  N’est-il pas correct de changer de terrain quand on marche sur le sable mouvant ?

 

Race 2


Le décor, un bureau moderne dans un gratte-ciel genre Fifth Avenue sied bien à l’ensemble et les personnages y évoluent avec une aisance remarquable. Le comédien Benoît Gouin, toujours en scène, relève ici un formidable défi dans le rôle du grand patron. Frédéric Pierre, Henri Chassé et Myriam De Verger ont été judicieusement choisis et ils incarnent bien leur personnage dans une mise en scène impeccable de Martine Beaulne.  Tout est soigneusement calculé, de la carafe d’eau fraîche aux pas bien cadencés de Susan dans le couloir du bureau.

 

Race2


La traduction de Maryse Warda, fidèle à l’auteur récipiendaire d’un Pulitzer, ne met pas de gants blancs pour dire les choses telles qu’elles sont.  «Du cul, c’est du cul et d’la marde, c’est d’la marde». D’apparence simples, on se rend compte que les rapports humains sont complexes et parfois inavoués car on est placé face à nos contradictions. On rit, on doute, on s’interroge et on rit encore, parfois honteusement car on ne savait pas qu’on pouvait penser toutes ces choses sur «l’autre».  Tout ce passe dans les teintes de beige et de gris. Et le manteau rouge que porte Susan à la toute fin est un fort joli clin d’œil. On sourit, on se lève et on applaudit ces artistes qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes.  Que voilà un beau miroir de la race humaine qui suscite la réflexion, rafraîchit et fait du bien.

 

 

 

 

Race chez Duceppe jusqu’au 26 mars.

Mise en scène de : Martine Beaulne

Avec :
Benoît Gouin : Jack Lawson
Frédéric Pierre : Henry Brown
Henri Chassé : Charles Strickland
Myriam De Verger : Susan

Pour en savoir plus :  www.duceppe.com

Photos : Caroline Laberge
Vidéo : Courtoisie Duceppe