Mario Landerman
Mardi, 8 septembre 2009
par Mario Landerman
 

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FFM : Les chinoiseries de clôture


Hier soir clôturait le 33e Festival des Films du Monde.  L’événement qui, avouons-le, a perdu quelques plumes au fil des années (désintérêt du monde culturel local et des stars internationales) s’est refait une santé, malgré quelques incidents de parcours.


Un de ces incidents, qui en fait pourrait être qualifié d’heureux, est le mécontentement de certains cinéphiles détenteurs de passeports.  Ces passeports, au coût d’environ 250$ l’an dernier, furent réduits cette année à 80$, permettant à un plus grand nombre d’amateurs de bon cinéma de se régaler.


Par contre, comme les places sont réservées en priorité aux gens qui ont acheté leurs billets à plein tarif, et qu’un très grand nombre de passeports ont été vendus, de nombreux cinéphiles retournèrent bredouilles, faute de n’avoir pu voir leurs sélections.  Selon l’organisation du FFM, on n’avait pas vu venir ce problème.  Pourtant, la solution aurait été toute simple : vendre un nombre limité de passeports, afin de contenter tout le monde.


Malgré tout, cet incident atteste du succès que rencontre le FFM avec le public qui au fil des ans, lui est toujours fidèle.


Remise de prix


Les lauréats du FFM


Korkoro (Liberté), de Tony Gatlif, a remporté  le prestigieux Grand Prix des Amériques.  Parmi les lauréats, signalons Roger Cantin, récipiendaire du prix du film canadien le plus populaire.  Son film, Un Cargo pour l’Afrique, s’est révélé une des belles trouvailles du Festival. Le prix est accompagné d’une offre d’un laboratoire parisien pour le sous-titrage gratuit du film dans la langue d’un pays européen choisi par le récipiendaire.


Le prix d’interprétation féminine est allé à Marie Leuenberger pour le film Will You Marry Us? Un choix qui en laisse certains perplexes, spécialement pour la teneur du film, une comédie romantique pseudo-hollywoodienne qu’on verrait plutôt récompenser à Toronto qu’à Montréal.  Aucune perplexité cependant dans le prix d'interprétation masculine, attribué à l'acteur danois Cyron Melville. Dans Vanvittig Forelsket (Love and Rage), ce dernier fait preuve d’une excellente maîtrise dans ce rôle de composition.


Le prix du meilleur scénario revient à Je suis heureux que ma mère soit vivante, Weaving Girl (La tisseuse) a mérité le grand prix spécial du jury, La femme de Villon, réalisé par le vétéran japonais Kichitaro Negishi, a décroché le prix de la mise en scène.


Film de clôture


L’autre incident de parcours fut le choix contestable de présenter The Everlasting Flame: Beijing Olympics 2008.  Le film de la documentariste Gu Jun relate la tenue des jeux de 2008 à Pékin.

 


Quoique le film soit bien réalisé, avec un certain sens de la grandeur convenant à ce genre de cinéma, il n’est rien que le cinéphile averti n’a pas déjà vu, si ce n’est le contexte familial de certains athlètes.  Ce qui demeure choquant, c’est de présenter une version révisionniste de la tenue de ces jeux, en gommant tous les aspects préjudiciables à la grandeur de la Chine.


Juste pour rafraîchir la mémoire, citons : le massacre d’animaux afin de présenter une image chinoise qui ne heurte point nos yeux d’occidentaux, l’éviction forcée de quartiers entiers de Pékin, pour y construire les installations olympiques.  Sans parler de l’omission des manifestations virulentes sur le parcours de la flamme olympique, qu’on présente comme un modèle d’harmonie.  De plus, je n’ai pu m’empêcher de ressentir un certain malaise en voyant une course cycliste démarrer de la place Tiananmen, où eut lieu un massacre gravé dans toutes les mémoires, le 4 juin 1989. 


Gu Jun semblait nerveuse à l’idée de présenter son film au public.  Elle n’avait nullement à s’en faire.  Effectivement, un bon 40% des sièges du théâtre Maisonneuve étaient inoccupés, avec des gens qui quittaient à tout moment la projection, ce qui dérangeait ceux qui voulaient voir le film.  Une offre de dernière minute du FFM d’offrir les billets à dix dollars semble avoir finalement rencontré peu de demandes.  Même la projection gratuite du film n’a fait crier personne au génie.  Le public occidental sait présenter la contestation de façon aussi polie que les orientaux.


L’inauguration de la Place des Festivals, juste à côté, a également eu son rôle à jouer dans la participation du public à la soirée de clôture.


Depuis quelques années, l’engouement de Serge Losique pour la Chine fait partie des évidences du FFM.  Il demeure à souhaiter que lors de la 34e édition, du 26 août au 6 septembre 2010, on sera plus circonspect dans le choix des films, particulièrement ceux qui devront ouvrir et clôturer le festival.


Le Tapis Rouge de clôture

 

Photos : Mario Landerman

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