Mario Landerman
Jeudi, 2 décembre 2010
par Mario Landerman

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Martin Stevens

Sexe, drogue et disco : Martin Stevens se raconte


Bien que parue l’an dernier, cette biographie de Martin Stevens demeure un « must » pour tous ceux qui, de près ou de loin, ont connu la scène disco québécoise.


Le disco, ce style musical et de vie qui allait caractériser la seconde moitié des années 70 au plan international, trouve ses racines bien avant, vers la fin des années 60 à Philadelphie.  Une musique très prisée par les communautés noires et gaies de l’endroit, elle allait faire le tour du monde dans la décennie suivante.  Laquelle sera marquée par une sexualité débridée sur un fond sonore teinté de funk et de soul.


Au Québec, le disco frappe de plein fouet la jeune population d’après les jeux olympiques.  On relègue à l’Armée du Salut les sandales hippie et les robes de grand-mère.  On remplace le tout par des talons hauts et des robes qui disputent à la boule miroir le privilège d’être la plus brillante sur la piste de danse.  Les hommes ne sont pas en reste.  « Out » les franges, «  in » les complets à la John Travolta dans Saturday Night Fever.  Ceux qui ont fréquenté le Lover’s, ou encore le Limelight et le Regine’s peuvent attester de la magie de ces endroits, dont certains ne le cédaient en rien au mythique Studio 54 de New York. 


Mon collègue Royal du Perron se souvient de l’engouement de l’époque : «Vito Luprano qui fut plus tard de l’équipe de Céline Dion allait chercher les plus récentes musiques disco à New York pour faire danser sa clientèle du Limelight, dont je faisais partie.  C’était des moments magiques.»


Des émissions de télévision comme Et ça tourne et Nightlife feront plus tard découvrir les derniers succès disco et les discothèques de l’heure.


Montréal devient alors une plaque tournante de la musique disco.  Patsy Gallant se sent au chaud dans les bras de son Sugar Daddy, tandis que Chantal et Angela de Voggue veulent Dancing the Night away, pendant que Martin Stevens déclare que Love Is in the Air.


Curieusement, l’avènement de cette dernière chanson n’occupe que quelques pages dans le livre de l’auteur.  Mais autour de ce succès, quelle vie, quelle ascension, mais aussi quelle chute.


Roger Prud’homme est un petit gars de Saint-Henri qui voyait grand.  La vie le portera au sommet, où tous les espoirs, même les plus fous, lui seront permis.


Au travers de son histoire, on remarque en filigrane un reproche muet à l’égard du Québec, qui étouffe ses stars de calibre international, en ne leur permettant pas d’avoir du succès ailleurs.  Soit par contrôle, manque d’ambition, mesquinerie, envie ou jalousie. Céline Dion et le Cirque du soleil, dans les récentes années, ont ouvert la porte toute grande à une carrière internationale pour tous les artistes québécois, mais seuls les moins frileux s’y risquent.  Les autres s’accrochent encore à la mentalité d’être « né pour un p’tit pain ».  Triste.


On découvre aussi la face cachée des promoteurs d’artistes.  En ce sens, l’histoire de Martin Stevens n’est pas sans rappeler celle de Nathalie Simard, où le gérant empoche pas mal plus que ce qui lui est dû, laissant l’artiste en état de dépendance financière.  Un monde de requins, ce qui motiva peut-être Roger Prud’homme à apprendre à pêcher, qui sait?


Le chanteur nous rappelle, cependant, qu’il est beaucoup plus que l’interprète du méga-tube Love Is in the Air.   Il a plusieurs autres succès à son actif.  Mais le plus grand de tous ses succès est sans doute le bonheur actuel de Martin Stevens, qui s’est fait sa place au soleil, après bien des nuages venus assombrir son coin de ciel.


Truffé d’anecdotes savoureuses, dont une qui a fait sourciller notre collègue Roland de Québec, ce livre est à l’image de son auteur, sans prétention. Mais il amènera bien des sourires sur les lèvres et dans le cœur de ceux pour qui le disco n’est pas mort.


En vente dans toutes les bonnes librairies.


Martin Stevens, Sexe, drogue et disco (Love Is in the Air) aux éditions La Semaine,  2009, 224 p.

 

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