24 mai, 2007 par Royal du Perron


Un premier roman fort réussi

Écrire un premier roman à l’âge de 82 ans n’est pas une sinécure.  Pourtant, Janette Bertrand relève le défi avec brio.  Après avoir écrit toute sa vie, (Quelle famille, Grand’papa, Avec un grand A pour la télévision, Moi Tarzan toi Jane et Dis-moi le si j’dérange, au théâtre) elle prend sa plume, pardon, elle touche le clavier devant l’écran noir.

Une famille dysfonctionnelle

Le Bien des miens raconte l’histoire de Germaine, une femme qui gère et qui mène, comme on en voit tant au Québec. L’héroïne, octogénaire elle aussi, est veuve depuis 47 ans et elle agit en fonction de ses trois enfants Pierre, Paul et Marie.  Bien que très riche, Germaine n’est pas heureuse.  Tout ce qu’elle fait, c’est pour le bien de ses enfants, dit-elle.  Mais leur a-t-elle demandé leur avis ? Voilà le sens profond de l’œuvre.

Janette a raconté maintes fois la trame de ce roman dans les médias : Germaine, de descendance indienne a construit un empire fort enviable dans le domaine des produits naturels fabriqués grâce à de vieilles recettes composées d’herbe et de plantes.  L’entreprise multimillionnaire Familia permet à toute la famille de vivre grassement. À l’approche de sa mort, Germaine veut savoir qui parmi les enfants où les petits enfants est le plus digne d’assurer la succession à la présidence qu’elle occupe toujours.    Elle ira de ruses en ruses pour trouver ce digne successeur, pas toujours avec l’accord des siens mais après tout, elle veut leur bien.

Le style de la romancière

L’auteure aborde un style direct franc, honnête, juste, intègre.  Comme elle faisait parler ses personnages à la caméra dans la formidable série Avec un grand A, à Télé-Québec, elle laisse ses personnages réfléchir à voix haute pour ainsi dire, ce qui apporte fort heureusement une absence de censure.    Et comme le sexe prend une part importante dans la vie des personnages,  le lecteur a droit à des aveux parfois fort étonnants.  Janette utilise les mots de tous les jours. Quand un homme a une érection, il bande.  Et comme les hommes ne pensent qu’à ça,  les pantalons se gonflent souvent dans Le Bien des miens. Certaines scènes sont décrites fort éloquemment. Le cybersexe, la bisexualité, les femmes âgées qui ont encore des désirs…  tout cela existe et Janette en parle franchement.  Avec souvent de beaux clins d’œil comme elle seule sait en faire.  À mille lieues de la vulgarité, Le Bien des miens n’est même pas un roman érotique. Les êtres humains ont des besoins naturels et contrairement aux autres romanciers, Janette en parle de façon unique.  

On l’a lu et entendu dans d’autres médias : quand on commence ce récit, on ne peut s’arrêter de lire tellement l’histoire est captivante. Quant à moi, je l'ai dévoré en une fin de semaine.  J’avais hâte au dénouement , je n’ai rien perdu pour attendre.

Le prix Lutte contre l'homophobie a été décerné à Janette Bertrand en 2003

Janette Bertrand, Le Bien des miens, Éditions Libre-Expression, 2007, 385 p.