Mario Landerman
Mercredi, 2 février 2011
par Mario Landerman

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Funkytown

Funkytown : La boule miroir aux alouettes

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Ah, le disco!  Époque de toutes les licences, de tous les excès, et d’une musique qui résonne encore aujourd’hui, alors que bien des modes musicales sont passées depuis.


Montréal, dans la seconde moitié des années 70, était une des plaques tournantes de la folie disco qui s’était emparée de la planète.  Les divas d’alors s’appelaient Donna, Tina, Gloria, et leurs tubes faisaient danser les plus grandes villes du monde.  Les discothèques étaient le temple de cette nouvelle religion, où on venait adorer ce nouveau dieu, le DJ, en dansant et en baisant dans quelque coin sombre.


Une époque qui faisait fi des tabous sexuels.  Une fois franchies les portes de la disco, que vous soyiez gai ou hétéro, tous les fantasmes étaient permis, même les plus fous.  Oui, un temple où tous communiaient sous la bienveillance de la sainte trinité de la musique, la drogue et la baise.


Ceux qui s’en rappellent encore en parlent avec nostalgie.  Mais beaucoup ont offert leur corps en sacrifice, en succombant d’une overdose, ou encore du SIDA.


Funkytown, le dernier film de Daniel Roby, tente de montrer l’envers du décor de l’univers disco montréalais de l’époque, et y réussit très bien.


L’histoire est centrée sur trois personnages, en qui beaucoup de gens n’auront aucun mal à reconnaître des personnalités connues de l’époque.

 

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Patrick Huard incarne Bastien Lavallée, une copie assez conforme du très connu Alain Montpetit, animateur de Et ça tourne à TVA.  Animateur tant de radio que de télé, la gloire, la drogue et les femmes lui monteront à la tête, pour finalement tout perdre.  Un bon rôle de composition pour Huard, si ce n’est qu’il manque un peu de charisme, que possédait l’animateur sur qui son personnage est basé.


Paul Doucet endosse la peau de Jonathan, copie assez bien réussie de Douglas « Coco » Leopold.  Un « jack of all trades », Jonathan pouvait passer d’animateur à chroniqueur au gré de sa fantaisie, tout comme le véritable Coco.  Un point cependant.  La sexualité de Douglas Leopold était fluide, alors que sa copie semble être exclusivement gaie.  Il n’empêche que Paul Doucet apporte beaucoup de charme à son rôle.


Finalement, notre trio est complété par Raymond Bouchard, qui prend les traits de Gilles Lefebvre, un promoteur musical retors et franchement désagréable, qui s’imagine être la science incarnée en matière musicale.  Dans ce dernier cas, il s’agit d’un composite de plusieurs gérants et promoteurs de l’époque.  Il n’hésite pas à écarter de son chemin ceux qui lui nuisent, y compris son propre fils.  Ses manigances lui coûteront cher!  Et un autre rôle de vilain de service pour Raymond Bouchard qui semble les collectionner!


Cependant, d’autres personnages peuvent étrangement rappeler des souvenirs aux gens.  C’est le cas notamment de Geneviève Brouillette, qui incarne Mimi, une star déchue de l’époque yéyé des années 60.  Encore une fois composite de plusieurs chanteuses de l’époque, elle est pourtant la seule de tous les personnages du film qui trouvera grâce devant la Fortune.


Et que dire d’Adriana, celle par qui la chute de Bastien Lavallée se fera?  Sarah Mutch, actrice, mais surtout mannequin canadien, a dans ce rôle tout pour elle en tant que flamme qui consumera Bastien…sauf le talent.  Adriana est un bel exemple de star préfabriquée, que certains postes de télévision d’aujourd’hui ne cessent de produire, parfois pour le meilleur, mais le plus souvent pour le pire!


Autour de ce noyau gravite d’autres personnages intéressants, mais parfois unidimensionnels, comme la gérante d’Adriana, qui fait étrangement penser à Lily Tomlin, l’humour en moins.  Ou encore Tino (Justin Chatwin), ce danseur disco qui deviendra l’amant de Jonathan.  Une mention spéciale au couple des plus sympathique formé par François Létourneau et Sophie Cadieux.  Je trouve rafraîchissant de voir une femme prendre en mains la destinée de l’homme qu’elle aime, surtout quand cet homme a pour père le terrible Gilles Lefebvre!

 

 


L’action se passe sur une période de 4 ans, de 1976 à 1980.  On voit évoluer tous ces personnages et surtout la scène musicale.  J’aime beaucoup que le scénariste, Steve Galluccio, ait pensé à inclure la scène punk émergente de ces années-là.  En effet, on a trop souvent tendance à oublier que ces deux styles de musique coexistaient à la même époque.


Il y a aussi des invraisemblances, dont la plus notable est ce fameux pont où se donnent rendez-vous les gais de Montréal.  Je suppose qu’on a agi ainsi afin de ne pas heurter la réputation de certains hauts lieux de drague, qui existent encore aujourd’hui.


Quelques petites erreurs parsèment ça et là le film au niveau des décors.  Je ne savais pas que dans les immeubles de New York, les écriteaux sont en français?  De plus, j’ai été déçu de ne pas voir une chaîne stereo digne de ce nom dans les divers décors.  Seulement des modèles dits de nouveauté.  Presque aucune chaîne de moyenne ou haute gamme.  C’est plutôt bizarre, car c’était en plein l’époque où les gens recherchaient le nec plus ultra en matière de son.


Le film est bilingue.  Dans le sens où le français alterne avec l’anglais, où des personnages sont carrément anglophones.  J’entends déjà les critiques de la part d’une certaine faction nationaliste.  Pourtant, ce bilinguisme reflète très bien une époque pré-référendaire.  Il y a une nette tendance, depuis les dernières années, à réécrire l’histoire selon les divers crédos des groupes de pression divers, au nom de la rectitude politique.  Je crois que vous n’aimeriez pas savoir où j’ai celle-ci, mais vous avez toute liberté de deviner!


Quant à la musique…ne marchez pas, courez acheter la bande sonore de Funkytown!  Vous y retrouverez, parmi des classiques originaux, des pièces réinterprétées par des artistes de talent d’ici.  Et même, quelques vieux classiques rock.  Les interprètes vont de Kim Richardson à Nancy Martinez, en passant par Florence K.


Funkytown est un très bon film, qui va faire plonger le spectateur dans l’époque disco.  Du plaisir pour les yeux et les oreilles!

 

Pour en savoir plus : http://www.funkytown-lefilm.com/fr/

 

Photos et vidéo : Remstar

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