Royal du Perron

Mardi 30 juin 2015

par Royal du Perron

Varia

Julie Snyder

L’appétit de Julie



La donne a changé sous le parti libéral.  Les crédits d’impôt pour les productions télévisuelles et cinématographiques ne sont plus accordés à un producteur qui travaille avec un seul diffuseur. Philippe Couillard est clair : c’est un souci d’équité qui a guidé nos choix.  Des producteurs adressaient apparemment des plaintes au gouvernement car c’était toujours la même boîte qui empochait tout.

Productions J, pour ne pas la nommer, a beaucoup travaillé avec le diffuseur TVA, si près des émotions des téléspectateurs.  Les émissions Le Banquier, La Voix sont deux fois millionnaires. Sans compter tous les produits dérivés étalés dans la convergence comme l’a si bien présenté le conjoint de la productrice, Pierre Karl Pelardeau, au débat des chefs du début mai à  Rimouski.


On parle que ces crédits d’impôt avaient été suspendus de 2009 à 2014 et les Productions J de Julie Snyder fonctionnaient à plein régime avec Occupation Double, Le Banquier et Star Académie sans compter les autres émissions de TVA. Tous deux respectivement producteur  et diffuseur vivaient en parfaite symbiose politique et financière et cela semblait leur convenir parfaitement bien. Mais voilà qu’on veuille fermer la valve après que le gouvernent de Pauline Marois l’eût ouverte en mars 2014.  Alors, on crie à l’injustice, on dit que cela n’a pas de sens, qu’une boite comme celle-là a besoin de crédit pour survivre.  On argumente que les Productions J présentent parcimonieusement des documentaires à Télé-Québec (Paroles et liberté – Bourgault et 75e anniversaire, elles se souviennent.) Puis il y eût Three boys and a new show vendu à OWN (la populaire chaîne télé de Oprah Winfrey à Chicago et les quatre émission L’Été Indien, animé depuis Montréal mais en co-production avec la France qui en a quand même exigé l’exclusivité.  Reste que la forte majorité des productions télévisuelles des Productions J. convergent pour la très vaste majorité vers le réseau privé de Télévision TVA qui appartient à Québecor dont son conjoint Pierre Karl Péladeau détient la majorité des parts.


Pour le gouvernement, ce n’est pas équitable pour les autres producteurs qui travaillent pour la plupart en étalant leur produits culturels sur de multiples autres chaînes spécialisées : Série +, Canal Vie, Canal D, Z télé, TV5, Évasion, etc.


Julie Snyder a crié à la discrimination parce qu’elle est la conjointe du patron de Québecor.  Voyons donc,  elle jouait les Nicole Germain de 1957, qui menaçait de quitter son mari puisque le Colonel Bourassa travaillait lui aussi pour la société d’état et le fait que le mari et sa dame y travaillent tous deux étaient inconcevables.  C’était un comportement féminin mais Nicole s’est levée et a dit : "Voulez-vous qu’on divorce, nous ne serons plus un couple!" Julie Snyder a grimpé dans les rideaux. Les coupures des crédits d’impôt étaient inconcevables. D’un ton enragé, les larmes aux yeux, elle disait n’avoir aucun choix, elle vendait la boîte, elle la fermait ou alors elle poursuivait le gouvernement.


« S’il faut que j’aille devant les tribunaux pour démontrer mon statut de productrice indépendante, je vais y aller. Si je veux que mon entreprise survive, je n’aurai pas le choix. Car elle est bel et bien indépendante. […] [Sinon] c’est quoi ? Soit je ferme ma compagnie, soit je me sépare de Pierre Karl. » a-t-elle déclaré au quotidien Le Devoir.


ZoneCulture a voulu en savoir plus long, nous avons été face à face avec elle, caméra allumée  au lancement du documentaire 75eanniversaire, elles se souviennent.  Nous lui avons réclamé deux petites minutes mais elle a décliné préférant aller manger.  Après tout, TVA est une télé d’émotions et l’émotion creuse l’appétit.


Une nouvelle fiscalité pour un cas unique ?


Aujourd'hui, «la démone» a annoncé avec fracas qu’elle quittait le secteur production de sa boîte de communications, les Productions J alléguant qu’elle ne peut demeurer concurrentielle quand les crédits d’impôts (environ 20%) lui sont retirés.  Plusieurs y voient un geste politique, quel que soit le bord de la lorgnette. D’un côté, le premier ministre Couillard atteint du même coup son plus féroce adversaire en lançant un glaive dans la maison de production de sa conjointe.  De l’autre, Mme Snyder profite d’une conférence de presse du premier ministre pour mobiliser les journalistes avec cette nouvelle qui a l’effet d’une bombe dans les monde culturel et médiatique. 


Comme le fait remarquer l’ancien président de la Sodec, Pierre Lampron, Julie Snyder a donné une nouvelle signature aux productions télévisuelles et a atteint des cotes d’écoute inégalées. Il croit que la productrice devrait continuer à recevoir les crédits d’impôts pour les Productions J. Entre-temps, une pétition a été mise en ligne pour demander au gouvernement libéral de Philippe Couillard de surseoir à sa décision :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Quebecoises_et_Quebecois_Reparer_linjustice_envers_les_Productions_J/?wxRrhcb


Notre avis : il y a une grosse mise en scène de part et d’autre, même si Philippe Couillard et Julie Snyder s’en défendent bien.  Comme c’est souvent le cas, ce dossier est devenu une bataille dans l’opinion publique.  TVA est un diffuseur puissant et les matantes qui ont vidé des boîtes de kleenex en regardant les émissons émotives des Productions J sont appelées maintenant à y mettre leur grain de sel.  Définitivement, une histoire à suivre.

 

 

Photo : Courtoisie Patrick Sansfaçon, La Presse