22 juin, 2007 par Mario Landerman


George Thurston

1951-2007

Le 18 juin, George Thurston s’éteignait à la suite d’un long combat contre le cancer.  Connu à la scène sous le nom de Boule Noire, le chanteur a fait vibrer le Québec des années 70 au avec un son disco francophone, typiquement québécois.

La vie de l’artiste débute sous de sombres auspices.  Abandonné à sa naissance, il grandit dans de nombreuses familles d’accueil à St-Jérôme.  Il a connu l’abandon, le racisme et même l’humiliation : dans certains états américains, il a dû marcher publiquement derrière sa femme blanche.

Après avoir fait partie d’un groupe de Rythmn and Blues, il se lance dans une carrière solo en 1968.  Le succès le boude, l’obligeant à jouer de plusieurs instruments pour le compte d’artistes bien établis, comme Robert Charlebois et Nanette Workman.

Sa coupe afro, alors très populaire dans les années 70, lui donne l’idée de se rebaptiser Boule Noire en 1975.  Sous ce nom, sa carrière solo va vraiment décoller, pour lui donner une place parmi les grands du disco québécois.  Son premier succès, Aimes-tu la vie? le catapulte au sommet, lui permettant de se faire également connaître comme parolier, notamment pour Toulouse, un trio populaire de l’époque.

En 1979 sort le disque Aimer d’amour, certifié platine à plus de 150,000 exemplaires, ce qui lui permet entres autres de faire une tournée.

Il poursuit son travail dans les années 80, avec des fortunes diverses.  Malgré le succès de Reggae (1981), excellent album reggae francophone, divers courants musicaux changeants le font tomber dans l’oubli. Ajouter à cela l’inconstance du public, souvent prêt à oublier les valeurs établies pour la nouveauté, tout éphémère soit-elle.

En 2001, la nouvelle vague disco qui déferle alors sur le monde lui fera animer avec brio une émission de type nostalgique appelée Les années boomer à Rythme FM.  Mais hélas ! la maladie le guette.

En 2006, le public et les médias apprennent que George Thurston est atteint d’un cancer colorectal.  Une vague d’affection et de reconnaissance sans précédent enveloppe le chanteur, jusqu’alors étiqueté par un grand nombre de has been.  Il est alors célébré dans les médias, où on l’invite dans toutes les émissions, et le public le suit dans son combat contre le cancer.

Nous sommes le 22 juin 2007, soit quelques jours après le décès de Boule Noire.  Je suis triste en rétrospective devant l’attitude du public et des médias, face à la maladie de George Thurston.

Nous avons là un chanteur qui, à sa manière, a marqué le Québec des années 70.  Tombé dans l’oubli, mais jamais complètement, il refait périodiquement surface au cours des décennies suivantes.

En 2006, coup de théâtre : son cancer est rendu public. Tout le monde se souvient alors de lui et l’entoure d’affection.  Une reconnaissance et un amour un peu tardifs, non?  Et c’est cela qui est désolant.  Quand un artiste est dans l’œil du public et des médias, ces derniers ne l’oublieront pas.  Mais que survienne un creux de vague, et on est aussitôt oublié.  Un des particularismes québécois qui nous font le moins honneur.

Qu’on me pardonne de le dire, mais l’attitude générale envers le chanteur m’a semblé davantage une forme de récupération médiatique qu’une affection sincère envers un artiste durement éprouvé par un cancer incurable.  Mais Boule Noire le savait, lui qui a répété toute sa vie :

-         Ce qui intéresse le monde, c’est le scandale, le sexe et la maladie.

Je préfère me souvenir de Boule Noire tel que je le montre ci-dessous.  Oui, il aimait la vie.  Il a survécu là où des plus faibles auraient succombé.  Et ça, c’est une leçon de vie qui n’a pas de prix.

Photo : Loraine Cordeau