5 novembre 2007 par Hélène Rollan


Roméo et Juliette : un pur délice

Venue du théâtre je connais bien Roméo et Juliette et je me préparais à voir un foisonnement de costumes de dagues, d’épées, de fleurets et de décors enchanteurs.

Avec l’Opéra de Montréal, l’action se situe après la deuxième grande guerre. J’ai eu l’impression de me retrouver au temps de Al Capone où hommes et femmes étaient vêtus de brun afin de se confondre avec les murs de Chicago. À l’époque du mafioso, on avait des mitraillettes, dans ce Roméo et Juliette on a de petits couteaux (presque de cuisine). On est loin des duels aux fleurets mais pas non plus dans les batailles des gangs de rue. Lorsque l’on entend Stephano narguer les Capulet, habillé en dandy et se servant d’une raquette de tennis en guise de guitare, le sourire nous vient aux lèvres et lorsque les jeunes gens amorcent la bataille en relevant les manches de leurs belles chemises blanches on n’y croit pas vraiment. Alors tout éclate; on se tue en deux temps trois mouvements et le duc arrive. Roméo est condamné à l’exil. Je n’ai pas eu le temps de vibrer, d’avoir peur, de vouloir sauver Roméo.

Je dus rapidement tenter d’oublier ce contexte. J’ai fermé les yeux et ouvert grand mes oreilles afin de me recentrer. Je suis entrée dans leur monde et j’ai vibré à leurs  émotions. Ce fut un pur délice.

Marc Hervieux en Roméo était bien enveloppé, ce qui le privait de la vivacité du geste mais il possède une voix qui charme et séduit. Ce qui n’est pas contradictoire avec la force de sa voix qui nous transporte heureusement dans ce monde imaginaire.

Maureen O’Flynn en Juliette possède elle aussi une voix magnifique. Peut-être l’aurais-je voulu plus juvénile! Mais lors de ces duos avec Roméo, quelle flamme elle a!

Frère Laurent m’a beaucoup impressionnée; en fait, c’est sa voix qui m’impressionne. Ce grand jeune homme, mince comme un fil, possède une voix qui vient d’outre-tombe. Il a de ce fait la gravité et l’autorité du rôle.

J’ai le sentiment que tous ces chanteurs se sont surpassés afin de nous faire croire à ces personnages dans le contexte où ils ont été mis. Comme je l’ai dit, nous sommes à l’issue de la deuxième guerre mondiale, les costumes sont modernes avec des touches d’époque.

Les décors sont à l’avenant. J’ai eu bien de la difficulté à me laisser entraîner dans ce drame romantique.

Ce qui m’amène à vous dire combien j’ai une immense admiration pour ces chanteurs qui pendant plus de quatre heures se servent de ce que l’on a de plus fragile, la voix, pour nous amener dans leur belle folie. Selon mon expérience, ils étaient parfaits !


Marc Hervieux en Roméo


Marc Hervieux et Maureen O'Flynn (Juliette)

Distribution :

Roméo Montaigu : Marc Hervieux, ténor
Juliette Capulet : Maureen O’Flynn, soprano
Frère Laurent : Denis Sedov, basse
Mercutio : Alexander Dobson, baryton
Stéphano : Sarah Myatt, mezzo-soprano
Tybalt : Antoine Bélanger, ténor
Gertrude : Geneviève Després, mezzo-soprano
Le Comte Capulet : Chad Louwerse, baryton
Le Duc de Vérone : Alexandre Sylvestre, baryton

Mise en scène : Michael Cavanagh
Décors : Claude Girard et Opéra de Montréal
Costumes : Opéra de Montréal
Éclairages : Guy Simard
Choeur de l’Opéra de Montréal (dir. Claude Webster) et Orchestre Métropolitain du Grand Montréal.
Direction musicale : Jean-Yves Ossonce

ROMÉO ET JULIETTE, opéra en cinq actes, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Shakespeare, musique de Charles Gounod (1867). Production : Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Première samedi soir. Autres représentations : 7, 10, 12 et 15 novembre, 20 h.

Photos : Yves Renaud