21 juillet, 2006 par Mario Landerman


***1/2

«Vous n'êtes pas à votre place.» Cette petite phrase, annoncée par une diseuse de bonne aventure, va entraîner Edmond (William H. Macy) dans une descente aux enfers à la fois horrible et drôle, dans ce film intense, scénarisé par David Mamet, créateur de la pièce de théâtre originale. Stuart Gordon assure la réalisation.

La rencontre avec la voyante permettra à Edmond de constater l’absence de sens de sa vie et son mariage. Sa femme (Rebecca Pidgeon) se plaint du bris d’une lampe. Ne pouvant plus endurer ces détails ennuyants de la vie domestique, Edmond abandonne sa femme, sa maison, et se lance à l'assaut des rues sombres de Los Angeles.

Amorçant ainsi sa descente aux enfers, laquelle il prend pour sa libération, puisqu'il se sent revivre. Il croit alors vivre une libération mais en fait ce n’est qu’une descente aux enfers. Edmond vivra alors une désintégration personnelle alors que racisme et homophobie sont étalées au grand jour. Il découvre alors que « Toute peur dissimule un désir ».

Ce film va vous river à votre siège. Vous allez parfois rire. Parfois aussi grincer des dents mais une chose est sûre, vous ne pourrez rester indifférent à ce qui se passe à l'écran. La chute d'Edmond est parfois difficile à regarder de plein front. Cette dernière est définitive, malgré une certaine innocence de la part d'Edmond, même lorsqu'il commet un meurtre. En fait, Edmond demeure un grand enfant parachuté dans un monde d'adultes. De plus, il se trouve mal outillé pour traiter avec son entourage.

Le réalisateur a mis tous ses soins à dépeindre le côté sordide du Los Angeles by night. Danseuses nues, prostituées, proxénètes, peep shows, prêteurs sur gages, , tout contribue à l'atmosphère viciée dans laquelle évolue Edmond.

Même une rencontre avec une serveuse de bar (Julia Stiles) ne sauvera pas Edmond de l’autodestruction, et elle va même accélérer sa chute. Cependant, les moments les plus drôles du film se retrouvent dans les échanges entre ces deux personnages. Ces derniers discuteront du sens de la vie, de la mort, du racisme et de l'honnêteté.

La fin du film, où la descente d'Edmond est, pourrait-on croire, complète, puisqu'il est incarcéré, ne s'arrête pas là. Mais c'est justement là que le film sert une morale très courte, mais ô combien vraie, que toute peur dissimule un désir. Et ce faisant, elle libère enfin Edmond en lui donnant une certaine paix dans les bras de son compagnon de cellule. Comme si les barreaux matériels avaient fait disparaître les barreaux imaginaires.

Je recommande ce film. Comme tranche de vie dramatique, il est difficile de faire mieux qu'Edmond. Un film sombre, mais qui livre ses vérités avec la même violence dont le film fait preuve.

Réalisateur: Stuart Gordon

Durée: 82 minutes

Cast: William H. Macy, Julia Stiles, Denise Richards, Rebecca Pidgeon, Bai Ling,
Joe Mantegna, Dylan Walsh, Mena Suvari, George Wendt

Présenté en v.o. anglaise

En salles le 28 juillet 2006

Pour en savoir plus : Edmond