Royal du Perron
Jeudi, 15 octobre 2009
par Royal du Perron
 

Couverture

Femme après le cloître

C’est tout un témoignage que livre Andréa Richard, une septuagénaire devenue laïque après avoir vécu, dans son jeune âge, 13 ans chez les Petites sœurs des pauvres et cinq  ans cloîtrée chez les Carmélites.


L’auteure relate ici son histoire en toute franchise.  Elle était sincère dans le don de soi et les communautés religieuses l’ont bien déçue. Son livre se veut aussi une charge contre la religion catholique qu’elle blâme d’avoir honteusement manipulée les fidèles.


Une enfance heureuse


La jeune Andréa avait une jumelle. Elle a vécu une enfance heureuse dans la joie et l’insouciance au pays de la sagouine, personnage réel tiré du terroir acadien. «J’ai bien connu ce personnage théâtral interprété par Viola Léger.  Elle vivait dans notre village à Bouctouche.»  Même qu’à la fin de sa vie, André Richard, le père d’Andréa, un généreux notable de la place, lui a fait construire une maison, avec l’aide et la complicité du riche pétrolier Irving et de la romancière Antonine Maillet «qui a fait beaucoup d’argent avec ce personnage».


Bouctouche est un joli village séparé par une voie ferrée : d’un côté, les gens aisés, de l’autre les pauvres que la rectitude politique voudrait qu’on appelle les «économiquement faibles».  Très jeune, Andréa se rend compte que les religieuses portent une attention spéciale et donnent beaucoup d’égards aux bien nantis en ignorant délibérément et ostensiblement les démunis.  Ce comportement la heurte de front.  À l’âge de 16 ans, influencée par les Sœurs qui lui dictent d’entrer au couvent pour aider les pauvres, elle en avise ses parents.  Son père s’oppose vivement, en suggérant à sa fille de commencer par parfaire ses études universitaires. Ensuite, il serait toujours temps. Mais le curé de la paroisse s’y objecte avec toute l’autorité morale dont il dispose :

  1. Votre fille est entre les meilleures mains, s’il fallait qu’elle tourne mal, vous en seriez responsable pour toujours et redevable devant Dieu pour l’éternité.  Vous brûleriez alors dans les feux de l’enfer pour toujours.    

Comment lutter contre le clergé à cette époque ? Pour aider les pauvres, Andréa entra donc au couvent et quêta dans la rue, à Paris et ses banlieues.   Elle travailla aussi dans un hôpital, comme religieuse infirmière. Soigner, consoler, border les malades, c’était le lot de la petite Acadienne laissée à elle-même sur un autre continent.  C’était aussi une source de grande inquiétude pour ses parents qui l’adoraient.


Puis, 13 ans plus tard, ayant longuement senti l’appel de la vie contemplative, elle se dirigea vers le cloître où elle restera cinq ans.  Cette vie qui se voulait vouée à la contemplation était totalement constituée de rigorisme et de conformisme.  L’hiver, il n’y avait pas de chauffage et les sœurs tombaient parfois gravement malades jusqu’à risquer leur vie.    


Le clivage


Chez les Petites Sœurs des Pauvres, la religieuse travaillait d’une étoile à l’autre. Au Carmel, lors de longues méditations, elle avait tout le temps pour réfléchir. Elle se questionnait notamment sur le bien-fondé des nombreuses privations, humiliations et mortifications imposées quotidiennement. La religion catholique était-elle une célébration de la vie ou de la mort ? Que faisait-on de l’Alléluia ? Jésus eût-il voulu que les chrétiens souffrent en silence ?  Comme elle ne put obtenir de réponses satisfaisantes de ses supérieures, elle alla consulter le Père Benoît Lacroix, un Dominicain fort connu et respecté du grand public.  


Au moment de sa parution en 1995, l’auteure de Femme après le cloître avait donné nombre d’entrevues médiatiques dont une au journaliste Jean-François Lépine, alors à l’émission Le Point de Radio-Canada.  L’ouvrage publié aux Éditions Méridien connût un tel succès que les inventaires accusèrent vite une rupture de stock.  Mais le clergé qui avait investi quelques sommes d’argent dans la maison d’édition menaça l’éditeur de retirer ses actions si le livre était réédité.  Heureusement, dix ans plus tard, un autre éditeur s’avisa de le faire paraître à nouveau.


Depuis plusieurs décennies, Andréa Richard vit en laïque. Auteure et conférencière, elle est toujours très active militant notamment dans des organisations prônant le laïcat.  Elle est mariée à un homme qui lui ressemble, un homme qu’elle adore et qui le lui rend bien.
Femme après le cloître est un livre percutant sur l’histoire de la religion catholique romaine, ses dogmes et la manipulation qu’elle a depuis toujours exercée sur ceux qui, par leurs dîmes et leurs aumônes, lui permettaient d’exister.


Andréa Richard a vécu une vie extraordinaire qui mérite d’être portée à l’écran.  D’ailleurs, ZoneCulture a appris qu’un important producteur de télévision et de cinéma s’y intéresse vivement.  



Femme après le cloître, Éditions de l’As (réédition), 2005, 350 p.
De la même auteure :
L’essence de la vie, Éditions du Septentrion, 2007, 144 p.
 Au delà de la religion, Editions du Septentrion, 2009, 180 p.


Blogue d’Andréa Richard : http://andrearichard.blogauteurs.net/blog/

 

Vidéo : Mario Landerman

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