Royal du Perron
Mardi, 2 juin 2009
par Royal du Perron
 

Affiche

J’ai tué ma mère

Une amie m’a dit un jour :  «Nos parents nous ont tués.»  En effet, on reste meurtri par les blessures de l’enfance. Le film de Xavier Dolan n’est pas sans rappeler l’enfance de tous et chacun.  Quel enfant idéaliste n’a jamais vécu l’exaspération causée par ses parents?  S’est-il toujours senti compris par eux ?   C’est en osant aborder ce sujet intime, universel, de l’amour/haine parent enfant que Xavier Dolan fait l’unanimité autour de lui. Pas étonnant que Cannes et toute la France (ainsi que plusieurs autres pays) y fassent grand état car le jeune homme est un grand espoir du cinéma contemporain.  Un jeune homme qui fait ce qu’il peut avec les moyens du bord.  Le film se termine sur de belles images du fleuve St-Laurent alors que qu’on entend le caquètement des oies blanches. Mais, faute de budget, on n’a pu les voir, devant se contenter d’un bref document d’archives.

 

 


La franchise de dire les choses


L’axe principal sur lequel repose le film est la dualité mère/fils. Anne Dorval incarne cette mère aux défauts apparents, «intolérables» aux yeux de son fils Hubert, un ado idéaliste, un brin poète qui vit dans le monde des arts, à la recherche de la perfection. Hubert ne se gêne pas pour confronter sa mère et dénoncer ses faiblesses et maladresses.


Les états d’âme des deux protagonistes sont ici étalés au grand jour, sans retenue mais paradoxalement, on y sent mutuellement une certaine pudeur. Suzanne Clément joue l’enseignante qui essaie de comprendre et protéger son étudiant mais elle prend des risques en l’hébergeant lors de sa fugue.  Hubert aura un amant, Antonin, interprété par François Arnaud dont la mère, incarnée par Patricia Tulasne, apporte un bouquet de fraîcheur à chaque apparition. Élégante, ouverte et agréable, cette dame accentue le contraste avec la mère du jeune héros, froide, maladroite et intransigeante.  


Une scène magnifique : quand Anne Dorval, mère monoparentale, répond au directeur du pensionnat (Benoît Gouin), elle nous offre une pièce d’anthologie du cinéma québécois.   


Comme ce qui se passe dans la tête du jeune héros, le film baigne dans un jeu d’ombres (les vêtements, la maison) et de lumière (l’ouverture à la vie).  On aura deviné que les couleurs ambre se trouvent du côté de la mère, tout cela appuyé par une trame sonore soulignant l’atmosphère.  Une autre belle découverte, le jeune compositeur Nicholas L’Herbier signe la musique d’un coup de baguette magique. Un beau beau film. Qui vous transportera loin dans les replis de l’âme. Qui vous transportera encore et bien longtemps après son visionnement.  Une œuvre majeure, mais oui, déjà. Coup de chapeau à Xavier Dolan.

 


Tapis rouge de J'ai tué ma mère à Montréal


J’ai tué ma mère de Xavier Dolan, Kfilms Amérique
En salles à Montréal, dès le 5 juin et en régions un peu plus tard.


Pour en savoir plus : www.kfilmsamerique.com

 

Photos du tapis rouge : Mario Landerman

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