Sébastien Dion
Jeudi, 11 décembre 2008
par Royal du Perron

Affiche

Le grand départ : la faiblesse du mâle


Première réalisation de Claude Meunier, Le grand départ réunit plusieurs comédiens de sa télésérie : La Petite Vie.

Jean-Paul, 53 ans (Marc Messier), médecin, quitte sa femme Céline  (Guylaine Tremblay) et ses enfants Guylain, 23 ans (Patrick Drolet) et Myriam, 17 ans (Sophie Desmarais) pour une femme de 28 ans, Nathalie (Hélène Bourgeois-Leclerc).

Jean-Paul, cet anti héros, dirige une clinique médicale avec un confrère, Henri (Rémy Girard). Ce dernier et sa femme Pauline (Diane Lavallée), banlieusards par excellence, adorent se retrouver chez Jean-Paul pour jouer au scrabble, ce qui exaspère Jean-Paul. Les personnages, caricaturés à l’extrême – dans un texte de Claude Meunier, faut-il s’en étonner ? – vivent toutes sortes de situations invraisemblables, comme celle-ci : en faisant du chantage émotif, Myriam réussit à s’installer dans le 3 et demi de la blonde de son père Nathalie, nouveau nid d’amour du couple. Qui plus est, elle se montre suprêmement détestable, et pousse l’audace jusqu’à les surprendre dans la douche et s’immiscer dans le lit conjugal. Ce personnage de «petite vache», toléré par les deux tourtereaux est d’une telle invraisemblance qu’on décroche du film. Aucune maîtresse ne tolérerait pareille intrusion dans son propre appartement. Et que dire de cette scène ridicule ou la réceptionniste, prenant son patron pour un patient, lui demande s’il a un rendez-vous.  À sa décharge, il faut dire que cette Pauline, est sous médication mais cela, le spectateur l’apprendra beaucoup plus tard. Vous l’aurez compris, tous les personnages sont déjantés.  

Marc Messier campe donc un Jean-Paul aux prises avec mille problèmes causés par ce départ de la vie de famille qu’il a jadis construite avec sa «légitime» et ses enfants. C’est particulièrement bien joué. J’ai bien aimé Patrick Drolet, dans la peau d’un jeune adulte lunatique, amoureux de la blonde de son père.  Cet acteur a une présence peu ordinaire.  Guylaine Tremblay dans le personnage de Céline se venge en multipliant d’insurmontables vacheries à l’endroit de son homme.

Pauvre Jean-Paul ! Incapable de gérer son choix de vie en adulte, il se contentera de subir au lieu d’agir.  Quelle faiblesse ! Il en bavera jusqu’à «pus capable». Déboussolé, tel un chien perdu, il tourne après sa queue.

Petit questionnement ici : est-ce possible que de bonnes idées télévisuelles s’adaptent mal au grand écran ?  Tous les ingrédients étaient pourtant versés pour produire une potion magique mais la mayonnaise n’a pas pris. Force est de constater qu’après sa série Détect Inc., Claude Meunier, se cherche encore, en exploitant cette fois le prisme d’une misogynie omniprésente.  Et cette fin, qui arrive comme un bouquet de chrysanthèmes sur le cercueil du mâle décadent, c’est la cerise sur le sundae.

Bref, si vous aimez voir un homme agir en perdant et s’enterrer vivant, allez-y. Sinon, vous pourrez louer le film quand il sortira en DVD. 

 

 


Le grand départ : Tapis Rouge à Québec

 

 


En salles à compter du 19 décembre


Pour en savoir plus : http://www.mediafilm.ca/films-detail.asp?Id=4401

 

Photos : Alliance Vivafilms, Roland de Québec