Mario Landerman

Vendredi 4 mars 2016

par Mario Landerman

Théâtre

Sans obligation d'achat


Au Théâtre Prospero en ce moment, un drame se joue dans la pièce Sans obligation d’achat.  Un drame d’une puissance telle que nous pouvons que nous sentir entraînés dans le maelström d’émotions générées par les deux actrices en scène, Nadine Jean et Monique Spaziani.


Les inconditionnels d’Au secours de Béatrice se réjouiront de voir Monique Spaziani briller dans cette pièce d’à peine une heure, mais qui dégage plus d’émotions à la minute que bien des pièces plus longues.  Nadine Jean, qui lui donne la réplique, ne lui cède aucun pouce de terrain, donnant lieu à un duel d’émotions auquel le spectateur ne peut résister.


Nadine Jean, qu’on a pu voir en action dans 30 Vies, fonde en collaboration avec Jean-Sébastien Bourré et Gabrielle Poulin la compagnie de théâtre Les Écorchés Vifs.  Le mandat de cette nouvelle compagnie est d’ébranler le spectateur, le sortir de sa zone de confort, et aller chercher l’émotion.  Pour Sans obligation d’achat, leur première production, la mission est réussie !

Sans obligation d'achat


Pour mettre en scène cette histoire d’abandon et d’adoption, un compère de Monique Spaziani, Alain Zouvi, était tout indiqué.  L’homme est autant à l’aise derrière que devant le rideau, ayant signé plusieurs mises en scène, dont la série des 20XX, revue et corrigée, au Rideau Vert, et les récentes productions du Théâtre de Saint-Sauveur. 


La pièce débute dans un petit salon de musique d’une demeure cossue de New York.  Une dame anglaise, incarnée par Monique Spaziani, reçoit une vendeuse d’assurances, une jeune femme noire (Nadine Jean).  Ce qui devrait être une bête conversation d’affaires va se muer très rapidement en voyage de découvertes à forte charge émotionnelle.  Au cœur de l’intrigue, un enfant, Max, qu’on ne voit jamais, sauf en ombre, mais dont la présence remplit ce petit salon anodin.

Sans obligation d'achat


Le jeu des deux actrices est tel que je me suis laissé prendre à la tempête d’émotions faisant rage devant moi.  Dès le départ, on sent un malaise palpable entre les deux femmes.  Et ce malaise, elles arrivent à nous le transmettre de telle sorte que nous nous sentons coupables d’être là, en train de les espionner. 


Au fur et à mesure de la conversation, nous en apprenons plus sur les origines de cet enfant, Max, fils adoptif de la dame de la maison.  Et, en filigrane, se dessine lentement devant nous un portrait de la lutte pour la survie, laquelle est évoquée en petites touches par Nadine Jean Brillant texte, mais aussi brillante interprète.  Avec une actrice moins inspirée, c’aurait été une occasion manquée.


La mère adoptive de Max finira par en venir aux confidences.  C’est ainsi que nous apprendrons comment neuf ans plus tôt, la dame a recueilli Max sur le pas de sa porte.  Ce qui posera de nombreuses questions.  Qui est la vraie mère de Max ?  Celle qui l’a porté, mais laissé sur le pas d’une porte ?  Ou celle qui l’a recueilli, bercé, nourri, habillé, éduqué ?  Qu’en est-il de l’amour de la mère, autant adoptive que biologique ?  Ces deux femmes que tout sépare finiront par se reconnaître un point commun grâce à Max.  La finale de cette pièce est particulièrement émouvante, dans son acceptation tranquille de la destinée.

J’ai vu plusieurs pièces de courte durée, dans divers théâtres.  Mais, je peux l’affirmer, aucune ne m’a remué comme Sans obligation d’achat.  Était-ce la relative intimité de la salle principale du Théâtre Prospero ?  Peut-être un peu.  Mais plus que tout, le talent de Nadine Jean et Monique Spaziani a fait tout le travail.


Oh, pardon !  Vous voulez savoir ce qui arrive dans la finale de la pièce ?  Il n’y a qu’une seule façon de le savoir, c’est d’aller voir !  Du 1er au 16 mars 2016, à la salle principale du Théâtre Prospero.  Qui sait ?  Vous risquez même de m’y croiser, car j’ai l’intention d’aller voir la pièce à nouveau.

 

 

SANS OBLIGATION D’ACHAT
De Israël Horovitz

Au Théâtre Prospéro, du 1er au 16 mars 2016

Mise en scène
Alain Zouvi

Production Les Écorchés vifs

Avec
Nadine Jean
Monique Spaziani

Éclairages
Benoit Larivière

Environnement sonore
Maxime Poulin

Visuel
Olivier Bellemare
Johanie Poulin

Scénographie
Sylvianne Binette

Costumes
Sabrina Johnson

Vidéo
Nans Bortuzzo

Assistance à la mise en scène
Gabrielle Poulin

Photos : Jeff Malo

Vidéos : Mario Landerman, Théâtre Prospero