David Lavallée
Mardi, 9 mars 2010
par David Lavallée
 

Affiche

Un opéra romantique pour les 20 ans de Nelligan

Le grand public, ainsi que de grands noms de la colonie artistique du Québec se sont déplacés pour l’une des premières représentations de Nelligan, version opéra romantique, le 6 mars dernier.

Il y a 20 ans, le tandem André Gagnon / Michel Tremblay voyait naître la création de leur œuvre commune sur l’histoire de Nelligan. En 2010, l’Opéra de Montréal, présente Nelligan, à la mémoire d’un de nos plus grands poètes québécois.

Pour sa 25e saison, l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, en collaboration avec l’École nationale de théâtre du Canada et le Monument-National de Montréal, offre sa propre production et revisite l’œuvre avec, dans le rôle de Nelligan âgé, le ténor québécois Marc Hervieux, et dans celui du jeune Nelligan, le baryton Dominique Côté, qui à lui seul aura soulevé la foule, à maintes reprises dans la salle par la qualité exceptionnelle de son interprétation. Cette production est, sans l’ombre d’un doute, un tremplin qui le portera parmi les plus grandes voix du Québec. Il est à noter que six autres interprètes de l’Atelier lyrique complètent la distribution.

 

Comme cet opéra est spécifiquement chanté, donc sans dialogues verbaux, il est parfois difficile de bien comprendre le texte qu’interprètent certains acteurs, principalement les voix féminines, ce qui n’enlève en rien la qualité remarquable de leur jeu. Heureusement, le spectacle est présenté avec surtitres français et anglais, ce qui peut améliorer la compréhension pour certains spectateurs. Il ne faut absolument pas passer sous le silence la mise en scène de cette nouvelle production qui, pour l’occasion, a été confiée au comédien Normand Chouinard, qui signe sa première mise en scène lyrique, en collaboration avec les finissants en scénographie et production de l’École nationale de théâtre du Canada. La qualité de la mise en scène, ainsi que l’originalité des décors se révèlent excellents, ne serait-ce que pour les différents passages, d’un tableau à l’autre, de la vie de Nelligan : une scène en milieu hospitalier, au décor monastique d’une église ou encore, à l’intérieur de la chambre du poète. On y croit vraiment…

Rappelons que la production raconte l’histoire de Nelligan, qui se heurte à l’indifférence d’une société. Au fil des différents tableaux, le spectateur réalise qu’il assiste à une confrontation entre le poète Nelligan vieux et diminué, puis jeune et talentueux, mais malheureux et incompris, en quête d’amour.

 

À travers les pages du livre de son passé, Émile Nelligan dépeint une vie chaotique au tournant du dernier siècle, et sa chute dans un contexte familial dysfonctionnel à l’avant-garde du temps.  Un père anglophone peu présent, résolument opposé à la tournure poétique du destin de son fils.  Une mère francophone, protectrice et aimante, mais disposant de peu de moyens pour endiguer le drame qui se joue devant ses yeux. Bien que l’auteur du Vaisseau d’or et de La Romance du vin peut compter sur quelques appuis, notamment la journaliste Françoise, le Père Seers, et le poète Arthur de Bussières, rien n’arrêtera la lente marche de Nelligan vers l’asile.

Qu’il s’agisse de sa première expérience pour ce genre de représentation ou encore un amateur d’opéra, ce spectacle bien dirigé d’une durée de près de trois heures (avec entracte), retiendra l’attention de tout spectateur le temps d’une bonne soirée à saveur culturelle, racontant la vie d’un poète québécois bien connu de nom et de réputation, mais si mal compris et si peu reconnu de son vivant. Un poète qui mérite toute notre attention.



Nelligan d’André Gagnon, livret Michel Tremblay, jusqu’au 13 mars au Monument-National.

Billetterie du Monument-National : 514-871-2224 ou 1 866 844-2172

Billetterie de la Place des Arts : 514-842-2112 ou 1 866 842-2112

 

Pour en savoir plus : www.operademontreal.com

 

Photos et vidéos : Mario Landerman

©2010, zoneculture.com--Tous droits réservés