Mario Landerman
Mardi, 9 février 2010
par Mario Landerman
 

La Tosca

La Tosca à l’Opéra de Montréal : Régal des yeux et des oreilles!

  1. Je ne pourrai pas, ce soir, je vais voir La Tosca à la Place des Arts.
  2. Quoi ?  Tu vas à l’opéra? On fait le snob, maintenant?

(Extrait d’une conversation téléphonique quelques heures avant la représentation)

Les clichés ont la vie dure, c’est bien connu.  Et celui voulant que l’opéra soit un spectacle snob pour l’élite en fait partie.  Que faut-il donc pour faire disparaître le stigmate du snobisme à un art aussi valable que le cinéma?


Amener un ami néophyte voir La Tosca. Mine de rien, cet opéra possède tous les ingrédients pour réconcilier le dénigreur d’opéra par ouï-dire avec cette forme de spectacle. 


Créé en 1900 par Puccini, le livret est une adaptation de la tragédie de Victorien Sardou.  Le rôle de la Tosca fut interprété par quelques-unes des plus grandes voix du siècle dernier, y compris Maria CallasLa Tosca fut choisie pour ouvrir la toute première saison à l’Opéra de Montréal.


Oubliez les conceptions, assez fausses d’ailleurs, de dames en robes du soir et fourrures, et messieurs en tuxedo.  Michel Beaulac, le directeur artistique de L’OdeM et son équipe ont travaillé d’arrache-pied pour attirer le tout-Montréal, et ça se voit.  Des tuxedos?  En jeans, peut-être.  Et bien que les dames, éternel féminin oblige, font grande toilette, on est très loin des robes longues et étoles de fourrure.  Ceux qui le prétendent encore ont probablement vu leur dernier opéra dans les années 50! Et encore, c’était à New York, Paris ou Milan...  


Les seules robes longues, c’est La Tosca qui les porte.  Divinement bien d’ailleurs.  Figure d’amour tragique universellement connue, tous ont les yeux rivés sur elle.  Et “elle”, c’est Nicola Beller Carbone, une soprano de renommée internationale.  Cet opéra souligne ses débuts à Montréal.  Terriblement belle et fière, autant dans sa jalousie que dans son courage, elle a conquis le public, moi y compris.  Elle trouve même l’occasion d’ajouter ça et là, au premier acte, quelques touches d’humour à sa jalousie, la faisant mieux passer.  Après l’avoir entendue, j’espère bien la revoir dans une prochaine production de l’OdeM.


Celui qui partage la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier avec elle dans le rôle de Scarpia, le baryton-basse américain Greer Grimsley, semble s’amuser ferme avec le juteux personnage. Le jeu de Scarpia oscille entre le sadisme et la vilenie de comédie, particulièrement dans ses monologues.  Il arrive à berner tellement bien le spectateur que ce dernier se demande encore, une fois le rideau tombé, s’il déteste simplement Scarpia, ou s’il voudrait, lui aussi, plonger un poignard acéré dans ce coeur rempli de fiel.  Les applaudissements un peu hésitants pour Scarpia à la fin du spectacle semble confirmer mes dires.


David Pomeroy incarne Cavaradossi, dans ses débuts à Montréal.  Rôle à la fois important et secondaire de l’amant de la Tosca, il est dès le premier acte marqué pour le sacrifice à l’autel du désir de Scarpia pour la belle Floria Tosca.  Néanmoins, le ténor tire son épingle du jeu avec brio, offrant au public un bel exemple d’amour indéfectible face à une supposée trahison par son amante.  C’est également un rôle secondaire, car il est évident que cet opportuniste de Scarpia n’accepte pas qu’on lui vole la vedette!

Alexandre Sylvestre ajoute une note des plus drôles dans son personnage du sacristain au premier acte.  Stephen Hegedus, qu’on a vu dans La Flûte Enchantée, incarne le catalyseur, Angelotti, qui entraînera la Tosca et Cavaradossi dans sa tourmente.  Aaron Ferguson, tout frais sorti de son rôle de Monostatos dans La flûte enchantée, personnifie Spoletta, l’exécuteur des basses-oeuvres de Scarpia.


Les barytons Roy del Valle et Pierre Rancourt, ainsi que la soprano Suzanne Rigden se partagent le reste de la distribution. 
Les costumes reflètent bien l’époque démontrée, l’aube du premier empire.  La présence de Napoléon se fait sentir en coulisses pendant tout l’opéra.  Les décors de Jean-Pierre Ponnelle sont magnifiques, réalisés avec beaucoup d’ingéniosité.  La perspective forcée fait paraître la scène de Wilfrid-Pelletier encore plus vaste qu’elle ne l’est.  Cet effet est particulièrement notable au premier acte, dans la cathédrale.  Supplémentés par les éclairages de Anne-Catherine Simard-Deraspe, l’effet est grandiose, digne des 30 ans de l’Opéra de Montréal.


La chorale, sous l’égide de Claude Webster, et la direction musicale du chef d’orchestre Paul Nadler, complètent brillamment cet opéra, beau bijou dans l’écrin du 30e anniversaire de l’Opéra de Montréal.

 


À la salle Wilfrid-Pelletier, de la Place des Arts, jusqu’au 13 février.


Pour en savoir plus : http://www.operademontreal.com/en/shows/tosca/details.html

 

Photos et vidéo : Mario Landerman

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