Mario Landerman
Mardi, 1er juin 2010
par Mario Landerman

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

 

Rivière Mékiskan

Rivière Mékiskan : Alice et la traversée du miroir

 

Certains diront que Rivière Mékiskan est un roman trop court pour le sujet traité.  Pourtant, l’ouvrage va droit au but avec une certaine finesse.  Dans un tel cas, pourquoi faire long, nébuleux et compliqué, lorsque simple, court et percutant réussissent à traduire une pensée?


Et quelle est cette pensée derrière le roman?  De montrer la triste réalité des autochtones du Québec, au travers le microcosme de Mékiskan.  Misère, alcoolisme, délinquance, suicides, déchéance.  Certes, des sujets de plus en plus associés aux Amérindiens de nos jours, mais donc l’homme blanc est en grande partie responsable, de par ses erreurs du passé.


Cependant l’auteure, Lucie Lachapelle, va plus loin en abordant également le côté traditionnel des Amérindiens, et ses qualités intrinsèques.  Le tout, sans jamais pointer du doigt, ni prendre en pitié qui que ce soit.  Des qualités qui me plaisent, surtout de par mon dédain de la « culture de la victimisation » chère au Québec.


La trame du roman est toute simple.  Alice, une métisse née d’un Amérindien et d’une blanche, s’apprête à en finir avec la dépouille de son père, trouvé mort sur un banc de parc à Montréal.  Après avoir considéré une fin des moins dignes pour les cendres, elle décide de les ramener à Mékiskan, lieu de naissance de son géniteur.


Là, elle fait la connaissance de sa famille amérindienne.  Lucy, une cousine de sa grand-mère qui a refusé de vivre sur une réserve.  Jeannette, la fille de celle-ci, souvent saoule dans les bras d’un Blanc, et ses enfants, Gabriel et Minnie, laissés à eux-mêmes, sinon pour la présence maternelle de Lucy.  Au cours des préparatifs de funérailles, Alice fera également connaissance avec Katrin et Walter, des amis de sa cousine avec lesquels elle découvrira bien des choses.  Au terme de son séjour, Alice ne sera plus jamais la même.  Sa perception d’elle-même aussi bien que des gens autour en sera modifiée.


Lucie Lachapelle peint un superbe tableau aux couleurs de l’automne approchant, dans lequel elle fait évoluer des personnages à la fois plus grands que nature et résolument humains.  D’abord réalisatrice de documentaires, elle n’est pas étrangère aux relations entre Québécois et Amérindiens, qu’elle explore dans le film La rencontre (ONF, 1994).  Elle-même mère de deux métis cris, il n’y a aucun doute sur la maîtrise de son sujet dans Rivière Mékiskan.


Un roman qui, mine de rien, pourra faire plus pour sensibiliser les gens à la cause autochtone que mille prêches souvent empreints de vœux pieux et d’hypocrisie latente.

 

Lucie Lachapelle
Lucie Lachapelle, auteure de Rivière Mékiskan

 


Rivière Mékiskan, Lucie Lachapelle, Éditions XYZ, 2010, 160 p.


Pour en savoir plus : http://www.editionsxyz.com/catalogue/548.html


Photo : Mario Landerman

©2010, zoneculture.com--Tous droits réservés