Royal du Perron
Lundi, 14 février 2011
par Royal du Perron

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Vivre avec le destin

Janine Sutto, Vivre avec le destin : une carrière exceptionnelle

 

Lire ce livre, c’est lire l’histoire du théâtre et de la télévision au Québec. Évidemment, on connaît une partie du parcours artistique de Janine Sutto mais on connaissait très peu sa vie privée. En journaliste consciencieux (ils sont de plus en plus rares), l’auteur Jean-François Lépine, gendre de l’artiste, nous amène dans les méandres de la vie personnelle et professionnelle de Janine Sutto, avec droiture, sans jugement, ni complaisance.  Après avoir lu ce livre, vous ne verrez plus l’artiste de la même manière. 


Née en 1921 dans une famille aisée, Janine Sutto vit son enfance à Paris. Quand la famille immigre au Québec, elle a neuf ans et l’adaptation américaine se fait difficilement.  Heureusement, elle se lie d’amitié avec les familles Riddez et Villeneuve.  Elle passe beaucoup de temps avec eux, y compris durant les vacances d’été au chalet des Riddez, ce qui est pour elle un baume considérable. La jeune fille débute à la radio à l’âge de 14 ans et elle commence à faire du théâtre au début des années 40 avec des camarades de la troupe l’Équipe. Janine Sutto épousera le comédien et metteur en scène Pierre Dagenais dont elle souligne l’immense talent, une sorte d’André Brassard comme le Québec en connaît, peut-être un seul par génération.


Janine Sutto


Henry Deyglun, le père des jumelles Mireille et Catherine, avait été marié à Mimi d’Estée avant d’épouser Janine. Cet auteur et comédien avait connu beaucoup de succès à l’époque des tournées de Jean Grimaldi et aussi quand les roman-savon faisait fureur à la radio. Mais M. Deyglun avait un problème d’alcool (que Madame Sutto a eu aussi) et il voulait parfois contrôler la carrière de sa femme.  . 


Une carrière qui prend toute la place


Quand la télévision a commencé en 1952, Janine Sutto n’a pas cessé de travailler. Comme on sait, sa fille Catherine est trisomique et toute sa vie, elle a réclamé des soins particuliers.  Mais l’actrice n’était pas là pour s’en occuper. On la comprend d’avoir voulu la garder à la maison mais ses responsabilités d’éducatrice particulière, elle les a relayées à d’autres. Comme elle travaillait à l’extérieur, c’est surtout Mireille qui, encore enfant, a eu la lourde tâche de s’en occuper avec la «gouvernante.


Secret d’alcôve


Sur le plan des amours, la comédienne ne se souciait pas du statut matrimonial de ses amoureux. Le plus célèbre a été un homme de théâtre qui devait fonder une compagnie avec elle mais qui a décidé de s’associer plutôt avec ses enfants.  Ce clivage professionnel a causé une blessure profonde à l’actrice qui n’a pas pu poursuivre la relation amoureuse.  Lépine préfère ne pas le nommer par respect pour la femme du regretté comédien, qui vit toujours.  Mais peu de lecteurs se trompent sur l’identité de l’homme car sa famille est célèbre. Une des belles qualités de Sutto : sa grande discrétion.  Tout à fait normal qu’on lui rende la pareille, surtout en matière amoureuse. 


Janine Sutto est une femme modeste. À Vaudreuil, elle a vécu de fastes périodes sociales avec les Félix Leclerc et compagnie mais elle ne laisse rien paraître de tout cela. (D’ailleurs, le grand Félix est le parrain de sa fille Mireille.)  La comédienne est d’une grande franchise; si elle n’aime pas une pièce ou un texte, les comédiens vont le savoir, comportement qu’elle a tendance à corriger en vieillissant car elle n’aime pas heurter ses camarades.


Janine Sutto est à la fois très attachante et fort discrète; c’est un être d’exception : aux premières de théâtre et dans les cocktails, elle est toujours entourée de beaucoup de gens.  On aime sa vitalité et son sens de l’humour. Selon toute vraisemblance, malgré sa blessure à la hanche, la comédienne, qui aura 90 ans en avril, reprendra son rôle d’Olivine Dubuc dans Belles-Sœurs en tournée.


Cette biographie offre des heures et des heures de lecture passionnante, autant pour les amateurs de Prudence (Les Belles Histoires), Berthe Lespérance (Symphorien) ou Marie-Rose (Poivre et Sel). Et pour moi, Janine Sutto est tout cela, mais aussi et surtout, la Reine Victoria (Un pays dans la gorge).


Janine Sutto, Vivre avec le destin, Jean-François Lépine, Libre Expression, 2010, 392 p.


NDLR : Même si les employés de la maison d’édition, laquelle appartient à Québécor, refusent de collaborer avec d'autres médias, nous avons tenu à renseigner nos lecteurs sur cet important ouvrage.

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