4 septembre, 2006 par Royal du Perron


Les lauréats

Ce fut un bien beau festival organisé d’abord pour les cinéphiles montréalais qui ont répondu en grand nombre. Dommage que la presse écrite et électronique l’ait boudé à ce point. Dans son discours de clôture, la vice-présidente du FFM, Danièle Cauchard a déploré que les actualités télévisées entretiennent la haine plutôt que la construction de ponts (sous-entendant ici d’amour et d’humanité envers les peuples). Quant à lui, le président Serge Losique a parlé «de fonctionnaires en mal de rationalité mercantile» en invitant les divers gouvernements à suivre le désir de la population dans sa démarche de diversité culturelle. Et, de notre point de vue, il a 100 fois raison.

Royal du Perron racontant une anecdote à Jean-Claude Lord

Avant le film de la soirée, on a eu droit à la projection des Films de rue, ces petits courts métrages réalisés avec des balises fort contraignantes : durée, une à deux minutes, tournage de trois heures; montage de quatre heures maximum. De petits bijoux dans certains cas, celui de Jean-Claude Lord pourtant sur le rire des festivaliers est fort réussi. Un beau clin d’œil à ceux qui ne se prennent pas au sérieux.

Le Grand Prix des Amériques est offert ex æquo à deux films exceptionnels.

La présidente du jury, l'actrice américaine Kathy Bates, a fièrement couronné «Une longue marche» du Japonais Eiji Okuda et «Le Plus Grand Amour du monde» du Brésilien Carlos Diegues.

«Une longue marche, voyage émouvant d'un vieillard et d'une fillette mal aimée, a remporté les prix de la critique internationale (Fipresci) et du jury oecuménique. Accompagnée de la jeune actrice Hana Sugiura, très ému, le réalisateur Eiji Okuda est monté sur scène pour saluer les festivaliers et remercier chaleureusment les organisateurs du FFM, « l’un des plus beaux au monde.» Mon collègue en fera la critique prochainement. «Le Plus Grand Amour du monde», quant à lui, présente le retour aux sources d’un homme malade et le quartier pauvre où il a grandi. Le film chinois «Snow in the Wind » de Yang Yazhou, traitant de l'amour du cinéma dans une région nordique de la Chine, fut deux fois couronné : Grand Prix spécial du jury et prix d'interprétation féminine pour Ni Ping, jouant l’épouse de projectionniste.

L'actrice chinoise Ni Ping a remporté le prix de la meilleure actrice
pour Snow in the Wind

Le brillant acteur Philip Peeters, saisissant dans le film «Enfer à Tanger» du cinéaste Belge Frank Van Mechelen, a remporté mérité le prix d'interprétation masculine. Le laurier de la mise en scène est décerné à «Pedersen, le prof» du Norvégien Hans Peter Moland. «Mariposa Negra» (Papillon noir) de Francisco J. Lombardi retourne au Pérou avec le Prix Glauber Rocha de la meilleure production latino-américaine.

Hans Petter Moland, réalisateur du film Pederson, le prof
(Photo: FFM-Sylvain Légaré)

Le réalisateur de Mariposa Negra, Francisco J. Lombardi remporte
le prix Glauber Rocha de la meilleure production latino-américaine

La cuvée 2006 était fort bonne mais certains films exceptionnels furent laissés pour compte - on ne peut les couronner tous. Ainsi, «Ultima Thule -- Aux confins du monde», du Suisse Hans-Ulrich Schlumpf dont ma collègue a parlés en ces pages se voit privé d’un laurier par ailleurs mérité.

Trois prix sont décernés au très beau film «Les Filles du botaniste chinois» de Dai Sijie, coproduit au Québec par Roger Frappier et Luc Vandal de Max Films. Le directeur photo Guy Dufaux a remporté la palme de la meilleure contribution artistique. L’œuvre très esthétique a également reçu le Prix du public pour le film le plus populaire, toutes catégories confondues, et celui du film canadien le plus prisé qui lui vaudra un sous-titrage gratuit (dans une langue européenne de son choix), effectué dans un laboratoire belge. Ce film était pressenti pour recevoir le Grand Prix des Amériques, J’ai ferai la critique prochainement sur ce site. Il ne faudra pas manquer sa sortie en salles.

Les Filles du Botaniste, produit par Luc Vandal et Roger Frappier (Max Films),
a remporté trois prix

C'est «Warchild» de l'Allemand Christian Wagner, un film racontant les lendemains de la guerre en Bosnie, qui a reçu le meilleur scénario. Quant à lui, le portoricain César Rodriguez, aussi surpris que le public, reçut le laurier de l’innovation.

Dans les courts métrages, c’est le film «Révolution» du Belge Xavier Diskeuve, qui a récolté le premier prix alors que «Checkpoint» de l'Australien Ben Phelps, a reçu le Prix du jury.

Le Prix du meilleur court métrage canadien a été décerné à «Jack et Jacques» de Marie-Hélêne Copti et mettant en vedette Pierre Lebeau, hilarant de le rôle du figurant de cinéma à qui tout peut arriver…

Hommages particuliers

Des grands prix spéciaux des Amériques ont été décernés à trois acteurs, Bruno Ganz, Bulle Gogier et Rémy Girard. On peut voir les photos de cet hommage dans un article de ma collègue.

Ce fut un beau festival intéressant. Je n’en avais pas encore parlé, étant occupé à des visionnement et à archiver textes, photos entrevues, son, images, à mettre en ligne prochainement. Il eût été souhaitable cependant qu’on rende disponibles en visionnement privé tous les longs métrages en compétition officielle. Aussi, qu’on alloue davantage de postes informatiques reliés à internet depuis la salle de presse.

J’aurais souhaité également que tous les acteurs locaux, dont plusieurs vivent de l’industrie du cinéma, s’y rendent assidûment. Mais le public a répondu à l’appel des organisateurs en meublant de son affluence les salles obscures. Encore et toujours, c’est lui qui a raison.

Photos: Mario Landerman