Mario Landerman
Lundi, 31 mai 2010
par Mario Landerman
 

Cendrillon

Cendrillon de l’Opéra de Montréal : À l’ère du kitsch!


Je crois qu’on parlera longtemps dans les chaumières de la dernière production de la saison de l’Opéra de Montréal.  Cendrillon clôture non seulement en beauté, mais de façon grandiose une année qui nous a donné de nombreuses raisons de se retrouver à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.  La flûte enchantée, Tosca, Simon Boccanegra, pour ne nommer que ceux-là!

 

Cendrillon


Très loin de la version Disney, le conte de fées de Charles Perreault en version chantée avait tenu l’affiche à Montréal pour la dernière fois en 1912, même si elle fut reprise depuis par l’atelier d’opéra de l’Université de Montréal.  Près d’un siècle plus tard, et tellement de modes et d’époques traversées qu’on ne les compte plus, le conte prend place dans une banlieue tout droit sortie de L’American Dream des années 50.


Maisons préfabriquées, autos étincelantes de chromes, à l’avenant des électroménagers du temps, crinolines et queues de cheval, flamants roses, tout contribue à faire des personnages légendaires qui évoluent dans cet opéra autant de caricatures d’une époque révolue, mais qui a frappé l’imaginaire collectif comme un temps où il faisait bon vivre, et où la jeunesse était éternelle et reine.

 

Cendrillon


Peu de personnages principaux, mais une impressionnante distribution malgré tout.  Cendrillon, incarnée par la mezzo Julie Boulianne, réussit quand même à exprimer sa douleur d’être délaissée et utilisée par sa belle-famille, malgré le décor d’appareils ménagers qui allègent les corvées domestiques.

 

Cendrillon

 

Cendrillon


La belle-mère de cette dernière, est une désopilante composition de la mezzo Noëlla Huet.  Véritable vilaine de comédie, elle tire parti de toutes les facettes de son rôle, un véritable exercice kitsch.  Je ne peux m’empêcher de penser qu’on a dû beaucoup rire, lors des répétitions.  Le père de Cendrillon, incarné par le ténor Gaétan Laperrière, est plus juste que son irascible épouse envers sa fille chérie, mais tremble devant les tenues impossibles de Madame de la Haltière!  La marraine-fée, rendue par la soprano Marianne Lambert, déçoit un peu car son apparence visuelle agace.  Sans ses ailes et la baguette, on pourrait la prendre pour la reine de ce foyer rose aux accents chromés.

 

Cendrillon


Le ténor Frédéric Antoun campe un prince charmant qui n’a rien à envier aux Pat Boone et Fabian de l’époque.  Véritable idole difficile d’approche sur laquelle viennent se heurter les rêves de toutes ces adolescentes en mal du  Happily ever after, il reste de glace.  Une seule saura enflammer ce cœur d’une flamme ardente.


Comme je le disais, de nombreux figurants composent la distribution, et gravitent autour des personnages principaux.  Là encore, on a droit à des références fifties à la pelle.  Certains figurants ressemblent à Monsieur Net, et leurs consœurs à Barbie, version originale.


Le public, bon enfant, n’a pas boudé son plaisir une minute.  De nombreux artifices furent utilisés pour pallier aux déficiences et longueurs du livret et de la musique originaux par Jules Massenet.  Et ces trouvailles sont souvent hilarantes!  Le concours de reine du bal mérite d’être vu, juste pour le petit cours sur la façon de changer un bébé!  Les insertions cinématographiques sont de bon goût, et mettent l’accent sur ces mariages royaux qui ont tant fait rêver la jeunesse des années cinquante, à l’aide de films documentaires d’époque.

 

Cendrillon


Et toute cette société clinquante est dirigée par Jean-Yves Ossonce, de l’Orchestre métropolitain.  Je ne serais pas surpris que sa baguette soit, elle aussi, chromée!


Une superbe réalisation des metteurs en scène André Barbe et Renaud Doucet, qui agissent également à titre de costumiers.  Il est seulement dommage qu’il ne reste que quelques dates avant la fin de la production.  Allez-y vite, mais pas n’importe comment!  De préférence dans une Cadillac décapotable rose de 1957.  Et tant pis pour le stationnement inexistant autour de la PDA!


En représentation jusqu’au 3 juin.

 

Pour en savoir plus :http://www.operademontreal.com/fr/programmation/cendrillon/detail-spectacle.html


Photos : Yves Renaud

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