Mario Landerman
Jeudi, 2 juillet 2009
par Mario Landerman
 

Amère Liberté

Amère liberté : amer à lire


L’action du nouveau roman de Réjean Roy se déroule sur les terrains de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick.  Mais le lieu pourrait changer sans rien perdre de la trame du récit, laquelle traite d’intolérance.  Problème universel, s’il en est un.


L’auteur poursuit sur sa lancée, après le collectif Sortir de l’ombre, aux éditions de l’Arc-en-ciel.  Celui pour qui ce livre est le 24e en carrière a pourtant attendu 12 ans avant d’offrir Amère liberté à ses lecteurs.  Selon Réjean Roy, l’épuisement combiné de sa carrière prolifique, 13 livres en dix ans, et son travail au développement de la culture et des arts au Nouveau-Brunswick auront eu raison de son énergie.


L’écrivain remplit une promesse vieille de 20 ans, et nous offre l’histoire de Sophie, une épileptique qui souhaite vivre comme tout le monde.  Sur son cheminement personnel se trouve l’université.  Malgré les embûches, telles sa famille, sa santé et certaines compagnes d’université, elle réussit.  Jusqu’au jour où une série d’événements vont précipiter sa fin.


Pour s’épanouir en tant que femme, Sophie aura l’aide de ses amies, Joanne et Danielle, ainsi que de celui qui deviendra son amoureux, Pierre.


Présenté sous la forme du journal de Sophie, on y découvre au fil des jours et des semaines ses doutes, ses triomphes, sa découverte de l’amour.  Mais aussi le semi-ostracisme de sa famille, laquelle n’acceptera jamais l’émancipation de leur fille, les commérages et l’injustice.


Deux vies parallèles


J’ai trouvé ce livre amer pour la simple raison que j’y ai vu ma propre histoire, jusqu’à un certain point.  Remplacez épilepsie par surdité et vous obtiendrez à peu de choses près le récit de ma vie.  Seule différence, et elle est de taille : ma résilience face à l’adversité aura eu raison de toutes les embûches.  Sophie n’aura pas eu cette chance.


Un passage du livre m’a particulièrement frappé à cet égard.  On y parle de Sophie qui va à une rencontre pour les enfants ayant des besoins spéciaux.  Une musique disco se met à jouer, entraînant plusieurs handicapés dans une danse.  Sophie reste stoïque dans son coin.  Et elle dira ceci : “Finalement, je pense que les gens ont compris que je ne voulais pas de leur pitié, et que je préférais rester seule dans mon coin.  Je n’avais pas besoin d’eux pour vivre.”  Au même moment, ou presque, où Réjean Roy mettait ces paroles dans la bouche de son héroïne, je déclarais une réplique très similaire à une représentante de l’institut Raymond Dewar, laquelle aurait bien voulu que je participe à leurs activités pour sourds.  Les ghettos sont présents partout, à tous les niveaux de la société.


Un des enfers sur terre est d’être handicapé, et d’avoir toute sa tête.  Quand donc les gens soi-disant bien intentionnés cesseront-ils de traiter les handicapés comme des citoyens de seconde classe?  Nous avons notre orgueil, tout comme eux.


Ce livre devrait être en lecture recommandée dans les écoles secondaires du Québec, pour les cours de français.  Bastion des commérages, des cliques et de l’injustice, ces établissements ne pourraient que profiter d’une leçon de savoir-vivre imposée.


Écrit dans un style simple, Amère liberté est un livre à mettre entre toutes les mains.  L’histoire de Sophie ne laissera personne indifférent.

 

 


Amère liberté, Réjean Roy, Éditions de l’Étoile de mer, 2009, 172 p.

Pour en savoir plus : http://arcenciellitteraire.site.voila.fr/

 

Vidéo : Daniel Chartier

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