3 février 2008 par Royal du Perron


Merveilleux barbier à l’Opéra

J’adore les opéra-bouffe.  D’abord, parce qu’on s’amuse beaucoup et aussi parce que cela contribue à démocratiser cet art parfois éloigné des gens dits ordinaires. Point n’est besoin d’être un grand intellectuel pour suivre cette histoire de triangle amoureux, teintée de déclarations sulfureuses et de situations cocasses. Et le public réagit merveilleusement bien.  Quand la grande salle Wilfrid-Pelletier pouffe de rire, il se passe quelque chose.

Saluons d’abord le talent des chanteurs interprètes, le baryton Aaron St. Clair Nicholson (Figaro), la mezzo-soprano Julie Boulianne (Rosine), le ténor Frédéric Antoun (Almaviva), la basse-bouffe italienne Donato di Stefano (Bartolo) et le baryton-basse Stefen Morscheck (Basilio).  Ces chanteurs sont tout simplement merveilleux. Le spécialiste rossinien di Stefano nage ici comme un poisson dans l’eau mais la voix de Madame Boulianne, qui fait ses débuts dans un grand rôle, manquait ce soir-là de coffre par moments.  À sa décharge, les premières peuvent être difficiles.  Par contre, elle a du rythme et elle rend bien cette Rosine, à la fois forte et fragile, courageuse dans l’adversité car son tuteur, le désagréable Bartolo, être fat s’il en est, veut l’épouser.  Mais la belle est follement amoureuse du Comte Almaviva et ce dernier brûle tout autant d’amour pour elle. Grâce aux espiègleries (qui font rire abondamment la salle) et aux plans ingénieux de Figaro, ami du comte,  après une série de quiproquos, l’amour triomphera, comme on le sait.  

C’est un pur ravissement d’entendre ces voix magnifiques performer en parfaite symbiose avec le grand orchestre symphonique. La mise en scène d’Alain Gauthier est sobre et efficace. Les deux décors ingénieux de Robert Prévost et Guy Neveu concentrent toute l’action de la pièce.  Le livret est ouvert avec une première scène du balcon, en respectant les maisons de Séville au XVIIIe siècle, les toits compris. Le deuxième décor comporte la maison de Bartolo, la chambre où Rosine est tenue prisonnière, une sorte de boudoir, l’escalier ainsi que la cour intérieure.  Les changements de décors sur roulettes s’effectuent en deux temps trois mouvements sous le regard complice du spectateur.

Anne Catherine Simard Deraspe a cependant choisi de n’éclairer souvent que l’avant-scène, laissant parfois les décors dans une sorte de pénombre, ce qui est une lacune quant à moi, car l’ensemble des spectateurs ne peut en obtenir une juste appréciation mais c’est un détail qui ne dérange pas beaucoup cette production magnifique.

Bref, un opéra-bouffe amusant, pétillant, désopilant.  Si vous n’êtes jamais allé à l’opéra, ne ratez pas cette occasion car ce spectacle est pour vous.  Si vous connaissez l’opéra, vous apprécierez cette production à sa juste valeur.  

Le barbier de Séville, opéra-bouffe de Gioacchino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini, d’après la pièce de Beaumarchais, chanté en italien, sous-titré en français et en anglais, et accompagné par l’Orchestre Symphonique de Montréal, sous la direction de Jacques Lacombe qui dirige également le chœur de l’Opéra.

Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, les 2, 6, 9, 11, 14 février à 20h et le 16 février à 14h.

Réservations : (514) 841-2112

Pour en savoir plus : www.operademontreal.com

Photos : Yves Renaud