Mario Landerman

Mercredi 19 juin 2013

par Mario Landerman

Théâtre

Un homme deux patrons

Un homme, deux patrons : la pièce de l’été!

Évidemment, Juste pour Rire aimerait bien que la pièce Un homme, deux patrons, à l’affiche de leur festival cette année, soit le succès théâtral de l’été.  Tout ce que je puis en dire, c’est meilleure chance la prochaine fois!


Pourtant, la pièce a, sur papier du moins, tout pour plaire.  À Magog, dans les années soixante, un homme au bout du rouleau accepte de travailler pour deux patrons demandants. Une distribution chevronnée, chapeautée par Marcel Lebœuf, une mise en place dans le temps psychédélique des années soixante, des blagues dignes des Blanchard, Latulippe et compagnie.  Bref, cette pièce légère, estivale, a tout pour elle.  Comment expliquer alors que la pièce, comme bien des politiciens, ne passe pas?

 

 


Par où commencer?  La distribution semble mal assortie.  Marcel Lebœuf est très à l’aise dans son rôle de Francis Frenette, servant deux maîtres mafieux et exigeants.  Tellement que sa performance vire parfois au cabotinage, avec des additions dont la pièce, et le spectateur, se seraient bien passées.  Anne-Élisabeth Bossé, mine de rien, réussit avec sa performance de femme déguisée en homme à rendre le public complice et le mettre dans sa poche.  Sauf de rares exceptions (Widemir Normil et Marc-François Blondin, entre autres), le reste de la distribution semble avoir un concours de celui ou celle qui va beurrer le plus épais.  Ce faisant, la tartine reste au travers de la gorge du spectateur.  Ce qui demeure décevant pour une pièce avec une telle distribution, laquelle comprend pas moins de 18 comédiens.


Cette adaptation de la Commedia Dell’Arte, de Carlo Goldoni, réimaginée par Richard Bean sous le titre de One Man, Two Guvnors, méritait mieux que ce traitement à la québécoise, lequel pèche par excès de références pas toujours heureuses.  Disons-le tout net, c’est rempli de clichés, notamment sur le hockey.  C’est d’autant plus étonnant que le duo derrière l’adaptation et la mise en scène, Frédéric Blanchette et Normand Chouinard, offre une expertise sur laquelle bien des aspirants se casseraient les dents!


Quant à la musique, partie intégrante de l’adaptation de Bean, on a droit à, époque oblige, un trio style yé-yé.  Une fois, parfait.  Deux fois, ça passe.  Trois fois, on commence à s’ennuyer de ses disques des Classels.  Mais le trio fait tellement d’interventions au cours de la pièce, notamment aux changements de décors, qu’on se surprend à espérer qu’il leur arrive quelque chose qui les rendent incapables de continuer… et on est déçu de ne rien voir venir!  Deux des interventions parmi les moins intéressantes du spectacle arrivent dans les intermèdes musicaux.  Je pense à Marcel Lebœuf en homme-orchestre, et pire encore, le numéro de style « Supremes ».  Imaginez trois filles habillées dans le style de l’époque, et dont la chanson sonne… comme les Andrew Sisters de vingt ans plus tôt! Je comprends tout de même la nécessité de ces pauses musicales, mais il y en a tout simplement trop, ce qui allonge la pièce inutilement. 


Heureusement que le Festival Juste pour rire a une programmation variée pour plaire au plus grand nombre.  Ceci dit, à qui peut bien s’adresser Un homme, deux patrons?  Les boomers vont adorer, ça ne fait aucun doute.  Mais un public qui aime son rire plus intelligent et son divertissement plus consistant va être déçu.  À ceux-là, je recommande d’examiner la riche offre en spectacles du festival, dont certains seront couverts par ZoneCulture.

 

 

 

 

Un homme, deux patrons


De Richard Bean, basée sur Serviteur de deux maîtres, de Carlo Goldoni.  Adaptation québécoise de Frédéric Blanchette, mise en scène de Normand Chouinard.


Avec Marcel Leboeuf, Sébastien Dodge, Anne-Élisabeth Bossé, Michel Laperrière, Dominique Pétin, Widemir Normil, Caroline Bouchard, Frédéric Blanchette, Marc-François Blondin, Mathieu Handfield, Jean-Claude Marsan, Alexandre Dumas, Julien Hurteau, Bernard Deslauriers, Rosine Chouinard Chauveau, Mathieu Gagné, Marie Bernier et Louis Maltais.


Au Monument National , à la salle Ludger-Duvernay, jusqu’au 29 juin
Séances à 20h.  Tarifs individuels de 63$ à 48$
1182, Boulevard Saint-Laurent,
Montréal, Qc H2X 2S5
Tél. : 514.871.9883
Billetterie : 514-871-2224 ou 1-866-844-2172 (sans frais)

Pour en savoir plus : http://www.admission.com

http://www.monumentnational.com