12 avril, 2007 par Mario Landerman


La fantaisie au service de la comédie

****

Molière.  Ce seul nom évoque la comédie au théâtre.  Né Jean-Baptiste Poquelin, il étudia chez les Jésuites, pour recevoir le titre de «Tapissier du Roi» à l’âge de 18 ans, ce qui le mettait en contact avec Louis XIV de façon régulière.  Il devint ensuite un avocat, carrière qui, heureusement pour les générations futures, n’a pas duré.

Les débuts de Molière au théâtre furent peu glorieux.  Il fonda d’abord une troupe,  L’Illustre Théâtre, qui fit faillite et qui le conduisit en prison pour dettes.  Et c’est là que l’action du film commence…

En effet, le réalisateur Laurent Tirard se pose la question:  Molière aurait-il eu l’inspiration de ses personnages pendant le temps où il fut mystérieusement absent de Paris, juste après son incarcération pour dettes?

Le film mélange réalité et fiction pour faire de cette partie mystérieuse de la vie de Molière un très bon divertissement.

Dans cette pseudo biographie, et où la fiction prend la relève sur la réalité, Molière évite de purger toute sa peine de prison par l’intervention intéressée de monsieur Jourdain (Fabrice Luchini), un bourgeois en apparence méprisable.

 Mais on finit par s’apercevoir à la longue qu’il est naïf, certes, mais subtil, et même pitoyable dans sa quête effrénée de l’ascension sociale.  Un état de choses dont profitent deux nobles sans scrupules, Célimène et Dorante (Ludivine Sagnier et Édouard Baer).

Autour de Jourdain évoluent son épouse Elmire (Laura Morante), sa fille (Fanny Valette), à laquelle Dorante va s’intéresser pour son fils, ainsi que l’amoureux de la fille de la maison.  Ce dernier a peu d’espoir d’avoir sa main, puisqu’il ne vient pas d’une classe sociale assez bonne pour le goût de monsieur Jourdain.

Et Molière (Romain Duris), dans tout cela?  Il adopte l’identité d’un curé appelé Tartuffe (!).  Curé assez gauche et vraiment peu au fait des rites ecclésiastiques, ce qui ne va pas sans d’abord exaspérer la femme de Jourdain, avant de la ramener à des sentiments plus tendres pour le « curé malgré lui ».  Cette mascarade a pour but de cacher le but véritable de la présence de Molière dans la maison : aider Jourdain à écrire une pièce, afin d’impressionner Célimène et s’en faire aimer.  Au lieu de cela, Molière se fera aimer d’Elmire, sous le nez de Jourdain.

Ce film se veut une recréation libre de la pièce Tartuffe, pour le cinéma.  Le pari est réussi.  La comédie de Molière se transporte bien au grand écran.  Certains des moments forts du film sont centrés autour de Romain Duris, qui donne à Molière une richesse insoupçonnée. 

Une scène me vient à l’esprit, celle où Molière entreprend d’imiter les différents membres de la famille, au grand plaisir d’Elmire.  Ou encore, la scène du choix d’une phrase pour impressionner Célimène.  Ce sont des bijoux de comédie que Molière lui-même n’auraient point reniés.

Comme il s’agit d’un film, les décors sont à des lieues des décors de théâtre peints, et leur cadre est utilisé pour le maximum d’effet.  Les costumes sont aussi très réussis, mais avec un petit anachronisme ici et là, notamment avec les robes d’Elmire.  Peu de chose, en somme.

Je recommande chaudement d’aller voir ce film, pour tous les amateurs de Molière d’abord, et pour tous les amateurs de comédie ensuite.

Pour plus d’informations : www.moliere-lefilm.com

Photos: Christal Films Distribution