28 juillet, 2006 par Mario Landerman


Larmes d'avril (Shooting Dogs)

L'hypocrisie à la grandeur du monde

****1/2

Rwanda, le 6 avril 1994: l'assassinat du président Habyarimana marque le début du génocide. Les forces armées de chaque nation en présence reçoivent pour seule mission l'évacuation des ressortissants de leur pays.

Un prêtre catholique anglais (John Hurt) et un jeune enseignant coopérant (Hugh Dancy) se retrouvent dans le chaos des premières heures de ce massacre. Totalement impuissants, incapables de juguler la haine, ils sont confrontés à leur propre limite: mourir en restant ou vivre en fuyant le pays.

Le réalisateur, Michael Caton-Jones, signe ici un véritable coup de poing à l’estomac. Un film dur, violent, qui dénonce l'hypocrisie à l'échelle mondiale. Complètement aux antipodes de ce à quoi ce dernier a coutume de filmer (Basic Instinct II).

Larmes d’Avril fut réalisé à partir de faits réels, et tourné entièrement à Kigali, la capitale rwandaise. Plusieurs survivants du génocide ont participé à divers degrés à ce film. Cela afin de recréer autant que possible l'atmosphère de terreur régnant autour de l'École Technique Officielle (E.T.O.), presque le seul lieu d'action tout au long du film. Le titre fait référence à une séquence, où les casques bleus de l'ONU ne peuvent défendre la population Tutsi, mais peuvent abattre des chiens qui dévorent des cadavres gisant sur le terrain.

Ce film réussit là où un documentaire se serait montré froid, impersonnel, et contraignant. Il dépeint la violence insensée basée sur la haine raciale, tant entre noirs, qu'entre blancs et noirs. Un autre domaine où le film fait mouche, c'est de démontrer l'hypocrisie de la communauté internationale. Par petites touches, sans jamais tomber dans la démesure. Et c'est ce qui fait que Larmes d’Avril demeure avec soi longtemps après le visionnement.

Non seulement, cette hypocrisie est flagrante tout au long du film, mais on la sent présente à tous les niveaux. Celle des hauts dignitaires internationaux, de l'ONU, des médias d’information. D'ailleurs, vers la fin du film, un très intéressant extrait d’archives montre une attachée de presse tentant de jouer en virtuose de la rectitude politique quant à la définition du terme génocide, et manquant magistralement son coup. La France et les États-Unis, autres acteurs pointés pour leur inaction dans cette hécatombe, ne sont pas oubliés.

John Hurt (Père Christopher) est superbe dans ce rôle de vieux prêtre catholique blasé, mais qui se laisse peu à peu envahir par l'horreur autour de lui. Hugh Dancy, en jeune professeur idéaliste fait un contrepoids parfait au personnage incarné par Hurt. L'idéaliste est celui qui va renoncer ultimement à ses idéaux, tandis que le prêtre se sacrifiera pour le bien de quelques enfants Tutsis. Mais le joyau dans la couronne d’acteurs de ce film, est la jeune Claire Hope Ashitey. Sa personnification de Marie, adolescente Tutsi, est tellement poignante qu'elle hantera votre mémoire plus que les deux têtes d'affiche.

Un film qui amène la réflexion, à bien des niveaux. À voir absolument.

Larmes d'Avril, Royaume-Uni/Allemagne. 1h54, en v.o. anglaise, avec s.t.f.

En salles le 28 juillet, 2006.