Mario Landerman
Lundi, 26 octobre 2009
par Mario Landerman
 

Colocs en stock

Tintin en joual : Qui l’eût cru?

 

Le 21 octobre dernier, l’éditeur des aventures de Tintin, Casterman, lançait en librairie une «nouvelle» aventure du célèbre reporter belge. 


Une version québécoise de Coke en stock, intitulée pour l’occasion de Colocs en stock, peut enfin atterrir dans nos mains.  D’où le mot «nouvelle» entre guillemets.  L’ouvrage a un tirage de seulement 15,000 exemplaires.  Je comprends avec raison les éditions Casterman de ne pas vouloir se mouiller davantage.


Tintin parle déjà une soixantaine de langues, du français au chinois.  Le sociologue Yves Laberge est le moteur derrière cette énième traduction d’une des aventures du reporter.  Le raisonnement derrière cette édition est de vouloir rendre hommage à la langue parlée du Québec, et d’en faire le rayonnement sur le plan international.

Capitaine Haddock


Le personnage le plus apte à parler joual dans la série, le Capitaine Haddock, emploie des expressions comme “Astineux!” ou “Scéneux!”, et même “Carcajou!”.  Encore heureux qu’il conserve ses marques de commerce comme “Tonnerre de Brest!” ou “Mille millions de mille sabords!”

Castafiore


Tous les personnages de l’aventure utilisent des expressions populaires.  Y compris même, horreur, la Castafiore.


Je ne sais ce que vous en pensez.  Si une œuvre typiquement québécoise est écrite en joual, je n’ai absolument rien contre, loin de là.  J’adore les œuvres de Michel Tremblay. Ses Belles-sœurs, traduite en français international, me sembleraient manquer tout le charme émanant du texte original.

Arabes


En ce qui a trait à un personnage francophone aussi connu que Tintin, j’ai beaucoup de problèmes à l’accepter.  Si un français avait fait la même chose qu’Yves Laberge, nous serions déjà en train de crier au chauvinisme et au manque de respect de la France envers les institutions québécoises.  La cabanes de bois rond et les «sauvages» ne sont pas si loin derrière pour que ce soit oublié de tous.


Déjà le titre prête à confusion.  Colocs en stock.  Bien qu’on fasse référence d’une façon maladroite à Tintin et au Capitaine en colocataires, un passant voyant le livre en vitrine peut finir par se demander si on ne fait pas référence et hommage aux Colocs, la formation musicale du défunt Dédé Fortin?


Je ne crois pas que l’exercice soit utile.  On a déjà de déplorables carences dans le français écrit et parlé au Québec.  Avant d’adapter en joual des ouvrages que nous avons toujours connus en bon français, on devrait se pencher sur la pauvreté de cette langue au Québec. 


Lorsque de futurs enseignants en français coulent leur examen, on ne s’étonne plus alors du laisser-aller qui prévaut dans ce domaine. 
Si on suit la logique de M. Laberge, à quand une aventure de Tintin traduite dans le langage chiffré utilisé par les internautes, avec des expressions comme «C ya» ou «l8ter»,  en passant par les inévitables «émoticônes»?


La langue française, quoique parfois difficile d’approche avec son code grammatical, demeure une des plus belles langues parlées et écrites.  Évitons de l’écorcher et de la châtier à tous vents, elle mérite mieux.

Pas vargeux


Laissons le dernier mot au capitaine Haddock sur ce livre : «C’était pas vargeux!»

 

Photos : Éditions Casterman

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