11 septembre, 2006 par Mario Landerman


Deux films primés au FFM

Je vais vous parler de deux lauréats du FFM que j’ai vu. Nagai Sanpo et Checkpoint.

Nagai Sanpo (A Long Walk-Une Longue Marche)

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Japon, 2006. Couleur, 136 minutes. Présenté en première mondiale. Récipiendaire du Gand Prix des Amériques, ex-aequo avec O Major Amor do Mundo. Réalisateur: Eiji Okuda. Avec: Ken Ogata, Hana Sugiura, Saki Takaoka, Shouta Matsuda, Eiji Okuda.

Yasuda et Sachi

Matsutaro Yasuda emménage dans un vieil appartement dans une petite ville de campagne. Directeur à la retraite d’une école secondaire de filles, il a perdu sa femme, vaincue dans son combat contre l’alcoolisme et sa fille qui l’a totalement abandonné. Il a maintenant une petite fille de cinq ans comme voisine.

Sachi s’agrippe à une clôture en métal.Toute seule, elle regarde l’horizon. Elle a des ailes d’ange en carton sur le dos. Elle est pieds nus et porte une robe d’été, même si on est au coeur de l’hiver. Sur sa jambe se voient des traces d’égratignure et de contusions.

Yasuda lui parle, mais Sachi ne dit pas un mot. La nuit tombée, des voix violentes se font entendre de l’appartement contigu: la mère, son amant… Mais Yasuda est parvenu avec le temps à neutraliser toutes ses émotions. Il ne veut plus rien entendre, plus rien voir.

Cependant, petit à petit, lorsqu’il regarde au fond des yeux de la petite Sachi, un minuscule sentiment commence à se frayer un chemin et semble gagner du terrain dans son coeur brisé. «As-tu jamais vu de ciel bleu? Là où les nuages ressemblent à de la barbe à papa, là où l’oiseau blanc vole haut? Voudrais-tu marcher avec moi?»

Yasuda et Sachi commencent alors leur longue marche.Ils rencontrent un jeune garçon nommé Wataru dans une petite gare désaffectée. Wataru ne semble pas s’en faire, mais c’est un solitaire qui garde au fond de lui un vide inexorable. Il se joint néanmoins à eux et le voyage prend alors un tour inattendu lorsque Sachi s’ouvre à Yasuda et à Wataru. Et cette fois-ci, les ailes en carton de l’ange commencent à voler vers de vrais cieux.

Bon, disons-le tout de suite. Nagai Sanpo est un film qui manque d’originalité. Des histoires quiètes de quête en compagnie d’un enfant sont légion dans la filmographie mondiale.

Là où ce long métrage se démarque de ses prédécesseurs, c’est la réalisation, de main de maître, d’Eiji Okuda. Ce dernier manipule aussi bien ses acteurs, la pellicule que le public. Mais la manipulation résulte un en film si charmant et chargé d’émotions contenues, qu’on se laisse faire de bon coeur, et on se prend au jeu de suivre le cheminement de Sachi et Yasuda. Ce dernier, interprété par l’acteur Ken Ogata, figure connue des amateurs de films japonais, assure un lien ténu entre des acteurs pour la plupart inconnus, et un public américain qui demeure à convaincre.

Si on en juge par les prix remportés au FFM, le public ne demande pas mieux que d’être convaincu. Et je crois qu’il le sera, car je me permets de faire la prédiction suivante: ce long métrage sera montré sur nos écrans dans un avenir proche. Ce film fut mon coup de coeur du trio de films asiatiques que j’ai vus au FFM (Une critique des deux autres paraîtra sous peu).

Bref, ce film reprend l’éternel thème de la quête du bonheur avec un enfant et un adulte désabusé. La maîtrise avec laquelle la réalisation est faite résulte en un film de grande qualité. Je m’estime heureux d’avoir pu le voir dans le cadre du FFM. Et si ma prédiction se réalise, beaucoup d’entre vous le verront aussi.


Checkpoint

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Australie, 2006. Couleur, 11 minutes. Récipiendaire du Prix du Jury au FFM. Réalisateur Ben Phelps. Avec: Rodney Afif, Kate Raison, Christian Willis, Alex Dimitriades, Brett Stiller, Casey Burgess.

Nedal (Rodney Afif) regarde par le rétroviseur
Fergus (Christian Willis) approcher de la voiture

Une plaisanterie tourne au drame lorsqu’une famille libano-australienne est arrêtée par trois soldats sur une route déserte de la campagne australienne.

Nedal (Rodney Afif) et Rebecca (Kate Raison)
sont interrogés

Ce film puise sa force dans le dénouement final. Pendant plusieurs minutes, on se laisse prendre au jeu de ces trois soldats, dont on ne sait s’ils abusent de leur pouvoir militaire ou non avec les occupants de la voiture, cette famille libano-australienne, laquelle est de plus en plus terrifiée. À ce point, les choses deviennent violentes. Vous en dire plus vous dévoilerait la fin du film. Mais je me permettrai de dire qu’en 11 minutes, une bonne comédie noire se joue sous nos yeux dont la finale est inattendue.

Julian (Brett Stiller) regarde la scène

Ce court métrage se veut également une leçon sur le manque de communication entre les gens. Ce film fut un de mes coups de coeur dans les court métrages que j’ai vus, et je suis ravi de voir qu’il a remporté un prix au FFM.