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Royal du Perron
Lundi, 9 avril 2012
par Royal du Perron

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Serge Grenier

Mon déjeuner avec Serge Grenier


Les plus jeunes n’ont pas connu l’immense popularité des Cyniques dont Serge Grenier faisait partie.  À l’instar de Rock et Belles Oreilles qui, plus tard, a pris naissance dans les couloirs de l’UQAM, les Cyniques se sont rencontrés à l’Université de Montréal.  André Dubois, Marc Laurendeau et Marcel St-Germain étaient inscrits en droit tandis que Serge Grenier s’était dirigé en philosophie.  Il a d’ailleurs été un grand philosophe toute sa vie.


C’était en 1961, au tout début de la Révolution tranquille,  Paul Sauvé, successeur de Duplessis avait lancé son fameux «Désormais». Désormais, les choses ne seraient plus les mêmes et Les Cyniques entendaient bien le prouver.  Leur humour caustique et libérateur faisait courir les foules. Partout, ils jouaient à guichets fermés. Je me souviens d’un spectacle à la Comédie canadienne, lieu qui abrite maintenant le Théâtre du Nouveau Monde.  C’était en 1965, la salle riait tellement qu’elle était pliée en deux, moi le premier. Pourquoi cette frénésie ?  C’est que les humoristes osaient s’attaquer à des vaches jusque là sacrées : la religion catholique romaine, son pape, ses cardinaux, ses évêques, ses curés et ses vicaires qui parfois s’amusaient avec les petits garçons… Jamais auparavant avait-t-on entendu publiquement des jokes comme ça mais aussi des jokes de confessionnal avec des curés plus curieux que des rédacteurs de romans XXX.  On parlait aussi des politiciens qui réfléchissaient seulement après avoir fumé un joint, c'est-à-dire, jamais… Les colonnes du temple étaient fortement ébranlées. Serge Grenier, virtuose de la langue, interprétait un gamin de dix ans, l’un du quartier pauvre d’Hochelaga-Maisonneuve et le second venant d’Outremont-ma chère.  Les deux niveaux de langage, finement interprétés, sont devenus une pièce d’anthologie dans l’expression de l’humour québécois. Quel spectacle décapant !


Vingt ans plus tard, j’étais relationniste chez Québecmag (1984) Inc. et Serge Grenier, chroniqueur Revues et Magazines à l’émission Bon dimanche animée par Reine Malo à CFTM-TV devenue le Réseau TVA.   J’étais donc chargé des relations publiques de sept revues populaires, notamment La Semaine, Le Lundi, Elle & Lui, Wow.  À la télévision, Serge commentait les revues françaises de haut calibre.  Je trouvais dommage que son regard ne fut porté que sur l’Europe et j’ai voulu le rencontrer mais sans rien lui reprocher.


À table avec Serge Grenier


Je l’invitai donc à déjeuner dans un grand hôtel de la Métropole, à deux pas de chez lui.  Curieux de nature, il accepta l’invitation non sans quelque réticence. Je l’ai vite rassuré; il n’était pas question de lui demander quoi que ce soit. Notre repas était l’occasion d’établir un premier contact qui mènerait vers quelque chose d’encore indéfini.  Nous avons parlé de tout et de rien, du gigantesque succès des Cyniques; il fut un compagnon de table exquis, souriant, s’intéressant à tout et s’exprimant dans un langage admirable.  Je crois qu’il a été heureux de cette rencontre car deux mois plus tard, il n’a pas raté l’occasion de retourner l’ascenseur.


Je n’oublierai pas ce lunch avec un des plus grands artistes de l’humour québécois. À l’instar d’Yvon Deschamps, Serge Grenier était un humaniste. Un artiste à l’humour fin, caustique, redoutable, pour qui le but n’était pas seulement de faire rire, mais aussi de faire réfléchir.  Oui, il a changé la société, à sa manière.  Merci Serge.

 

Photo : Courtoisie Radio-Canada

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